Contre le tri social dans une école sécurisée

samedi 2 septembre 2006
mis à jour mardi 31 octobre 2006

La politique budgétaire du gouvernement, la décentralisation, le plan Borloo, la loi Fillon et les injonctions de De Robien imposent au système éducatif des régressions qui s’inscrivent dans la continuité des processus de destruction sociale et de marchandisation organisés par le libéralisme à l’échelle européenne.

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Au cours des derniers mois, la répression orchestrée contre les révoltes qui se sont développées dans des quartiers populaires aura débouché non sur une remise en cause de la politique sociale de ce pays, mais de l’école, de ses personnels, de leurs pratiques professionnelles (lecture) et sur un recul majeur : le retour de l’apprentissage à 14 ans et la réinstauration du travail de nuit pour les enfants de 15 ans. Les discours réactionnaires sur l’école se trouvent ainsi confortés et les propos de café du commerce servent à cacher toutes les régressions.

Régression pédagogique :

« Socle commun » minimal et utilitariste, hiérarchie sociale des disciplines, généralisation du re-doublement non négocié, renforcement de la mise sous tutelle hiérarchique des pratiques enseignantes, régression constante du volant de formation continue des personnels ; démantèlement de la politique des Zep au nom d’une économie de moyens fondée sur une exclusion scolaire acceptée et programmée, le tout sous couvert d’une mise en concurrence des élèves de milieux populaires, au nom de l’excellence.

Régression de l’idée d’école pour tous et renforcement du tri social par l’école :

Orientation précoce dès la fin de la cinquième renforcée par le système « d’apprentissage junior », développement de l’apprentissage en entreprise et de l’alternance, en lien avec le plan Borloo, filières hiérarchisées de plus en plus étanches. L’entrée massive de l’entreprise et des diktats du patronat, pour imposer dans l’école, une formation au service de ses besoins immédiats, découle d’une volonté affichée de la Commission Européenne qui confie les réflexions sur l’évolution des systèmes éducatifs européens à un groupe de « grands patrons ».

Régression sur la laïcité :

- Tentative de création d’un enseignement du fait religieux.
- Entrée de l’entreprise dans l’école.
- Développement du sponsoring quand le ministère réduit les moyens mais encourage ses services et les établissements à se tourner vers les entreprises privées.
- Assimilation croissante de l’enseignement privé à un service public. Les communes seront désormais obligées de verser une participation aux écoles privées scolarisant les enfants de leurs administrés. En matière d’établissements d’enseignement privés, l’article 89 de la loi du 13/08/2004 (Fillon) rend obligatoire la partici-pation des communes de résidence aux dépenses de fonctionnement des écoles privées. Cet article étend en effet aux écoles privées sous contrat d’association avec l’Etat le bénéfice du « forfait communal » pour les élèves provenant de l’extérieur de la commune où elles sont implantées.

L’école laïque, outre la concurrence de l’enseignement privé, est soumise de plus en plus à celle d’officines spécialisées dans l’enseignement à distance ou aux cours particuliers. Il y a là un vrai risque de voir une partie de la population scolaire, se diriger, au gré des parents les plus aisés, vers ce type d’enseignement, portant ainsi atteinte au principe de « l’école obligatoire pour tous », donc à la mixité sociale.

Régression sur les conditions de travail et les statuts des personnels :

Suppressions continues de postes dans de nombreux départements, créations notoirement insuffisantes dans d’autres, mise en place d’un système de remplacement en heures supplémentaires dans le secondaire, manque chronique de remplaçants dans le premier degré, inexistence des remplaçants pour les TOS, maintien d’un volant énorme de précarité toujours plus flexible et facilement jetable. La décentralisation entraîne le renforcement hiérarchique dans les attributions données aux chefs d’établissements par la loi Fillon. Pression hiérarchique renforcée auprès des enseignants du premier degré dans la plupart des départements. Pression hiérarchique renforcée auprès des IATOSS par la mise en place du processus « évaluation-notation ».

Face au projet scolaire libéral dont le seul souci n’est plus d’élever le niveau de culture de tous mais d’organiser la précarité et la soumission, qui entend surveiller toute la population scolaire pour mieux punir les « déviants » (vidéosurveillance, fichiers informatisés, biométrie, police...), il est urgent de développer un véritable projet alternatif pour le système éducatif.

Sud éducation, pas plus que les autres organisations syndicales, n’a actuellement les clés de ce projet alternatif.

D’autant qu’il ne s’agit pas de définir ce qui pourrait être, en faisant abstraction de ce qui est et qui justement fait obstacle à ce projet d’une autre école.

L’état de l’école relève nécessairement de l’état des rapports sociaux. L’école actuelle est donc celle d’un libéralisme triomphant qui n’a plus nécessairement besoin de maintenir l’affichage d’une élévation globale du niveau de qualification. Cette conscience de la réalité ne doit nullement nous priver de tenter d’ouvrir des brèches dans le système tant nous savons qu’il y a une relation dialectique entre l’idée d’une autre école et celle d’une autre société. Apprendre à l’école, c’est aussi apprendre et découvrir que le monde peut être autre qu’il est.

