Comment l’Education Nationale a utilisé, exclu, brisé Kofi Akomiah (1957 - 2003)

mardi 18 mars 2003
mis à jour vendredi 11 novembre 2005

Kofi Akomiah est né au Ghana en 1957.

Anglophone, il obtient une licence de Lettres Modernes puis une licence, une maîtrise et un DEA de Philosophie à l’Université de Besançon.

De 1988 à 1999, il enseigne la Philosophie comme Maître Auxiliaire dans l’académie de Besançon.

En 1997, il est reçu au CAPES de Philosophie, mais ne peut bénéficier de son admission car le décret annonçant la naturalisation qu’il demande depuis 10 ans n’est pas publié.

En 1998, il est à nouveau admissible à l’oral du CAPES mais empêché de passer les épreuves d’admission car le décret de naturalisation n’est toujours pas publié.

En 1999, enfin naturalisé, il est à nouveau admis au CAPES. La sortie de l’emploi précaire lui semble alors acquise.

Bien qu’il enseigne la philosophie depuis déjà 11 ans avec l’aval de l’Inspection, il doit, avant d’être titularisé, être "stagiaire". Aux termes de deux années de stage et d’inspections qu’il vit comme un harcèlement, il est définitivement refusé à "l’Examen de Qualification Professionnelle", sur avis d’inspecteurs, par un jury académique. Le ministère prononce son "licenciement définitif" en août 2001.

C’est cette même année que Kofi Akomiah commence à être physiquement et psychologiquement affecté par ces années d’auxiliariat, de combat pour la naturalisation, de fausses admissions au concours, de "stage" et d’inspections. Il doit, dès lors, soigner une hypertension artérielle et prendre des antidépresseurs.

Malgré cela il se bat. Avec le soutien de certains syndicats et de la ligue des Droits de l’Homme, il réclame que justice lui soit rendue. Audiences au Rectorat, réunions, manifestations, conférences de presse : Kofi n’obtient du ministère et du rectorat que son réemploi comme Maître Auxiliaire, mais en Documentation et non en Philosophie, du fait de l’hostilité de l’IPR. Avec des syndicalistes, il rédige des recours devant le Tribunal Administratif, fait appel de jugements défavorables, s’adresse encore au ministère. En vain.

Il est placé, en surnuméraire, dans le CDI du lycée des Graviers-Blancs, puis dans celui du lycée Ledoux, pour faire un métier qu’il ne connaît pas. Il souffre de l’indifférence de la majorité, et aussi d’être reçu avec méfiance, parfois avec une franche hostilité par les chefs d’établissements, voire par certains de ses "collègues". Des rumeurs malintentionnées courent, parmi ces derniers, sur les soi-disant vraies raisons d’une situation si difficile à comprendre. L’action syndicale a atteint ses limites et l’ "affaire Akomiah" est en passe de tomber dans l’oubli. Kofi veut encore croire aux valeurs officielles de la République française et de l’Education Nationale qu’il a eu tant de peine à intégrer. Il place d’immenses espoirs dans un appel auprès du tribunal de Nancy.

L’ "Est Républicain", faisant le point sur sa situation en 2001, note en conclusion d’un article que Kofi veut encore se battre, mais que "psychologiquement, il s’use"... Une énorme colère rentrée contre l’injustice dont il est victime l’habite constamment et frappe ses proches. Il souffre notamment d’insomnie chronique.

Il s’inscrit, une fois encore, aux concours de Philosophie pour la session 2002-2003.

Début mars 2003, il fait un malaise. Le médecin diagnostique une aggravation de son hypertension.

Au matin du 12 mars 2003, il est découvert mort dans son lit par sa femme et sa petite fille de 6 ans. Le médecin légiste conclut à une mort "naturelle", par arrêt cardiaque lié à l’hypertension. Il a été inhumé à Besançon, le 18 mars 2003. Il avait 45 ans.

Nous dénonçons le système qui a brisé notre camarade. Ce système est fait de nombreuses complicités, actives ou non, du ministère au rectorat en passant par les jurys et les inspecteurs. Nous espérons qu’au moins les plus actifs parmi les complices se reconnaîtront.

Le syndicat SUD Education assure sa femme, Patricia, et sa fille, Mathilda, de leur solidarité. Il remercie ceux qui ont soutenu Kofi Akomiah dans son combat pour la justice. Ce combat continue.

Besançon, le 18 mars 2003

MARCHE SILENCIEUSE A LA MEMOIRE DE KOFI AKOMIAH
LE MERCREDI 26 MARS A 15 H
DE LA PLACE St PIERRE AU RECTORAT

PDF - 13.3 ko
Kofi et Nicolas
Voir le courrier envoyé par la fédération SUD Education au ministère

Navigation