Bonjour la rentrée !

Décrets d’application de la loi Fillon
lundi 17 octobre 2005
mis à jour samedi 21 janvier 2006

Les premiers décrets d’application de la loi Fillon, parus au BO n°31 du 1er septembre, confirment l’esprit de la loi. Ils concernent la mise en œuvre des « dispositifs d’aide et de soutien pour la réussite des élèves à l’école et au collège » (PPRE), l’enseignement des langues vivantes, l’attribution de mentions au mérite au brevet des collèges et au BTS ainsi que le « remplacement de courte durée des personnels enseignants dans les établissements d’enseignement du second degré. »

Un peu de soutien pour gagner la docilité des élèves

Sous prétexte de venir en aide aux élèves en difficulté que l’on prendra soin, d’ailleurs, de confiner dans les apprentissages de base du fameux « socle commun », le ministère ne recule devant aucun effet d’annonce :
- du soutien, mais au compte-gouttes
- des Programmes Personnalisés de Réussite Scolaire pour gagner la docilité des élèves et bien individu-aliser l’échec
- des mesures transitoires dérogatoires de modification d’horaires qui, en fait, restreignent l’accès à la diversité des enseignements pour les élèves déjà en difficulté scolaire -des formations adaptées pour regrouper les élèves précoces, aménagées pour les isoler des élèves en grande difficulté
- des « certificats de formation générale » pour diriger les exclus de la réussite du « socle commun » vers des CAP
- enfin, des séquences d’observation en milieu professionnel destinées à tous les élèves de troisième pour bien leur faire comprendre que le seul but de leurs études est l’insertion dans le monde du travail...

Bref, rien d’autre que des mesures d’accompagnement vers la sortie du cursus général.

Il est clair qu’il ne s’agit aucunement de venir en aide aux élèves en difficulté sociale à l’école. Il s’agit plutôt d’œuvrer à la docilité civique des exclus de l’enseignement général, en parallèle aux mesures Borloo d’encadrement et « d’internement » des jeunes des milieux populaires en difficulté. Une place importante sera donc laissée pendant les conseils de classe, et dans la fonction de professeur principal, au suivi individualisé qui culpabilise les élèves aux attitudes jugées inadaptées. Le comportement devient la priorité de la prise en charge de ces enfants, ce qui déplace la responsabilité des problèmes sur les familles en occultant les données fondatrices de l’échec scolaire que sont la précarité, les déclassements professionnels humiliants, les périodes de chômage, les revenus qui fondent et la détérioration des conditions de logement. Si les petits budgets de l’Education nationale s’avèrent insuffisants pour pacifier les rapports sociaux à l’école, la prise en charge sera externalisée et assurée par les équipes de la réussite éducative et les internats Borloo.

Dans le même ordre d’idées, les circulaires de rentrée d’avril et de juillet annonçaient, conformément à la loi Fillon, que l’attribution des bourses au mérite serait liée à l’obtention d’une mention au brevet des collèges. Le décret paru au BO n°31 en pose les premiers jalons en faisant partir les mentions Assez Bien à 12, Bien à 14 et Très Bien à 16. On peut pourtant s’attendre à ce que ces bourses au mérite soient distribuées avec parcimonie et esprit d’économie ! Décidément, les pauvres effarouchent tellement les élites de ce pays que le gouvernement s’applique soit à les exclure de la formation générale, soit à s’assurer de la docilité des quelques miraculés du système.

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Les langues alignées sur le cadre européen

Le décret qui organise « l’enseignement des langues vivantes étrangères dans l’enseignement scolaire », confirme les orientations d’intégration européenne inscrites dans la loi Fillon. L’article 2 du décret précise que « les enseignements de langues vivantes étrangères peuvent être dispensés en groupes de compétences, indépendamment des classes ou divisions. » Au-delà du fait qu’en s’alignant sur le « référentiel de niveaux de compétence » européen, l’on réduit ainsi l’apprentissage des langues à la satisfaction des besoins de la communication internationale, c’est l’occasion de tordre le cou à l’hétérogénéité des classes, officiellement proclamée, en instaurant, et ce dès le primaire, des groupes de niveau. Il sera donc possible, dès la rentrée de 2007, de regrouper les élèves par niveaux et sans condition d’âge ou d’appartenance à un groupe classe. De la sorte le tri social pourra s’organiser à l’interne dans les établissements du second degré. Il est ainsi de plus en plus ouvertement demandé aux enseignants de trier des élèves sur la base de critères sociaux déguisés en résultats scolaires.

L’alignement sur le « cadre européen commun de référence pour les langues » sert en même temps de prétexte pour, encore une fois, externaliser très officiellement l’évaluation finale en confiant « la certification des connaissances et compétences acquises » à « des organismes délivrant des certifications étrangères internationalement reconnues et avec lesquelles l’Etat a passé une convention » (article 4 du décret). La porte est ainsi ouverte à l’agrément d’organismes privés.

Ce décret institue aussi une commission académique sur l’enseignement des langues vivantes étrangères dans laquelle une large place est faite aux représentants des collectivités territoriales et des milieux économiques et professionnels. On peut craindre une politique d’enseignement des langues dictée par les priorités et les exigences des bassins d’emploi. Exigences que l’on retrouve dans le décret précisant les modalités d’attribution du brevet des collèges. L’option de découverte professionnelle y fait ainsi une entrée remarquée dans les trois séries : coefficient 2 au collège où elle supplante la deuxième langue vivante, coefficient 2 en série technologique contre 1 seulement pour la technologie et coefficient 3 en série professionnelle pour seulement 2 en technologie. La découverte professionnelle s’installe donc comme l’option au plus fort coefficient de la partie en contrôle continu du brevet des collèges, illustrant ainsi les priorités de la loi.

Décidément, cette rentrée n’a pas été une bonne nouvelle, ni pour les élèves et leurs familles, ni pour les personnels qui se précarisent en nombre, ni pour les enseignants victimes de leur trop faible mobilisation contre la loi Fillon et qui se voient maintenant confrontés à une tentative de leur imposer les remplacements à l’interne et jusqu’à soixante heures supplémentaires dans l’année.

Il n’est jamais trop tard pour agir. Allons-nous laisser faire ?

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