Ce projet, nous pouvons l’asseoir sur quelques principes fondamentaux que ce quatrième congrès fédéral veut ici rappeler :
- L’éducation est un droit, tous les enfants et tous les jeunes doivent y avoir un accès égal sur l’ensemble du territoire, de la maternelle jusqu’à la fin actuelle du lycée, ce qui signifie clairement porter à 18 ans la fin de la scolarité obligatoire.
- L’école, le collège, le lycée ne peuvent se réduire à des lieux d’apprentissage où cœxistent une somme de projets individuels. L’école est un lieu collectif de construction et d’acquisition des savoirs, c’est un lieu de socialisation qui permet un regard collectif sur le monde.
- La mission du système éducatif est de donner à tous les jeunes sans distinction, les repères culturels et les méthodes de la raison critique qui leur permettront
d’agir librement sur le monde, c’est-à-dire de devenir des hommes et des femmes émancipés.
- Les enfants et les jeunes ont des droits qui doivent être respectés à l’école, au collège, au lycée ou à l’université.

Un système éducatif laïque, national et unifié

La mise en pratique des principes précédents nécessite une école laïque. Le dualisme scolaire doit disparaître. Le service public d’éducation doit rester national et indépendant de tout groupe de pression, qu’il soit politique, religieux ou économique. Le caractère national de l’éducation peut garantir les conditions d’accès à une culture partagée sur tout le territoire. L’institution scolaire doit, seule et en toute indépendance, délivrer des validations et certifications reconnues par tous les acteurs sociaux sur tout le territoire national.

Pour ces raisons, Sud éducation continue de refuser les processus de décentralisation. Tous les personnels doivent rester (ou devenir) fonctionnaires d’Etat. Pour cela il faut en finir avec la précarité, arrêter les recrutements de salariés et titulariser tous les personnels précaires actuellement employés, sans conditions de délais, de concours ni de nationalité. Tous ces personnels doivent recouvrer un droit égal à la formation professionnelle à laquelle ils n’ont pas eu droit avant d’exercer.

Une culture polyvalente et polytechnique jusqu’à 18 ans

Chaque enfant doit pouvoir s’attarder dans les domaines où il est en difficulté tout en continuant sa progression dans les domaines où il réussit. La difficulté scolaire peut et doit être endiguée dans l’école, non pas en cours du soir pour celles et ceux à qui la journée scolaire apparaît déjà bien trop longue mais par le renforcement des réseaux d’aide qui agissent sur le temps scolaire, par la possibilité de travailler avec des groupes d’élèves très réduits à tous les niveaux, par la mise en place de postes supplémentaires dans les écoles pour permettre ces prises en charge régulières et permettre la scolarisation du plus grand nombre d’enfants handicapés en milieu scolaire ordinaire. C’est bien l’inverse qui se joue aujourd’hui. Le marché de l’aide aux devoirs et du soutien scolaire explose. L’intégration scolaire des enfants handicapés se déroule à marche forcée, sans évaluation des dispositifs existants (Clis, Upi) sans moyens et dans le mensonge aux familles.

Cela suppose aussi un collège-lycée unique qui n’aurait rien d’uniforme mais qui s’oppose au « collège de la réussite pour tous », à la « découverte professionnelle » pour certains élèves dès le début du collège et aux voies de formation séparées dans les lycées actuels.

La cœxistence actuelle de trois voies de formation séparées, voie générale, voie technologique, voie professionnelle justifie aujourd’hui l’orientation précoce. Les déclarations d’intentions de « revalorisation » des voies technologiques et professionnelles, leur « mise sur un pied d’égalité dans les plus brefs délais », depuis longtemps répétées, ne peuvent être suivies d’effet tant que ces trois voies continueront d’être séparées. Forte de la division sociale du travail, cette distinction se trouve nécessairement hiérarchisée par l’environnement économique et social.

Il faut pour cela créer un lieu de formation et de socialisation des jeunes, organisé en groupes socialement, culturellement et scolairement hétérogènes, pour permettre à chacun l’apprentissage de la vie démocratique, de la prise de responsabilité, et la découverte des savoirs généraux, technologiques et professionnels dans une progression adaptée à chaque individu.
Nous sommes pour des programmes nationaux, des diplômes nationaux et un calendrier national. Parce qu’une école unique, ne saurait être une école uniforme il nous faut nécessairement réfléchir à l’articulation entre centralisation et autonomie.

Ouvrir un chantier syndical

Tout cela nécessite des revendications qualitatives et quantitatives. Tout cela nécessite des luttes pour défendre l’école publique. Avancer par les luttes sur le chemin d’une autre école engage des refontes en matière de formation des enseignants, en matière d’organisation du travail, concertation, projets d’équipes, définition des savoirs.

Cette refonte doit porter, dans le fonctionnement et les pratiques, les valeurs fondamentales de Sud éducation.

Dans une période où le syndicalisme consiste surtout à défendre ce qui est attaqué par le capitalisme prétendument triomphant, le Congrès de Sud éducation appelle l’ensemble des syndicats de la Fédération à se lancer dans un véritable chantier d’élaboration scolaire revendicative.

Le Congrès mandate le Conseil Fédéral pour promouvoir les commissions, groupes de travail, publications, colloques et tous regroupements militants nécessaires pour opposer au discours hégémonique d’une école libérale, sécuritaire et réactionnaire le projet émancipateur d’une véritable école pour toutes et tous.

Congrès fédéral de Sud éducation, Clermont-Ferrand, mai 06.

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