« Assouplissement » de la carte scolaire et discrimination

L’exemple du quartier du Mirail à Toulouse
vendredi 26 mars 2010

Depuis la rentrée 2009, les conséquences de l’assouplissement de la carte scolaire se font lourdement sentir dans les établissements des quartiers populaires. Les médias s’en sont fait l’écho et la cour des comptes a pointé un risque de ghettoïsation de nombreux établissements situés en Zone d’Éducation Prioritaire. Des rumeurs de fermeture planent même sur certains d’entre eux, comme c’est le cas pour le collège de La Reynerie dans le quartier populaire du Mirail à Toulouse.

Derrière la prétendue « liberté de choix » laissée aux familles, on voit poindre bien d’autres enjeux : mise en concurrence des établissements, sélection d’un côté et ghettoïsation de l’autre, « discrimination positive » par la mise en place du « busing » pour les élèves « méritants » des quartiers populaires, transférés vers les collèges huppés des centres villes. Question légitime que se posent certains parents d’élèves et enseignants : et les autres, la grande majorité, ceux qui ne sont pas « sélectionnés », que vont-ils devenir ? Quelle image d’eux vont-ils se construire ?

Ainsi, sous prétexte de mixité sociale à Toulouse, ce sont 9 élèves « triés sur le volet » qui partent tous les matins en bus vers le collège du centre ville, avec un ordinateur portable en cadeau et les honneurs de la presse locale... Question : le bus circulera-t-il dans les 2 sens ? Enverra-t-on, par exemple, « les élèves en difficulté » du centre ville vers les collèges du Mirail ? L’objectif est-il de créer peu à peu des collèges spécialisés, certains étant réservés à l’élite, d’autres aux élèves « en difficulté » ? Pour justifier cette politique de discrimination positive qui a si bien échoué aux France, nos dirigeants parlent d’« égalité des chances ». Nous défendons quant à nous « l’égalité des droits ». La chance est, par définition, individuelle et soumise aux aléas de la vie. Les droits sont des acquis collectifs dont nous sommes tous responsables !

« Nous voulons grandir et réussir au Mirail ! »

C’est sous cet appel qu’un collectif de parents d’élèves, d’habitants et d’enseignants du Mirail a organisé une première réunion publique au Centre d’animation Reynerie le 4 février dernier. Depuis plusieurs mois, ce collectif, auquel participent des militants de Sud Éducation 31 du collège de la Reynerie, se réunit régulièrement à la Maison de quartier de Bagatelle (au Mirail toujours) pour échanger et débattre sur le thème de l’École. Et les questions sont nombreuses !

Quelle école voulons-nous pour nos enfants ? Pourquoi est-il important de garder une même école pour tous et partout, y compris dans les quartiers populaires ? Peut-on parler d’égalité des chances dans la société actuelle ? Que penser de la discrimination positive qui consiste à vider les écoles des quartiers de leurs meilleurs élèves ? Quel message envoie-t-on à ceux qui ne sont pas « sélectionnés » ? Va-t-on vers une école à deux vitesses, avec des établissements de plus en plus spécialisés, pour l’élite d’un côté et pour les élèves « en difficulté » de l’autre ? Que met-on derrière le mot « réussite » ? Comment rapprocher les parents et les enseignants pour en discuter et trouver des réponses collectives ?

Ce sont toutes ces questions et bien d’autres qui ont été posées au cours de cette réunion. Une cinquantaine de personnes étaient présentes, essentiellement des parents d’élèves, des habitants du quartier, des membres d’associations et des enseignants des collèges et écoles du Mirail, parmi lesquels des militants de Sud éducation. Des représentants du Conseil Général et de la Mairie avaient aussi fait le déplacement, ainsi que le Principal du collège de la Reynerie. Une équipe de TV Bruits (télévision associative, libre et indépendante) a filmé le débat ; la vidéo sera mise en ligne prochainement sur leur site qui mérite le détour. Pub !

Les échanges ont été animés et les 2 heures prévues n’ont pas suffi pour aller au bout de ces réflexions très denses. Pour un premier bilan, qui reste à approfondir, on retiendra un réel attachement aux écoles du quartier, qui font partie intégrante de sa vie quotidienne. Cela n’empêche pas une inquiétude légitime de beaucoup de parents face à l’avenir de leurs enfants. Tout le monde s’accorde aussi à reconnaître que l’école ne peut pas porter seule la responsabilité d’une situation économique et sociale difficile, qui génère de l’exclusion. Dans ce contexte, elle reste un espoir d’émancipation pour beaucoup de familles qui gardent une grande confiance dans le travail des enseignants. Un participant les a salués comme étant les seuls « imigrés » du quartier qui viennent chaque jour y travailler et a appelé les habitants à les aider à s’intégrer ! Une belle image pour inciter à poursuivre cette initiative collective.

Pour maintenir le lien et approfondir la réflexion sur ces questions passionnantes, un rendez-vous, ouvert à tous, est proposé tous les 1ers jeudis du mois à 18h à la Maison de Quartier de Bagatelle. La perspective d’organiser des « États Généraux de l’Éducation » a été évoquée. Sud éducation y a toute sa place, au travers de ses militants investis dans ce collectif ! Une expérience qui pourrait s’avérer utile dans d’autres ZEP de France… À suivre donc !

Sud éducation Haute Garonne