Chasse à l’enfant

Sarkozy revient bredouille
samedi 2 septembre 2006
mis à jour mardi 31 octobre 2006

La circulaire du 31 octobre 2005 - suspendant les expulsions de familles sans papiers ayant des enfants scolarisés jusqu’à la fin de l’année scolaire - fut un premier recul du ministre qui espérait que la mobilisation créée par Resf déclinant, il pourrait procéder à des milliers d’expulsions en été. Ce fut le contraire qui se passa. Second recul, la circulaire du 13 juin régularisant des familles sur critères a soulevé un immense espoir chez les sans papiers. Elle avait le même but : déminer une situation dangereuse pour le ministre-candidat Président, confronté à l’ampleur de l’action résolue du Collectif Uni(e)s contre l’immigration jetable et de Resf.

Resf est resté très mobilisé pendant ces vacances : organisation d’un réseau de veille pour intervenir en cas d’urgence (arrestation, mise en rétention...), permanences, accompagnements dans les préfectures, soutien devant les tribunaux, intervention dans les aéroports, conférences de presse... Depuis sa création, en juin 2004, Resf - qui compte aujourd’hui plus de 150 associations et de multiples comités locaux qui couvrent une grande partie du territoire - a été rejoint par de nombreuses personnes qui ne se souciaient pas auparavant de la question des sans papiers et par des politiques de plus en plus présents à nos côtés. En témoignent les centaines de parrainages républicains organisés dans les mairies (à Paris, Lyon, Marseille mais aussi à Parassy, petit village du Cher, à Liomer en Picardie...), à l’Assemblée nationale, au Sénat, dans les Conseils régionaux. L’ampleur des mobilisations va bien au-delà des militants habituels, au-delà de ce que
nous pouvions prévoir : près de 120 000 signataires de la pétition « Nous les prenons sous notre protection »... et les signatures arrivent toujours.

JPEG - 29.9 ko

C’est dire à quel point l’action du réseau, largement couverte par les médias y compris étrangers, partout où des jeunes, des enfants, leurs familles étaient menacés, a eu un écho important dans le pays, déclenchant ce vaste mouvement de solidarité qui gagne l’opinion publique, qui gêne tant le ministre de l’Intérieur et le contraint au recul, mais aussi aux provocations comme à Cachan.

Quotas arbitraires

L’application de la circulaire du 13 juin reste très problématique. On constate une grande disparité dans la façon dont les dossiers ont été reçus et traités dans les diverses préfectures. Telle famille est régularisée ici, telle autre - dans la même situation - est refusée là. A l’évidence, chaque préfet a interprété à sa manière la circulaire et décidé de ses propres conditions d’application afin de rester dans les ordres de grandeur décidés et chiffrés par le ministre dès le début : 20 000 dossiers reçus, 6 000 régularisations.

Le ministre a réuni les préfets le 24 juillet pour « harmoniser » les pratiques des préfectures. « Harmoniser » signifie ici durcir. Sarkozy avait d’abord annoncé que 20 000 familles avaient déposé un dossier et que 6000 seraient régularisées. En réalité, ce sont autour de 30 000 dossiers qui ont été déposés. Et le ministre dit toujours : 6 000 régularisation.

Dire aujourd’hui, contrairement à ce qui avait été annoncé par la préfecture de Paris, que les critères de régularisation sont cumulatifs, oser annoncer, avant même leur examen, que 70 % des dossiers seront refusés, c’est un système de quotas. Cela signifie pour des milliers de familles, qui ont posé leur demande dans le cadre de la circulaire du 13 juin, de rester dans le non-droit et l’angoisse quotidienne, désormais fichées. Après des procédures expéditives (à Paris, consigne a été donnée aux employés de limiter l’examen de chaque dossier à un quart d’heure !) et des appréciations arbitraires, les premiers refus sont arrivés. Les contrôles d’identité se multiplient, les centres de rétention sont pleins, les expulsions continuent, qu’il s’agisse de célibataires, de familles ou de jeunes scolarisés. Alors, la peur est là, dans l’attente des réponses et des expulsions promises pour les 70% refusés.

