Contre la « mastérisation »

Luttons avec les stagiaires pour une autre réforme
mardi 8 février 2011

Dans le contexte de la mobilisation des stagiaires le 22 janvier, avec le soutien de Sud éducation et d’une intersyndicale nationale (Sud, SNES, SNEP-FSU, CGT), nous revenons sur cette lutte qui nous concerne tous. En effet la reforme de la formation des enseignants des 1er et 2nd degrés et des CPE est un élément important des attaques du gouvernement contre l’école et ses personnels.

Aux origines de la mobilisation

À partir d’octobre les premiers collectifs de stagiaires se sont formés dans plusieurs académies, à Créteil, Rennes, Caen, Grenoble, Lyon, Rouen, Orléans. À Créteil des stagiaires du 2nd degré ont fondé le collectif Stagiaire Impossible qui a organisé le 20 octobre, avec le soutien de Sud éducation et d’une large intersyndicale, une AG qui a été un important succès : elle a réuni près de 180 stagiaires dont certains de Paris et de Versailles tandis que d’autres représentaient le 1er degré. Combative, l’AG a adopté comme revendications immédiates : l’allègement immédiat des horaires devant les classes ; un tuteur pour chacun avec la garantie d’être libéré par les établissements lors des formations ; des conditions nationales de validation transparentes. Sur le fond elle a pris massivement position pour l’abrogation des décrets sur la mastérisation. Elle s’est enfin prononcée pour des actions en direction du Rectorat de Créteil et du Ministère.

Cette initiative a suscité une réunion intersyndicale des organisations de toute la région parisienne avec le collectif. Elle a organisé le rassemblement Ile-de-France du 1er décembre qui a débouché sur une audience au ministère en présence du directeur adjoint de la DGESCO [1]. Celui-ci a semblé tout découvrir de la situation des stagiaires et du caractère « radical » de certaines de leurs revendications comme l’abrogation de la mastérisation. L’audience a toutefois débouché sur la possibilité d’une entrevue rapide avec le ministre...

Construire un mouvement national

Le samedi 11 décembre, Stagiaire Impossible a organisé une AG des représentants des collectifs qui se sont créés dans les académies de province, avec des stagiaires des 1er et 2nd degrés. Des représentants syndicaux étaient également présents : SNES, SNEP-FSU et Sud au niveau national, SNUIPP Paris, SNUDI Versailles et SNFOLC Créteil pour la FNEC-FO. L’objectif était de fixer un cadre national aux futures actions de lutte contre les nouvelles conditions d’entrée dans le métier. La discussion a montré que les rectorats disposent d’une certaine marge de manœuvre dans l’application de la réforme, certains, comme à Bordeaux, ayant accordé des réductions horaires à leurs stagiaires pour mettre fin aux mobilisations.

Afin d’étendre le mouvement là où il est peu développé et de l’installer dans la durée là où il existe déjà, il a été décidé :

  • d’appeler les stagiaires du primaire et du secondaire de toutes les académies à s’organiser lors des journées de formation, en cherchant le soutien d’une intersyndicale la plus large possible, et à élire des délégués en vue de futures coordinations nationales ;
  • de demander une audience au Ministre dans la première semaine de janvier conformément à l’engagement pris lors de l’audience du 1er décembre ;
  • d’organiser, dans la semaine du 17 janvier 2011 et selon les occasions locales, une journée de préparation pour structurer la présence des stagiaires lors de la journée du 22 ;
  • d’appeler les stagiaires à prendre toute leur place dans la journée d’action nationale pour l’éducation du samedi 22 janvier ;
  • d’organiser avec un maximum de délégués de toutes les académies une nouvelle réunion nationale le samedi 5 février à Paris, pour discuter des suites du 22 janvier.

Et Sud éducation dans cette mobilisation ?

Dans les académies mobilisées les syndicats Sud ont apporté leur soutien aux stagiaires d’un point de vue logistique et politique – défendre la présence dans les intersyndicales des représentants des collectifs existants.

Au niveau national notre fédération a relayé la mobilisation dès le 26 novembre par un communiqué national soutenant cette lutte autonome des stagiaires et leurs revendications. Pour inscrire l’action dans une dimension nationale, nous avons proposé aux autres organisations une intersyndicale nationale et une demande d’audience au ministère avec le collectif Stagiaire Impossible.

L’intersyndicale s’est tenue dans nos locaux le 8 décembre et a affirmé le soutien des syndicats Sud, SNES, SNEP, CGT puis Sncl au mouvement, le communiqué commun soutenant la réunion nationale des collectifs du 11 décembre, s’engageant à une demande nationale d’audience et appelant à une mobilisation en janvier. Nos propositions d’extension de l’intersyndicale aux syndicats du 1er degré et aux organisations étudiantes (concernées par la formation en master) sont restées sans réponse à l’heure où nous écrivons. Pourtant, sur Créteil par exemple, la tension monte depuis la rentrée de janvier, avec des AG fournies et revendicatives dans les IUFM.

