Crime raciste en Andalousie

Nous devons soutenir le Syndicato de Obrero del Campo
mardi 19 avril 2005
mis à jour dimanche 4 septembre 2005

Samedi 13 février, un ouvrier marocain de 40 ans, Azzouz Hosni, syndiqué au SOC (Syndicato de Obreros del Campo), a été assassiné par un groupe de personnes près d’un bar à El Ejido, cette ville de la province d’Almeria en Andalousie tristement célèbre pour avoir été le théâtre d’un pogrom anti-marocain en février 2000. Cet assassinat est indissociable d’un contexte social et syndical très significatif qui nous concerne tous : c’est pourquoi nous devons soutenir le SOC, qui réclame justice.

Avant d’être assassiné en février dernier, Azzouz travaillait dans les cultures sous serres et dans la construction. Il résidait à El Ejido depuis cinq ans et n’avait aucun antécédent de violence ou de délinquance, vivant dans une situation économique absolument précaire.

Agriculture intensive, désastre social

L’agriculture intensive en Andalousie n’est pas un système de production local : autour d’Almeria la plus forte concentration mondiale de serres de plastique couvre 32 000 hectares de cultures industrielles, et 80 000 immigrés y travaillent, parmi lesquels environ 40 000 sans papiers. On y produit trois millions de tonnes de légumes par an dont la majorité est exportée dans toute l’Europe. Pendant la haute saison, en hiver, un millier de camions partent chaque jour vers les marchés du nord pour le compte des grandes multinationales de la distribution. Elles imposent aux producteurs des prix de plus en plus bas, ce qui est l’une des raisons de la surexploitation de la main d’œuvre dans cette Californie européenne. Il s’agit d’un concentré de tous les dégâts sociaux et environnementaux que provoquent les processus de développement déséquilibrés et non durables du néolibéralisme.

Moins de droits, plus de racisme et de xénophobie

Plus généralement, la situation des travailleurs migrants dans le secteur de l’agriculture intensive des fruits et légumes doit nous interpeller à bien des égards. Venu du Sud, de l’Est, et d’ailleurs, chassés par la misère et le chômage, ils constituent cette main d’œuvre déracinée et flexible à merci qu’exploite l’agriculture productiviste pour assurer sa rentabilité maximale non seulement en Espagne, mais aussi en France, en Italie, aux Pays Bas, etc... Etrangers pour la très grande majorité (car les nationaux n’acceptent pas de telles conditions de travail), ils sont désignés comme la cause de l’augmentation du chômage et de l’insécurité, criminalisés par une politique européenne de l’immigration très discriminatoire et souvent livrés de ce fait à des violences xénophobes et racistes. Leur surexploitation, en violation constante des lois, préfigure ce qui pourrait résulter de la généralisation du processus de démantèlement du droit du travail et des acquis sociaux, à savoir la précarisation et la paupérisation de l’ensemble des salariés. Leurs conditions de vie sordides montrent que les droits de l’homme les plus élémentaires (logement, santé, éducation) sont loin d’être des acquis intangibles dans nos pays « riches » et « démocratiques ».

La situation de ces travailleurs migrants doit également nous amener à nous interroger sur le modèle de production agricole dominant et sa finalité, sur les rapports inégalitaires dans le monde, et sur la construction de solidarités ici et ailleurs. Nous avons en outre à nous préoccuper des conséquences de ce type d’agriculture intensive et productiviste sur l’environnement, sur la souveraineté alimentaire, et sur les produits destinés à la consommation de masse.

Pourquoi faut-il aider le syndicat SOC ?

Le Syndicato de Obreros del Campo se bat depuis près de trente ans pour les droits des journaliers employés dans les grandes latifondias d’Andalousie. Il revendique une réforme agraire et a déjà réussi à implanter plusieurs coopératives agricoles sur des terres occupées puis concédées à des collectifs de journaliers. C’est une organisation qui se consacre strictement à la défense des ouvriers agricoles en Andalousie. Après les émeutes racistes de février 2000, il a décidé de s’implanter dans la région des serres et a installé un bureau à Almeria avec deux représentants : Abdelkader Shasha (Marocain) et Gabriel M’Binki Ataya (Sénégalais). Ils travaillent dans un environnement difficile et dangereux. Le SOC est ainsi le seul syndicat véritablement engagé pour la défense des ouvriers de l’agriculture sous serre sur le terrain. Il a peu de moyens et a donc besoin d’un soutien politique et financier durable.

Le SOC répond sur le terrain à l’organisation syndicale de tous les travailleurs, quelle que soit leur situation au regard de la loi : réguliers ou sans papiers. Quand Sud éducation se prononce pour que le champ de syndicalisation ne se réduise pas aux fonctionnaires de l’Education nationale mais syndique aussi les précaires, il commence à se situer sur le même terrain : celle de l’organisation de toute la force de travail.

Solidarité de classe et soutien financier

Ainsi dans la situation particulière d’Almeria, aider le SOC, c’est retrouver les principes fondamentaux de la solidarité de classe. Aider le SOC à avoir des locaux syndicaux sur place, dans la région des serres, est indispensable, et dans le contexte actuel il ne peut trouver de local à louer, il doit l’acheter, ce qui représente un investissement de 90 000 euros. Ces locaux doivent permettre aux travailleurs des serres de se retrouver pour s’organiser. En ville ils sont victimes d’intimidations et de violences, ils n’ont ni le temps ni les moyens de se rendre jusqu’au bureau du SOC à Almeria. Participer à l’achat de ces locaux c’est aussi protéger le SOC des provocations par un soutien international. C’est donner l’exemple concret de la solidarité dans le cadre de la préparation du Forum Social Méditerranéen.

Une fois de plus, malgré toutes les difficultés dues à la peur et à la politique de la mairie et de la police locale, le SOC a lancé une campagne pour dénoncer le meurtre d’Azzouz Hosni et exiger que justice soit faite et que les coupables soient inculpés. Tous les syndicats européens sont concernés ! Il faut soutenir le SOC et les aider dans leur campagne !

Signez la pétition
Justice pour AZZOUZ
disponible sur notre site

Sud éducation Hérault (à contacter pour plus de renseignements)

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