Démagogie irresponsable

Le ministre de l’Intérieur accuse Resf de « démagogie » et « d’irresponsabilité ». On pourrait dire, comme les enfants : « C’est celui qui le dit qui y est ! » C’est Sarkozy le démagogue, qui flatte les masses pour gagner et exploiter leur faveur, qui assène et ressasse les mêmes arguments fallacieux et provocateurs, assimilant immigration, invasion, chômage, délinquance et insécurité. C’est
Sarkozy l’irresponsable, qui instrumentalise les sans papiers, la question de l’immigration - pour rafler des voix en caressant dans le sens du poil les électeurs des Le Pen et de Villiers - qui alimente la xénophobie, le racisme et favorise le repli communautariste, tout en fermant les yeux sur tous les secteurs d’activité qui exploitent le travail au noir.

Quand l’étrange « médiateur » Arno Klarsfeld définit le non-régularisable type comme « quelqu’un qui arrive avec un enfant de 15 ans, l’inscrit tout de suite au lycée, et qui fait chat perché vous ne pouvez plus me toucher », on ressent un malaise. Quand il accuse Resf, reprenant les mêmes termes que son ami ministre, de « démagogie » et « d’irresponsabilité », est-ce bien le rôle d’un médiateur ? La médiation - entremise destinée à concilier - suppose l’écoute, la distance et non l’engagement partisan.

Inefficace et injuste

Sarkozy veut 25 000 expulsions en 2006. Il peut bien expulser 25 000, voire 30 000 sans papiers. Et alors ? Ce n’est pas ainsi qu’il résoudra le problème de l’immigration dite clandestine. « Dalla gunne ya mpaan kalle nga » disent les Soninkés : « mieux vaut travailler à l’étranger que mourir chez soi. » Parce que les hommes et les femmes qui ont faim, qui ont peur - et parfois cumulent la faim et la peur - continueront de venir, de revenir, aucune police des frontières, aucun mur ne les arrêtera. Certains mourront en route, noyés, de faim, de soif... du côté de Lampedusa, du détroit de Gibraltar ou d’ailleurs, mais ils viendront parce qu’ils n’ont pas d’autre choix, pour vivre, simplement pour vivre. Nous ferions pareil dans la même situation. Les mêmes qui ordonnent leur traque, aussi.

C’est toute la question d’un système économique mondial qui considère chaque individu comme une « ressource » humaine à son service, qui exclut, discrimine et aggrave les scandaleuses inégalités de développement et de répartition des richesses entre le Nord et le Sud. Quand la politique, à l’échelle mondiale, aura combattu réellement les déséquilibres économiques et sociaux, quand la politique aura combattu toutes les formes d’oppression et permis la libre circulation des personnes, alors il n’y aura plus de sans papiers. On ne peut pas dire que la récente conférence de Rabat donne beaucoup d’espoir. La France régresse à la 18ème place au classement des pays riches qui viennent en aide aux pays en développement (15ème préalablement sur un peu plus de 20 pays occidentaux).

La rentrée scolaire sera agitée si, au-delà des mots et des postures, le ministre veut réellement procéder à des expulsions massives. Nous restons déterminés à nous opposer à la politique inhumaine et répressive du ministre de l’Intérieur. Donc, solidarité, mobilisation, résistance ! Nous serons aux côtés de tous ceux qui sont menacés, qu’il s’agisse des familles, des jeunes majeurs scolarisés ou des célibataires. De tous ceux qui risquent d’être renvoyés brutalement, contre leur gré, vers les situations difficiles, parfois tragiques, auxquelles ils avaient voulu échapper.

Sud éducation appelle au rassemblement (organisations, collectifs, associations, citoyens...) pour organiser la solidarité et faire en sorte qu’on avance vers une régularisation massive à l’instar d’autres pays d’Europe. Sud éducation, Resf, on continue !

Mandaté fédéral Sud éducation aux sans-papiers


La Fédération SUD Education a déposé un préavis de grève "Pas de chaises vides à la rentrée" pour la période du 4 au 9 septembre 2006.

Navigation

Agenda

<<

2019

 

<<

Juillet

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930311234