Dérives exemplaires d’un Lycée Professionnel en Vaucluse

Privatisation et harcèlement
lundi 17 octobre 2005
mis à jour samedi 21 janvier 2006

En 2003, les personnels de l’Education nationale d’Avignon et de sa région ne furent pas les premiers en France à se mobiliser contre la casse des retraites et la décentralisation de nos collègues TOS. Ils entrèrent néanmoins très fortement dans le mouvement en mai. Ce fut aussi le cas au LP du Domaine d’Eguilles. La direction commença alors les premières "délicatesses" avec les personnels militants et grévistes ; il fallait déjà probablement distinguer, et aider à distinguer, les bons petits soldats des enseignants « irresponsables ».

Malgré ces pressions, des collectifs d’enseignants décidèrent de mener des actions à la fois spectaculaires et symboliques. Le LP Schuman à Avignon tout d’abord, puis le LP d’Eguilles à Vedène, l’Université d’Avignon et enfin le Lycée Mistral à Avignon furent ainsi bloqués lors de journées d’examens. Dès 7h du matin, tous les accès étaient cadenassés et équipés de chaînes tandis qu’entre 100 à 300 collègues manifestaient devant les portes
et portails. L’organisation de ces actions était minutieuse, aucune dégradation ne devant avoir lieu. Il n’était pas question d’une quelconque dérive violente, qu’elle soit verbale ou physique.

Lors du blocage du Lycée Professionnel de Vedène (de même que lors de celui du LP Schuman), la direction autorisa la gendarmerie à sectionner un grillage voisin du portail principal afin de permettre l’accès des élèves à leur lieu d’examen. Un groupe d’enseignants forma immédiatement une chaîne humaine pour remplacer la clôture sacrifiée. Les gendarmes n’hésitèrent pas à faire usage de leurs poings, de leurs pieds et enfin de leurs matraques, mais sans parvenir à libérer le passage. Les enseignants, qui avaient choisi dès le début de cette chaîne humaine de leur tourner le dos, se tenaient simplement par les coudes.

Un rapport circonstancié fut rédigé par Madame le Proviseur à l’attention de sa hiérarchie ; ce rapport indiquait qu’un groupe d’individus cagoulés pour certains, portant des lunettes noires pour d’autres, avait à la manière d’un commando pris possession du lycée, que des individus avaient volontairement dégradés le portail d’entrée, que certains “s’en étaient pris aux forces de l’ordre”, ou encore que les gendarmes n’avaient à aucun moment fait usage de la force ! Trois enseignants étaient reconnus et nommés dans ce rapport. Un rapport administratif de même nature fut rédigé par la direction du LP Schuman suite au blocage de cet établissement. Là aussi, il s’agissait de faire passer les militants pour des casseurs, là aussi des enseignants furent dénoncés sans hésitation par leur direction.

Ces rapports furent suivis, en février 2004, d’une action du recteur de l’académie d’Aix-Marseille, alors fermement décidé à réprimer les enseignants. Mais la mobilisation locale, probablement appuyée par les élections régionales si proches, le fit reculer.

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Entraves à l’exercice du droit syndical

Dans la foulée de ces luttes, une section syndicale Sud éducation forte d’une vingtaine de membres s’est officiellement créée au LP de Vedène, alors que la représentation syndicale y disparaissait peu à peu. La direction tenta alors d’empêcher la tenue des premières Heures Mensuelles d’Informations syndicales en invoquant sans raison le motif de service. Mais les personnels se réunirent malgré tout aux jours et heures prévues. Dès le lendemain après-midi, la direction convoqua les participants un par un, sans hésiter à faire interrompre leurs cours et garder leurs élèves par un surveillant. Chacun reçu une lettre de remontrance, menaçant d’éventuelles sanctions, sur laquelle il dut apposer la mention « Vu et pris connaissance. » L’intimidation ne s’arrêta pas là puisque un inspecteur intervint encore, à la demande expresse du proviseur, pour réprimander par écrit un collègue brusquement déclaré incompétent ; un courrier qui se terminait par « tout comme de l’heure d’information mensuelle, dont nous aurons l’occasion de reparler... » Enfin, un nouveau rapport administratif fut adressé au recteur d’Académie à l’encontre de l’organisateur apparent de la réunion, secrétaire de la section syndicale locale. Ce dernier y était déclaré une fois de plus irresponsable tandis que Madame le proviseur « se tenait à la disposition du recteur pour toute sanction que ce dernier jugerait utile. »

