Chronique Sans-papiers

 septembre 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

Plus de cinq ans après l’irruption des sans-papiers dans la vie politique de ce pays, cinq ans après la honte de Saint-Bernard, il devient difficile d’évoquer cette question sans devoir/avoir à se répéter.

- Rappeler d’abord que la promesse socialiste de régularisation n’a pas été tenue, que la semi-régularisation de 97-98 a laissé sur le carreau des dizaines de milliers d’hommes, de femmes, les uns célibataires, les autres avec enfants, fichés pour avoir fait confiance et condamnés sans jugement à vivre dans la peur, la précarité du travail au noir puisque sans moyen légal de subsistance.

- Rappeler ensuite, qu’en ces temps de vacances et, classiquement, de mauvais coups, ceux-ci continuent : refus de régularisation, expulsions de sans-papiers ou pour cause de double-peine, encombrement des prisons pour délit de sans-papiers, fonctionnement des zones d’attente et centres de rétention, ces "horreurs de la République" comme les qualifie justement le rapport du socialiste Mermaz (où furent internés deux gamins de trois et cinq ans après qu’un juge leur ait fait signer la décision d’expulsion).

- Rappeler enfin que la mort peut être au bout du chemin d’un sans-papiers : celles des cinquante-huit Chinois de Douvres, celle de Moshen Sliti au centre d’Arrenc, dans des conditions non élucidées, les suicides de désespérés pour échapper à l’expulsion (notamment d’Algériens déboutés du droit d’asile). Bien que ce gouvernement feigne de croire le contraire, la question des sans-papiers n’est donc pas réglée. Le rappeler, dire à nouveau que cette situation est indigne, réaffirmer notre solidarité -encore et toujours dans les mêmes termes- est certes nécessaire, mais ne suffit plus.

Nous avons à nous interroger, sur l’existence du mouvement sans-papiers, sur sa présence dans le pays, sur le fonctionnement des soutiens.

Sans-papiers

Depuis cinq années, la lutte des sans-papiers n’a jamais cessé. De Lille à Marseille, de Strasbourg à Bordeaux, du Havre à Grenoble, de Clermont-Ferrand à Rouen, en région parisienne... partout en France, réunions, meetings, manifestations, occupations, grèves de la faim, pétitions... mobilisent des sans-papiers qui luttent pour leur dignité et leurs droits. Mais ces actions sont souvent dispersées, locales, sans lien entre elles, peu ou pas couvertes par les médias. De même, les manifestations nationales ne sont pas à la hauteur des ambitions affichées. Et l’opinion publique, qui s’est montrée très favorable par le passé, semble désormais indifférente, sans toutefois exprimer d’hostilité. Bien sûr, il y a des victoires, partielles. La lutte paie et, ici et là, des régularisations sont arrachées. Mais le problème global demeure. Les sans-papiers sont partout, souvent isolés, démunis, parfois découragés.

Soutiens

Qu’il soit clair qu’il n’est pas question pour les soutiens de se substituer aux sans-papiers qui mènent légitimement, en toute autonomie, leur propre lutte.

Nous soutenons certes, d’abord par solidarité, immédiate, évidente, mais au-delà du réflexe humanitaire, des affects face à une situation intolérable, nous avons à approfondir la réflexion, élaborer des analyses sur les problèmes politiques posés par la question "sans-papiers" : la place de l’étranger extra-communautaire dans notre société (citoyenneté, droit de vote, scolarisation) en France et en Europe, le travail au noir et ses conséquences sur le salariat (précarité, chômage, attaque des acquis sociaux), la libre circulation et les flux migratoires, les quotas, les rapports nord-sud et le co-développement, la scandaleuse répartition des richesses dans le monde... Nous avons à mener notre propre lutte, de résistance, mais aussi comme contre-pouvoirs porteurs d’une alternative à une politique libérale qui discrimine, exclut, alimente la xénophobie et le racisme, accroît les inégalités.

Sur le terrain, les initiatives des soutiens restent souvent catégorielles, sans lien, dispersées, voire rivales, donc peu suivies. Et leurs effets sont d’autant plus minorés quand certains se contentent d’un soutien de papier (signature systématique des appels et service minimum).

Sans-papiers et soutiens : la lutte des uns rejoint la lutte des autres

Il s’agit aujourd’hui, non pas de ressusciter un mouvement des sans-papiers -il n’a jamais cessé de vivre- mais d’aider à le refonder, de participer à sa ré-unification. Il s’agit de remobiliser l’opinion publique et, dans ces temps d’échéances électorales proches, de signifier à la gauche au pouvoir et au premier ministre Jospin (qui a eu le cynisme d’inviter officiellement à Matignon le secrétaire de la Coordination Nationale des sans-papiers, Romain Binazon, à l’occasion de la cérémonie du 100ème anniversaire de la loi de 1901) qu’ils ne peuvent plus compter sur le réflexe pavlovien de voter pour eux au second tour.

Il manque pour cela l’outil fondamental : un collectif national de soutien réunissant organisations de défense des droits humains, syndicats et partis politiques ayant la volonté réelle de développer une solidarité agissante avec les sans-papiers, qui mettrait en commun analyses et réflexion, qui porterait avec la force de l’union l’exigence de la régularisation.

Manifestation nationale de soutien aux sans-papiers

Samedi 17 novembre 2001 à 14 heures du Trocadéro à l’Élysée

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