De la malformation des enseignants

lundi 30 août 2010

En dépit de toutes les oppositions professionnelles, associatives et syndicales (partiellement du moins) le ministre Châtel a choisi de maintenir le cap du démantèlement de la formation des enseignants. Ainsi cette rentrée verra les établissements et les écoles accueillir de jeunes collègues, peu formés voire pas du tout, pour prendre une classe en responsabilité.

Une formation vidée de sa théorie

Certes il ne s’agit pas d’une nouveauté puisque jusqu’ici les académies procédaient largement à des recrutements sur les listes complémentaires pour pallier des besoins en poste, souvent minorés.

Ce système, très loin d’être satisfaisant, permettait cependant à ces jeunes collègues recalés au concours de suivre la 2e année de formation après ce passage sur le terrain. Désormais donc le choix est fait de réduire, à la portion congrue, la formation théorique au bénéfice de la pratique.

Ce profond déséquilibre ne sera pas sans conséquences ni pour les jeunes collègues, ni pour les équipes et les établissements au sein desquels les rapports de force risquent d’être bouleversés.

Et c’est avec beaucoup de légèreté que le ministère renvoie les académies faire leur cuisine et trouver la solution la moins mauvaise. Car il faut bien l’avouer dans cette affaire quelles que soient les solutions envisagées on navigue de Charybde en Scylla. On retiendra juste que ce grand bricolage n’a de chances de tenir que par les menaces qui pèsent sur les formateurs et sur les collègues sollicités pour devenir des tuteurs ou sur les bons sentiments de ces derniers. Or on ne bâtit pas une formation professionnelle en maniant la carotte ou le bâton.

Pourtant la réponse du Conseil d’État saisi sur cette question par Sud Éducation, SLU et la FCPE a partiellement démontré l’inanité de cette réforme. Concrètement le ministère est renvoyé plancher sur l’organisation des prochains concours de recrutements (inscriptions ouvertes, épreuves d’admissibilité en octobre, admission au printemps 2011). A cette rentrée, on sera donc bien loin des annonces ambitieuses (revalorisation des carrières, amélioration qualitative des lauréats puisque recrutés à bac +5) et mensongères (accès aux professions de l’enseignement facilités pour les jeunes des classes sociales défavorisées). On sera surtout aux prises avec une hiérarchie rendue plus forte par la présence de collègues en position de vulnérabilité.

De plus, rappelons aussi que désormais, pour être titularisé, il suffira aux candidats de faire la preuve qu’ils sauront agir « en fonctionnaire responsable » avec une éthique irréprochable : mais, ces futurs enseignants sauront-ils en mesure de refuser l’inacceptable ? Leur adhésion à cette « éthique irréprochable » leur permettra-t-elle d’exercer leur esprit critique et de faire valoir leurs droits syndicaux ?

Cette bataille n’est pas perdue, nous devons rester mobilisés

Le rejet de ce nouveau mode de recrutement et de formation des enseignants n’est donc pas seulement un combat d’arrière-garde sur les contenus et les équilibres (pratique — théorie) de la formation. L’adhésion de certaines organisations syndicales à ce projet a peut-être été naïve, elle est désormais coupable.

Dés lors il ne sera pas trop tard dès la rentrée et durant cette année pour rectifier le tir et s’engager dans une lutte unitaire, quotidienne, pied à pied contre une administration et une hiérarchie qui n’auront pas d’état d’âme pour essorer des collègues aux abois. Il sera aussi essentiel de rester soudés face aux menaces agitées en termes de déroulement de carrière pour les nouveaux « collègues formateurs » : ceux-ci devront prendre en charge sur des temps et dans des conditions improbables ce qui autrefois était traité par des professionnels volontaires, dans un cadre bien délimité (les IUFM) et sur une durée autrement plus longue.

Sud éducation Grenoble

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