Défendre la retraite de tous

mercredi 7 novembre 2007
mis à jour dimanche 6 janvier 2008

À la fin de la seconde guerre mondiale, le patronat français, après son soutien au régime de collaboration, n’était pas en situation de faire la loi… Les forces liées au Capital ont donc du céder face à un certain nombre de revendications ouvrières : la généralisation d’un système de retraite par répartition et la mise en place d’une sécurité sociale dans laquelle chacun verse selon ses moyens et reçoit selon ses besoins.

Des positions à défendre et à étendre

Chaque fois que le Capital convoque la force de travail, il paye du travail et du « hors travail ». Cette rétribution se partage en salaire direct versé au salarié et en salaire indirect (ce que les patrons appellent injustement « charges sociales ») qui finance immédiatement les situations « hors-travail » (maladie, chômage, retraite). Une partie du salaire direct est également prélevée pour financer ces situations « hors-travail ». Il n’est donc pas fortuit de constater que les retraites sont attaquées au même moment que le droit aux soins pour tous, que l’indemnisation du chômage, que la réglementation des licenciements et de l’emploi. Dans le système de retraite par répartition, l’argent va directement des actifs aux retraités, chaque salarié contribue à la retraite de la génération précédente et les retraites de demain seront payées par les salariés de demain.

La pension des fonctionnaires ne dépend d’aucune caisse particulière, elle est tout simplement la continuation d’une partie du salaire et fait partie du budget de l’Etat.

Des attaques répétées

Depuis vingt ans, le capitalisme financier a décidé de mettre la main sur ces sommes énormes qui lui échappent (chaque année, les sommes versées en retraite sont équivalentes au budget de l’Etat), il veut donc casser le système par répartition pour lui substituer un système par capitalisation dans lequel chacun doit se payer sa retraite - s’il le peut - en souscrivant à des fonds de pension. Pour ce faire, le patronat et les instances du libéralisme européen ont décidé de s’attaquer aux retraites.
En 1993, le gouvernement Balladur fait passer la durée de cotisation des salariés du secteur privé de 37,5 à 40 annuités. La droite et les faiseurs d’opinion peuvent alors pointer du doigt les fonctionnaires privilégiés maintenus à 37,5 annuités.

En décembre 1995, le gouvernement Juppé veut mettre fin aux régimes spéciaux pour ensuite affaiblir davantage le système par répartition. Le soutien de la direction de la Cfdt au gouvernement ne suffit pas, Juppé doit reculer devant la grève en voie de généralisation. La « gauche plurielle » au pouvoir de 1997 à 2002, en grande partie grâce à la défaite de Juppé en décembre 1995, ne revient pas sur la réforme de 1993.
La reélection de Chirac en 2002 permet à Fillon et Raffarin de reprendre l’offensive contre les retraites avec le soutien du Medef qui réclame dès novembre 2002 : « …la fin des privilèges que les fonctionnaires et les agents des entreprises publiques ont sur les salariés du privé… ». Le gouvernement est convaincu qu’il ne peut poursuivre la contre-réforme du régime de retraite des salariés du privé sans toucher d’abord celui des 4,5 millions de fonctionnaires. Pour Fillon, l’étape de 2003 est cruciale : « le rapprochement public-privé réalisé, l’adaptation du système aux contraintes économiques et démographiques sera plus facile ».

On sait ce qu’il advint. La direction de la Cfdt se range encore, 2 millions de grévistes le 13 mai, près d’un million de manifestants à Paris le 25 mai, des milliers d’établissements en grève reconductible dans l’éducation nationale et une direction confédérale de la Cgt qui n’appelle même pas à la généralisation de la grève et tient ses grosses fédérations (cheminots, énergie, poste) loin du mouvement. La Fsu négocie la reprise et le lâchage des TOS avec… Sarkozy venu suppléer Ferry. Cette stratégie perdante des temps forts sera reconduite par la Cgt lors de la privatisation d’EDF en 2004.

Régimes spéciaux : le nouveau cheval de Troie

Sarkozy l’a dit et répété depuis des mois. Les régimes spéciaux de retraite constituent « un privilège indigne ». Quand on compare avec 1 000 contribuables dont la fortune est supérieure à 15,5 millions d’euros qui profiteront chacun d’une baisse d’impôt sur le revenu de 270 000 euros grâce au nouveau « bouclier fiscal », le « privilège » devient très relatif…

Casser les régimes spéciaux permet d’attaquer ensuite les retraites de tous. Fillon n’a d’ailleurs pas attendu en annonçant déjà 41 ans de cotisation pour tous. Une fois les régimes spéciaux ramenés au rang de la fonction publique, les mêmes expliqueront qu’il faut mettre tout le
monde au même niveau au nom de l’équité. André Santini laisse entendre que le gouvernement pourrait remettre en cause le montant des pensions versées aux fonctionnaires calculé à partir de l’indice détenu lors des six derniers mois d’activité pour le remplacer par une référence aux 10 meilleures années. Travailler plus longtemps pour une misérable retraite, voilà les beaux projets d’avenir qu’offre le président de la république à ses concitoyens.

Bien sûr notre espérance de vie augmente et va continuer dans l’immédiat à augmenter. Le « vieillissement de la population » dont ils nous parlent tente de faire passer une bonne nouvelle pour une catastrophe pour faire accepter ainsi toutes les régressions sociales préparées par Sarkozy et les siens.

Détermination, patience et unité

Après les reculs sociaux engendrés par la défaite de 2003, la parenthèse du CPE s’est vite refermée par l’élection de Sarkozy. La grève du 18 octobre, première riposte, ne se limite pas à la défense les régimes spéciaux. C’est le signe que la nécessité d’un large mouvement interprofessionnel est une idée qui fait son chemin. Il faut reprendre l’offensive sur des revendications unifiantes.

- Maintien des régimes spéciaux et abaissement de l’âge de la retraite à 55 ans dans les secteurs professionnels les plus pénibles.
- Retour aux 37,5 annuités pour tous avec un taux de remplacement d’au moins 75% et la suppression de toutes les décotes .
- Augmentation uniforme des salaires (une même somme pour tous) .

Sud éducation Puy de Dôme

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