Assistants d’éducation : Trois ans d’arnaque sur le statut

mercredi 1er novembre 2006
mis à jour vendredi 5 janvier 2007

Trois ans déjà nous séparent de la réforme du statut de surveillant, et les Assistants d’éducation (AE) commencent à supplanter numériquement les anciens Maîtres d’Internat et Surveillants d’Externat (MI/SE). Le moment est venu de faire à nouveau le point sur cette réforme. Au-delà de l’innovation rhétorique, parlons de la réalité du quotidien de la nouvelle catégorie de salariés de l’Etat que sont les AE et envisageons la prolongation de la lutte de 2002-2003 contre ce statut. Mais, avant cela, rappelons quelle était la portée de la réforme en la replaçant dans son contexte et en nous remémorant rapidement sa petite histoire.

Dans de nombreux pays, l’éducation publique est affectée par le contexte économico-politique néolibéral : baisse des investissements, suppression de postes et gestion managériale des effectifs, décentralisation et privatisation de certaines missions (entretien, restauration, sécurité ou aide scolaire), marchandisation des savoirs et savoir-faire... Le rôle même de l’éducation dans une économie mondiale globalisée semble se redéfinir. Les chefs d’Etat et de gouvernement européens ne se sont-ils pas fixés pour objectif de doter l’Union Européenne de « l’économie du savoir la plus compétitive et la plus dynamique au monde » (Déclaration de Lisbonne, mars 2000) ?

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En France, la réforme du statut de surveillant a participé de ce désengagement de l’Etat. Quelques mois après la réélection de Jacques Chirac, en septembre 2002, Luc Ferry, le nouveau ministre de l’Education nationale, annonçait la création du nouveau statut d’Assistant d’Education parrallèlement au non-renouvellement d’environ 20 000 Aides-Educateurs arrivés en fin de contrat (les fameux Emplois-jeunes du gouvernement Jospin) et la suppression de 5 600 postes de MI/SE (les surveillants traditionnels). Ce statut a-t-il été introduit pour atténuer l’amertume occasionnée par l’annonce brutale de ces suppressions de postes dans le Journal du Dimanche (01/09/02) par Xavier Darcos, alors ministre délégué à l’enseignement secondaire ? Quoiqu’il en soit, la création de ce nouveau statut s’inscrivait dans un projet mûrement réfléchi. La raison officielle donnée par le ministère était de « concevoir un dispositif de surveillance plus souple et plus efficace, qui réponde mieux aux besoins des établissements scolaires, et qui continuera bien sûr à remplir une fonction d’aide sociale vis-à-vis des étudiants qui seront recrutés » (Communiqué de presse du 25/10/02). La rhétorique libérale, une fois de plus mobilisée, tentait de distiller l’idée que cette réforme inévitable permettait de dépasser l’archaïsme étatique, lequel doit être flexibilisé pour améliorer le service public. À l’évidence, ce jargon n’a pas suffit à éclipser la question de bon sens qu’on lisait sur les lèvres des MI/SE en colère : dans les faits, y aura-t-il une différence entre les nouveaux et les anciens surveillants ?

Ce qui se dégrade pour les sans grade

Un examen comparatif du statut d’AE avec celui de MI/SE montre de profondes différences, en dépit de missions quasi-identiques :
- Les AE peuvent être mis à disposition des collectivités locales pour des activités n’ayant qu’un rapport très lointain avec la fonction de surveillant ;
- Le temps de travail est étendu : il passe de 30 à 35 heures par semaine pour un temps plein et une rémunération équivalente ;
- Le recrutement devient local : ce n’est plus le Rectorat, mais le chef d’établissement qui est responsable des affectations - notons au passage que, concrètement, les chefs d’établissement ont parfois délégué ce nouveau pouvoir aux CPE ;
- La durée du contrat est fixée à trois ans maximum, renouvelable une fois (soit un maximum de six ans de service). Des contrats inférieurs à une année scolaire peuvent être signés, mais doivent rester l’exception ;
- Les jours de congé pour révision sont supprimés et remplacés par un crédit d’heures (200 heures pour un temps plein).

