Aubervilliers (93) : familles expulsées, enfants privés d’école

Motion d’actualité
 décembre 2000
mis à jour samedi 12 novembre 2005

Dans le courant du mois d’avril 2000, une soixantaine de familles africaines, arrivant de toute la France, et fatiguées de l’errance urbaine à laquelle elles étaient soumises, se sont installées à Aubervilliers en Seine Saint-Denis, en squattant des logements HLM vides gérés par la municipalité.

La réaction du maire, Jack Ralite, a été particulièrement dure : 41 familles ont été mises à la rue en 3 vagues d’expulsions, et jusqu’à la dernière limite avant la trêve hivernale. Il reste 22 logements occupés, mais la fin de la trêve le 15 mars, amènera l’application des arrêtés d’expulsions qui pèsent sur les personnes qui occupent ces appartements.

La mairie justifie cette réaction musclée par la “mixité sociale” : “Aubervilliers ne peut pas accueillir toute la misère du monde” a-t-on pu entendre ou lire ici et là, en particulier dans la presse municipale. Bien qu’aucune autre solution que les expulsions n’ait été avancée, le maire n’en continue pas moins d’associer des valeurs telles que solidarité et humanisme à sa décision.

SUD Éducation souhaite que de réelles solutions humaines soient apportées à ce problème, mais aussi que s’engage un véritable débat sur la politique du Logement en France, afin de régler en amont la situation des familles nécessiteuses et éviter à l’avenir que d’autres personnes ne soient acculées à squatter des appartements, HLM ou non.

Tout aussi scandaleux, est le refus du maire de scolariser 31 enfants des familles établies dans les squats. Seuls ceux qui étaient déjà scolarisés à Aubervilliers, et ceux arrivant de province, l’ont été, avec parfois un mois de retard par rapport à la rentrée des classes. Les autres familles ont été invitées à retourner dans “leur commune d’origine” pour scolariser leurs enfants. Inadmissible !

Dès la rentrée, SUD Éducation Créteil a demandé au maire de revenir sur cette décision contraire aux droits les plus fondamentaux : celui de la libre circulation, et celui de l’accès à l’éducation. Nous avons, dans le même temps, alerté les services de l’Etat : l’Inspection Académique, le Rectorat, le Ministère de l’Éducation Nationale, et même la Préfecture. Rien n’a été fait pour scolariser ces enfants. L’Inspecteur d’Académie, lors d’une entrevue, a résumé leur position en ces termes : “Dans cette affaire, nous sommes tous solidaires du maire d’Aubervilliers”. Inacceptable !

Depuis 3 mois maintenant, une bataille s’est engagée entre l’administration et le Comité, dont SUD Éducation Créteil est un acteur, soutenant les familles dans leur démarche pour scolariser leurs enfants.

Ce comité organise la lutte :

- sur le plan éducatif, en assurant des cours de soutien aux enfants grâce à quelques volontaires enseignants pour pallier dans l’urgence les carences de l’administration.
- sur le plan syndical, en interpellant chacun des services de l’État à de fort nombreuses reprises ; en intervenant en plein Salon de l’Éducation, banderoles et tracts à l’appui ; en appelant l’ensemble des organisations syndicales, étrangement silencieuses (si l’on excepte la CGT Educ’Action, UL-FO et le syndicat SN-PJJ de la FSU, tous trois membres du Comité de Soutien) à prendre leurs responsabilités.
- sur le plan juridique, une plainte ayant été déposée pour non-scolarisation à l’encontre du maire et du préfet. Un premier jugement à été rendu par le TGI de Bobigny, reconnaissant un problème de Droit, mais se déclarant incompétent, et renvoyant l’affaire au Tribunal Administratif. Le jugement en appel sera rendu le 14 décembre.

La lutte a commencé à payer puisque, aujourd’hui, 10 des 31 enfants sont scolarisés. Cependant, la mairie refuse toujours de prendre en compte 15 enfants concernés par la maternelle avec pour argument qu’ils ne sont pas soumis à l’obligation scolaire, et 6 autres, d’âge primaire, dont les familles ont été expulsées une première fois avant d’établir un second squat, toujours à Aubervilliers. Pour le maire, ces 6 là n’existent tout simplement pas.

La Fédération des Syndicats SUD Éducation s’insurge contre la prise en otage des enfants à travers le refus de leur scolarisation, dans le but de faire pression sur leurs parents. Ceux-ci ne sauraient être tenus pour responsables d’une situation juridique dans laquelle le “droit” en matière de logement et de séjour décrété par la classe dominante joue en leur défaveur.

C’est dans cet état d’esprit que la Fédération des Syndicats SUD Éducation demande la scolarisation immédiate des 6 enfants soumis à l’obligation scolaire dans les écoles de la commune d’Aubervilliers, puisque c’est là qu’ils séjournent, ainsi que l’inscription en maternelle des 15 autres.

UN TOIT C’EST UN DROIT, UNE ÉCOLE C’EST LA LOI !

Roubaix, le 2 décembre 2000

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