Une victime d’agression enfoncée par sa hiérarchie

C’est dans ce climat que s’achevait l’année scolaire 2004-2005 quand, le 6 juillet, l’agent chef de l’établissement fût agressée par le Maître-Ouvrier de la cuisine. Temporairement séquestrée dans son bureau, elle y a subi menaces et insultes avant d’être violemment bousculée. Accompagnée du secrétaire de la section syndicale d’établissement, elle fut reçue le lendemain par Madame le proviseur et Madame l’intendante. Selon elles, « cette agression ne serait peut-être pas arrivée si l’agent chef s’habillait autrement. »

Le 13 juillet, alors que l’établissement fermait officiellement ses portes pour l’été à 13h30, Madame le proviseur convoqua par téléphone l’agent chef pour lui remettre copie d’un rapport administratif adressé au recteur la concernant, document daté du 7 juillet et signé par elle seule. Impossible d’y trouver la moindre référence à l’agression mais seulement une longue liste de manquements professionnels, tous plus loufoques les uns que les autres, accompagnés d’éléments ne constituant rien d’autre qu’une attaque personnelle. La fin du rapport allait même jusqu’à conseiller à l’agent chef de changer de type d’emploi et de quitter l’établissement. Interpellée au sujet de ce document scandaleux, Madame le proviseur n’a même pas compris que l’on puisse trouver à y redire !

Une tentative de privatisation de la formation

Cet autoritarisme s’est évidemment retrouvé dans les Conseils d’administration. Les élus firent ainsi l’amer constat du peu de démocratie dans le déroulement de l’ensemble des séances : ni discussion, ni vote de l’ordre du jour en début de Conseil ; impossibilité de faire voter une quelconque demande des élus enseignants ; comptes-rendus écrits perpétuellement censurés par la direction, etc. Mais le pire a bien failli se produire avec la nomination au Conseil d’administration d’une nouvelle “personnalité qualifiée’’, sensée représenter le monde du travail en rapport avec les formations dispensées. Il s’agissait pourtant du président du Centre de Formation des Apprentis du bâtiment d’Avignon, le C.F.A. Florentin Mouret, un organisme de formation privé au service direct des entreprises locales. Sa présence au sein d’une instance chargée d’administrer et de prévoir l’évolution de leur établissement a immédiatement alerté les élus du C.A... et à juste titre.

Une section de Baccalauréat Professionnel “Gros Œuvre’’ en formation traditionnelle venait en effet tout juste d’être fermée pour insuffisance de recrutement. Il était pourtant désormais question de créer, au sein du lycée, une Unité de Formation des Apprentis (U.F.A.). Dans un premier temps, une formation de Baccalauréat Professionnel ‘’Gros Œuvre’’ aurait été mise en place dans cette structure de statut privé : une formation désormais en alternance pour des jeunes sous contrat d’apprentissage. Le LP d’Eguilles serait alors devenu simple loueur de locaux puisque les U.F.A. possèdent toutes les prérogatives structurelles, financières et pédagogiques sur les formations qu’elles chapeautent.

Les élus enseignants démontrèrent la perversité de ce projet qui fut donc repoussé. A sa place, c’est une formation de Baccalauréat Professionnel “Gros Œuvre’’ en alternance, pour des jeunes sous contrat d’apprentissage, qui existe aujourd’hui... dans le cadre d’une Section d’Apprentissage publique. Mais, malheureusement, cette ouverture n’a donné lieu à aucune création de poste statutaire.

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