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Bien sûr, aux yeux des élèves et du personnel des établissements, « un pion reste un pion ». Personne ne fait de différence hormis ceux que cette réforme touche de près, au premier rang desquels les Assistants d’Education. En vérité, pour qui se penche un peu sur le problème,
les changements sautent aux yeux :
- Le sentiment hiérarchique est plus direct : les chefs d’établissement ou les CPE décident de tout ce qui touche aux AE ;
- De cette redéfinition des rapports de forces et des structures de pouvoir découlent de fortes inégalités
de traitement des AE selon les éta-blissements. Alors que certaines hiérarchies locales décident de ne pas traiter différemment AE et MI/SE (ce choix traduit généralement une forme d’engagement politique de la hiérarchie au côté de « la cause des pions »), d’autres pro-fitent largement de leur nouvelle prérogatives : accroissement de la personnalisation des rapports de travail, de la pression et de l’arbitraire de la part des supérieurs, généralisation des pratiques de copinage, de favoritisme familial
ou de clientélisme pour lesquels l’absence de recours au Rectorat se fait alors très sensible ;
- L’atomisation du corps des AE qui peinent à se définir comme groupe, ce qui implique leur quasi-absence d’engagement syndical ;
- La mise en concurrence des AE avec les MI/SE puisque ces anciens surveillants bénéficient d’avantages apparaissant parfois démesurés aux nouvelles recrues.

Dans ce contexte, « la fonction d’aide sociale » aux étudiants, soi-disant assurée par le statut d’AE, n’a pas grande signification. Les conditions matérielles (stagnation du salaire par rapport à l’inflation, intensification et segmentation du travail) et psychologiques (insécurité permanente, augmentation du stress et de la fatigue) engendrées par ce nouveau statut rendent au contraire particulièrement difficile la réussite des études pour les étudiants. Contrairement à l’ancien statut MI/SE qui garantissait à chacun l’accès à des conditions matérielles permettant de poursuivre des études supérieures. Loin d’être archaïque, ce statut était, de ce point de vue, tout à fait « moderne ».

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Isolés donc perdants

Rappelons que, durant de longs mois, les MI/SE s’étaient mobilisés contre ce projet. La lutte avait commencé dès septembre 2002. Par manque d’éléments, on craignait alors que des militaires ou des mères au foyer prennent la place des pions. Puis, le gouvernement avait dévoilé peu à peu la teneur de son projet. Mais les grèves et les occupations avaient pris de l’ampleur, ponctuées par quelques moments forts comme la manifestation nationale du 8 décembre 2002 : des MI/SE, des Aides-Educateurs, des profs et des étudiants avaient alors défilé côte à côte. Malheureusement, l’union des premières heures a faibli et les MI/SE se sont retrouvés à peu près seuls. Difficile de faire flancher un minis-tre sans la force du nombre... Le mouvement s’est alors essoufflé tandis que d’autres fronts de lutte se profilaient à l’horizon (décentralisation, réformes de l’assurance chômage, des retraites, de la sécurité sociale...). Finalement, les lois relatives aux Assistants d’éducation ont été adoptées en avril et juin 2003.

En conclusion, nous disons aujourd’hui que les AE se trouvent dans une position délicate pour se défendre et améliorer leur situation. C’est pourquoi les MI/SE ont un rôle important à jouer. Ils peuvent travailler à passer le relais de la lutte de 2002-2003 en occupant le terrain, en informant, en provoquant des réunions. Ainsi ils feront sentir aux AE la filiation qui les unit à l’ancien statut et les arguments bénéfiques à en tirer :
- En les convaincant de leur unité et de la nécessité pour eux, et avec eux, de construire un rapport de force à l’égard des différents niveaux de leur hiérarchie.
- En les soutenant dans leurs démarches avant de disparaître complètement. Il est également primordial pour la cause des AE que les enseignants et les autres personnels s’impliquent dans ces actions.

Des conquêtes locales sont possibles telle que l’adoption par les établissements d’un contrat alternatif ou d’une charte de bonne conduite. Le but de ces instruments étant d’instaurer des règles de recrutement et de traitement égalitaires et transparentes : crédibilité de l’embauche sur critères sociaux, priorité réelle aux étudiants, arrêt du copinage, généralisation des contrats de trois ans, définition claire des tâches, précision des motifs de non-renouvellement des contrats. Ces grains de sables dans la mécanique mise en place par le nouveau statut d’AE ont toute raison de se multiplier. Propager ces modestes conquêtes locales sur le territoire national participerait à l’enrayement du processus de flexibilisation de la main-d’œuvre surveillante. Mais la méthode locale n’est pas suffisante : obtenir des rectorats qu’ils réunissent une commission consultative académique compétente à l’égard des Assistants d’éducation, comme la loi le prévoit, est nécessaire. Cette commission permettrait d’entendre les revendications des AE et de défendre les cas individuels.

Bien sûr, ces perspectives de lutte s’inscrivent dans une optique de défense intercatégorielle des personnels de l’éducation publique et dans le combat plus global contre les attaques faites au code du travail. Notons pour finir que ces perspectives de luttes restent de l’ordre de la résistance : gardons en ligne de mire la suppression pure et simple du statut d’AE.

Sud éducation Calvados

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