Contre la criminalisation et la répression de la Confédération Paysanne

interview de Christian Roqueirol, militant de la Confédération Paysanne de l’Aveyron
 septembre 2002
mis à jour samedi 15 janvier 2005

Christian Roqueirol, ancien inculpé et condamné suite au démontage du Mac Do de Millau, éleveur de brebis et de vaches sur le Larzac, est militant de la Confédération Paysanne.
C’est à ce titre que nous avons souhaité le rencontrer pour recueillir son témoignage sur l’actualité des luttes et la politique menée par le gouvernement Raffarin.

Question : Quel bilan la Confédération Paysanne tire-t-elle de ces dernières semaines de
lutte ?
Quel regard porte-t-elle sur la répression à l’encontre du mouvement social en général et de certains de ses militants en particulier ?

Christian Roqueirol : Tout s’est enclenché avec l’histoire du Mac Do et des OGM. Plusieurs actions sont parties de l’Aveyron avec notamment une incursion contre la multinationale suisse Novartis où il s’est agi de dénaturer des semences de maïs transgénique produites et stockées à Agen. Il y a eu un procès avec mise en garde à vue où José Bové, René Riesel et Francis Roux ont été inculpés. C’est d’ailleurs la CFDT qui s’est constituée partie civile contre nous à cette occasion, pour destruction de l’outil de travail. On voit donc comment la CFDT se positionne alors qu’elle n’a jamais rien fait suite à des destructions d’abattoirs par la FNSEA, par exemple. Le démontage du Mac Do, le 12 août 99, a constitué un deuxième moment fort de mobilisation. Tous les médias, qui n’avaient rien à se mettre sous la dent à ce moment-là, se sont emparés du sujet. Il s’agissait pour nous de dénoncer la mainmise de l’OMC sur les décisions concernant le commerce du roquefort (surtaxation à l’importation par les USA), en réaction à l’interdiction de la viande de bœuf aux hormones américain en Europe. Nous avons agi après avoir épuisé tous les recours possibles. Il faut savoir qu’en moyenne, avec la surtaxation et sans aides de l’état ou de l’Europe, les producteurs aveyronnais perdent 20 000 F/an sur leurs revenus. On a profité de la construction d’un Mac Do à Millau pour intervenir de manière non-violente, en montrant l’intrusion de la malbouffe dans notre région, une région où l’on défend les produits de qualité. On s’est attaqué au symbole de la bouffe américaine. Si on nous taxe notre roquefort aux USA, nous allons taxer leur sale bouffe. Mais la réaction des pouvoirs publics a été très forte et même disproportionnée par rapport à l’action tranquille que nous avons menée. Dès le départ, on a essayé de criminaliser nos actions. En même temps, plus il y avait de répression et plus on parlait de nous. Notre action a été médiatisée même aux Etats-Unis et a pris encore plus d’importance avec les manifestations de Seattle et le Forum social mondial de Porto-Alegre. Au Brésil en effet, on a été dénaturer des OGM produits par la firme Monsanto avec les Paysans Sans Terre dans un État où la culture OGM est en théorie interdite(...).

Tout cet enchaînement d’actions, de répression et de médiatisation fait que la Confédération Paysanne, ses militants et ses leaders, sont devenus le point de mire de la répression, qu’elle soit socialiste ou de droite. On voit d’ailleurs que la nouvelle loi d’amnistie a quasiment été rédigée pour qu’on ne puisse pas en bénéficier. Cette loi a été faite sur mesure contre nous, parce que jusqu’à présent toute loi d’amnistie incluait les actes délictueux commis par des paysans (du fait que nous ne pouvons pas faire grève et que nous devons défendre notre profession). Parallèlement à cela, on assiste à des condamnations à des peines de prison ferme prononcées à l’encontre de certains de nos militants. Le 17 septembre, il y aura un procès important à Foix pour fauchage d’OGM. Tous les gens qui veulent nous soutenir peuvent évidemment y aller. Ce sera le "1er procès du gouvernement Raffarin" sur les OGM. Cela dit, toutes les formes de contestation originales et radicales sont muselées, d’autant que la majorité de la population nous soutient. (...)

Q : Avez-vous des liens avec d’autres syndicalistes durement condamnés ?

CR : Nous avons beaucoup travaillé avec la CGT et les SUD, et sommes évidemment solidaires du mouvement social. En même temps, on a un peu l’impression que les gens sont anesthésiés après les élections et les résultats qu’on a connus. Il y a comme un essoufflement, une fatigue. On espère un sursaut car il y a pas mal de mesures d’austérité qui vont être annoncées contre les classes populaires, après les mesures qui favorisent les riches !

Q : Les avocats ne croyaient pas à l’incarcération de José Bové ?

CR : On a tous été sidérés et on voit qu’avec le nouveau contexte, il y a danger pour les libertés syndicales. On réfléchit au type d’action qu’on va pouvoir mener maintenant. Il faut faire attention à la façon dont les médias s’accaparent un fait et personnalisent à outrance. On essaie de lutter aussi contre ça, mais c’est difficile. On est parfois piégé, et puis, José est efficace. Il y a de grosses discussions entre nous. On ne peut pas parler que des problèmes de l’agriculture sans parler des problèmes de société. Et ça, ça dérange. On le voit avec les mesures annoncées sur la Politique Agricole Commune. A la Confédération Paysanne, on demande qu’il n’y ait plus d’aides aux produits mais à la création d’emplois conditionnée par une agriculture propre et moins productiviste. Il s’agit aussi de lutter contre la désertification des campagnes et pour le maintien des petits exploitants. On n’a pas encore tous les détails des mesures, mais nous pensons qu’on emballe de vert une politique qui va encore favoriser les grandes exploitations productivistes et exportatrices, plutôt que de défendre le droit des peuples à avoir leur autonomie alimentaire par une agriculture de qualité.

Q : Quelles positions défendez-vous par rapport à la "vache folle" et aux semences OGM, problèmes qui touchent à la santé publique ?

CR : Dès le début, la Confédération demandait l’interdiction de toutes les farines animales y compris pour les poulets et les porcs . Maintenant qu’elles sont interdites depuis deux ans, pour les bovins seulement, il n’y a pas de raisons d’abattre des vaches nées après cette date-là, car l’encéphalite spongiforme ne se transmet pas génétiquement. De plus, toutes les bêtes sont analysées à l’abattoir (on ne peut pas le faire avant sur une bête encore vivante). Enfin, sur la question des OGM, l’argumentaire de la Confédération Paysanne se construit surtout sur l’aspect économique. L’OGM, produit en laboratoire, est vendu sous contrat garantissant que "tu ne re-sèmeras pas". Le paysan ne peut plus utiliser sa propre semence, il est donc totalement dépendant et doit payer pour exercer son métier. C’est la mainmise complète des grandes firmes, qui condamnent particulièrement dans le Tiers-Monde, des millions de paysans pauvres à disparaître. Il y a aussi la question environnementale de la dissémination dans la nature ou dans les cultures avoisinantes. Au Mexique, il existe déjà du maïs OGM "sauvage". On croise également des espèces en introduisant un gène de poisson des mers arctiques dans des fraises OGM qui résistent ainsi mieux au froid. C’est la marchandisation du vivant qui est en marche accélérée. Les firmes veulent se créer des marchés quasi-exclusifs et vendre leurs produits d’accompagnement. La folie néo-libérale !

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