Contre la répression, on maintient la pression !

lundi 7 février 2011

Même à l’apogée de la mobilisation contre la réforme des retraites, le gouvernement n’a souvent fait aux manifestants qu’une réponse policière en guise de dialogue social : flash-ball, tonfas et lacrymos ont ponctué le mouvement de cet automne.

On se souvient du lycéen qui a perdu un œil, atteint par un flash-ball ; on revoit la Place Bellecour de Lyon transformée en prison à ciel ouvert tout un après-midi, le 21 octobre : des lycéens et des étudiants, piégés pendant plusieurs heures, ont été gazés à plusieurs reprises, aspergés au canon à eau... Le 22, les CRS évacuent la raffinerie de Grandpuits dans la violence. Enfin, la « marche sur l’Elysée » du 11 novembre a été « escamotée », les manifestants se faisant embarquer par la Police dès leur arrivée à Paris.

Mais les attaques n’étaient pas finies : la police a patienté jusqu’à la décrue pour lancer des sanctions individuelles contre ceux qui ont mené des actions militantes. Au Pays Basque, le 26 octobre, des manifestants bloquent l’accès de l’aéroport de Biarritz-Parme pendant une heure : ils seront plusieurs à recevoir des amendes pour « stationnement gênant » dans la seconde moitié de novembre. Dans l’Hérault, le 9 novembre, des lycéens distribuent des tracts dans la rue : interpellés et gardés à vue, ils encourront une amende de 4500 euros pour « entrave à la circulation ». À Bordeaux, le 29 octobre, Solidaires organise une opération-escargot sur le Pont d’Aquitaine : l’information filtre ; les CRS arrêtent le convoi et embarquent les occupants des voitures de tête. Le permis des trois conducteurs sera suspendu pour un mois, avec d’autres sanctions possibles pour « entrave à la circulation ». Heureusement, la mobilisation encore très forte a permis d’obtenir du préfet la levée de la sanction. À Poitiers, Gilles Frapper a eu moins de chance : pour avoir participé au blocage d’Auchan le 26 octobre avec sa voiture transformée en « sonomobile » Solidaires, ce militant de Sud éducation et Recherche 86 risque jusqu’à 6 points de permis en moins, 4500 euros d’amende et 2 ans de prison toujours pour « entrave à la circulation ». Il est convoqué au commissariat quinze jours après les faits. Deux rassemblements de soutien en novembre n’arrêteront pas la procédure : le préfet refusera même de recevoir la délégation intersyndicale mais clamera par communiqué de presse que l’instruction judiciaire doit avoir lieu : le ton est donné !

En encourageant les poursuites pour « entrave à la circulation » (article L. 412.1 du Code de la Route), le gouvernement s’applique à vider de leur substance les droits collectifs : « manifester reste légal à condition que cela n’ait aucun impact sur l’économie ! ». La police fait habilement feu de tout bois pour épingler ceux qui ont voulu exercer une réelle pression économique. Ces attaques sont déconcertantes pour une riposte juridico-syndicale parce qu’elles déplacent des questions éminemment politiques et sociales sur le terrain « neutre » et « objectif » du Code de la Route. Développer des stratégies de lutte contre la répression est donc plus que jamais une priorité syndicale si nous voulons préserver ces droits collectifs.

Constatons d’abord que la participation aux actions de blocage était basse, de même que le taux réel de grévistes, malgré l’hostilité de 71% des Français à la loi Woerth. Si la grève avait été forte dans tous les secteurs, la Police aurait-elle osé traquer ainsi les plus engagés ? Peut-être pas.

Pour compenser cette faiblesse effective, tenons-nous prêts à nous mobiliser concrètement et immédiatement, quand les sanctions commencent à tomber : rassemblons-nous devant les commissariats, devant les préfectures et les tribunaux dès les interpellations ou lors des auditions. Si le dossier a été transmis au procureur, rendons-nous groupés au commissariat pour assumer collectivement les faits et faire des dépositions ! Soyons prévoyants : informons les militants sur la conduite à tenir en garde à vue. Ne négligeons pas le combat juridique, de plus en plus inévitable face à la judiciarisation de la répression. Créons des caisses de lutte permanentes, dotées de statuts associatifs, pour prendre en charge amendes et frais de justice. Portons la question de la répression en intersyndicale. Enfin, pensons à signer les pétitions de soutien (cerises symboliques et persistantes sur le gâteau de la solidarité) car une pétition est contre-productive si on ne la fait pas « décoller ».

Signez pour Gilles Frapper

Sud éducation
et recherche Vienne