L’école publique à l’aube du 21e siècle

On ne lâche rien !

Il faut poursuivre la lutte pour l’abrogation de l’ensemble de la réforme de la formation, dite « mastérisation »,

  • qui est motivée par la volonté de supprimer des milliers de postes grâce au passage à temps plein devant élèves (16 000 cette année) ;
  • qui va générer un tri social accru : l’allongement de la scolarité (désormais, la Licence (Bac+3) + 2 ans de master sont nécessaires pour passer les concours) aura pour conséquence d’accroître les difficultés des étudiants issus des classes populaires. Aucune « revalorisation » ne compensera ce recul social ;
  • qui va créer un vivier de précaires : dans un contexte de suppression des postes de titulaires (35 000 depuis 2007) et de réduction du nombre de postes aux concours, la réforme multipliera les « reçus collés » titulaires d’un master mais pas du concours. Ils serviront à alimenter le « vivier » de remplaçants précaires.

Nous ne sommes pas pour autant partisans du retour au statu quo. Nous revendiquons toujours le retour à un recrutement à la licence avec l’attribution du master pour tous les professeurs à l’issue de la formation initiale professionnelle. Celle- ci doit d’ailleurs être totalement repensée en tenant compte des revendications des stagiaires.

Face à la mobilisation et à la médiatisation, le Ministère a dû, au Conseil supérieur de l’éducation, en réponse à Sud éducation, reconnaitre que la situation allait devoir évoluer. Faisons en sorte que cela soit dans le bon sens : celui de l’abrogation de cette réforme.

Sud éducation Créteil

« Tout va très bien dans l’académie de Créteil

L’intersyndicale a demandé
une audience au recteur
afin que des représentants
du collectif puissent directement
porter les revendications votées
lors de l’AG des stagiaires du 2O
octobre. Une délégation fut reçue
par la DRH et la doyenne des IA-IPR le 17 novembre. La DRH, qui
avait d’abord déclaré qu’elle refusait « que l’on dise que tout le
monde va mal », a finalement
affirmé qu’elle avait « entendu » les
revendications, et notamment que
« le point critique, c’est le nombre
d’heures de service », et qu’elle « ne
[cherchait] pas à minimiser » la
situation. Elle s’est en revanche
refusée à prendre tout engagement
concernant un éventuel allègement.

Par conséquent, l’intersyndicale
a maintenu une seconde demande
d’audience avec le recteur, qui s’est
tenue le 2 décembre avec le secrétaire général du rectorat. Aucune
avancée n’a été enregistrée, même
sur ce qui relève directement de
la politique rectorale. Par exemple
les 2 heures de décharge que
d’autres académies donnent réellement resteront à Créteil une
simple recommandation aux chefs
d’établissements, données en
heures supplémentaires. Pour laisser la possibilité d’établir les services sans laisser 2 heures vacantes
il est exclu qu’elles deviennent une
règle générale et dans les faits peu
de stagiaires en bénéficient. Le
secrétaire général a signalé que le
dispositif serait certainement
reconduit l’an prochain, d’autant
plus que les étudiants seront,
d’après lui, mieux préparés avec
les stages en cours de M2. La délégation a répondu que peu d’étudiants étaient inscrits en master
d’enseignement, donc peu feraient
ces stages en M2, et que de toute
façon, cela représentait une formation à la va vite qui ne remplacera pas l’année de stage telle
qu’elle s’effectuait jusqu’à présent,
avec 6 à 8 heures devant élèves.
La délégation a insisté pour qu’au
moins les stagiaires « en difficulté »
aient un allègement de service. La
réponse a tenu en peu de mots :
« aucun n’en a eu ».

On aurait tort pourtant de penser que cette audience fut inutile :
à propos des modalités de titularisation, les représentants du recteur ont paru découvrir la disposition réglementaire pourtant parue
au BO : « le jury entend au cours
d’un entretien tous les fonctionnaires stagiaires pour lesquels il
envisage de ne pas proposer la titularisation ». Enfin, les représentants
du collectif Stagiaire Impossible
ont déposé le témoignage écrit et
anonyme de 100 stagiaires de
l’académie de Créteil montrant la
réalité du terrain : fatigue, découragement, pressions, stress, crainte
pour la titularisation, formations
transformées en partie en cellule
de soutien psychologique... C’est
un document précieux qui met fin
au mensonge officiel selon lequel
« tout va bien ».


[1Direction Générale de l’Enseignement Scolaire