Accompagnement personnalisé, une supercherie de plus

samedi 5 juin 2010

En Basse-Normandie, le rectorat a tranché : 2 heures 30 seront accordées par classe dont 80% financés par la Dgh (principalement en HSA) et 20% en HSE ! Nous sommes bien loin des objectifs définis à l’article 4 du BO spécial no 2 du 19 février 2009 [1]...

Vous avez dit « accompagnement personnalisé » ? Celui qui a été mis en place dans les écoles en 2008, qui vient d’apparaître en Lycée Professionnel et qui sera à la prochaine rentrée en lycées technologiques et généraux ? Oui, mais pourquoi l’introduit-on à tous les étages de l’Éducation nationale ?

Soyons simplement réalistes : comment pourra-t-on accorder 210 heures à chaque élève en respectant son projet alors qu’il est dans une classe en compagnie d’élèves qui peuvent avoir un projet et des besoins différents ? L’Éducation nationale deviendra-t-elle si généreuse qu’une embauche massive d’enseignants permettent de réaliser un tel projet ? Ou va-t-elle, là aussi, avoir recours à n’importe quel adulte, étudiant, stagiaire, retraité, formé ou non à l’enseignement, pour finaliser sa mise en place... C’est bien connu, il suffit d’être majeur pour pouvoir enseigner !

L’Éducation nationale n’a accordé aucun moyen pour cette mise en œuvre, certains proviseurs montent même au créneau pour démontrer que cette mesure est inapplicable. Cette aide sera accordée aux élèves en groupes, en faisant fi de leurs réels besoins, l’arnaque consistant à leur demander de construire un tel projet alors qu’ils sont déjà orientés.

En parallèle, le bac pro 3 ans est devenu la principale proposition de formation, créant un public hétérogène qui déconcerte élèves et enseignants. Auparavant, les élèves n’avaient pas le même profil ni le même cursus selon qu’ils étaient en BEP, en Bac pro ou en CAP.

Il ne faut surtout pas oublier que cette réforme a réduit de 1000 h la formation des élèves (500 h en enseignement professionnel et 500 h en enseignement général). Ces mêmes heures qui, avec les dédoublements, auraient permis un accompagnement de l’élève vers son projet personnel. Que représentent 210 h octroyées face au 1000 h supprimées ! N’est-ce pas un mensonge grossier que de considérer que ces heures, largement médiatisées, vont pallier les insuffisances alors qu’elles ne permettent pas de fonctionner correctement, si ce n’est à grand renfort d’heures supplémentaires ?

Alors pourquoi avoir mis en place de l’aide personnalisée et de l’accompagnement ?

Il serait préférable de donner aux élèves des conditions d’enseignement qui rendraient inutiles ces mesures « creuses ». La raison est connue de tous : réduire le nombre de fonctionnaires et faire des économies tout en vendant à l’opinion publique le succès du bac pro 3 ans !

Dans le même temps, les effectifs sont en forte augmentation, des classes de 30 voire 36 sont devenues monnaie courante rendant quasi impossible le suivi personnalisé. Les élèves, orientés par l’échec, avec parfois un handicap reconnu (dyslexie...) ont perdu depuis longtemps le goût d’apprendre. Accompagner des élèves en surnombre, sans repère ni motivation, est à l’origine des difficultés croissantes, de l’épuisement et d’une partie de la souffrance au travail des enseignants, personnels non spécialisés dans la remédiation, contrairement aux équipes des RASED, appelées à disparaître rapidement.

De plus, l’autonomie des établissements a également mis en concurrence les disciplines et de fait les enseignants (classes dédoublées ou non, projet accepté au bon vouloir du chef, emploi du temps, etc). Il y a maintenant autant de manières de mettre en place une formation que de lycées. Une seule règle reste commune : un projet médiatisé (photos dans le journal, présence d’élus, de « pontes locaux »...) sera encouragé et financé, le prof félicité voire promu (proposé à la Hors classe !) sans que le bénéfice pour la formation des élèves ne soit jamais évalué. Il s’agit de séduire et de remplir les sections… quitte à se vendre au plus offrant.

La dévalorisation de la voie professionnelle, orchestrée depuis plusieurs décennies, engendre des problèmes de recrutement : sections déficitaires ou excédentaires, niveau des élèves ne correspondant pas aux exigences du domaine, élève orienté par défaut ! Et l’on continue à questionner leur démotivation !

Trouver des lieux de stage, alors que la durée en a été augmentée, relève souvent du défi : les employeurs ne souhaitent que de bons élèves sans problème et autonomes le plus vite possible. Avoir des élèves sans lieu de stage en début de PFE devient assez fréquent, élèves qu’on culpabilise voir qu’on sanctionne. Et la période de crise n’arrange rien.

C’est aussi le moyen d’introduire chez les enseignants la globalisation, l’annualisation, la flexibilité... avec quel impact sur les emplois du temps, dans les DGH, hors DGH ?

Plus que jamais, il faut se battre et dénoncer auprès des parents cette mesure, refuser massivement les heures supplémentaires et revendiquer, tous ensemble, des moyens de fonctionnement à la hauteur des exigences d’un enseignement de qualité pour tous.

Sud éducation Calvados


[1Les références officielles,
BO spécial no 2 du 19 février
2009 définissant les conditions
du baccalauréat professionnel
en 3 ans sous statut scolaire
(soit comme élève en LP) :

Art. 4 : Les dispositifs d’accompagnement personnalisé
s’adressent aux élèves selon leur
besoin et leurs projets personnels. Il peut s’agir de soutien,
d’aide individualisée, de tutorat, de modules de consolidation ou de tout autre mode de
prise en charge pédagogique.
Les heures attribuées à chaque
division pour la mise en œuvre
de ces dispositifs peuvent être
cumulées pour élaborer, dans
le cadre du projet de l’établissement, des actions communes
à plusieurs divisions.

Annexe : grille horaire
Accompagnement personnalisé : 210 heures (durée horaire
pour un cycle de 3 ans).