Des créations de postes...

mardi 29 novembre 2005

...pour éradiquer la précarité et l’instabilité, sortir du stress et de la dictature de l’urgence, assurer la présence de CPE dans tous les établissements, bénéficier enfin d’une réduction du temps de travail digne de ce nom, sans annualisation et toutes tâches confondues...

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C’est à tout le contraire qu’on assiste ! L’absence de créations de poste de CPE depuis plusieurs années a des conséquences graves sur nos conditions de travail, nos possibilités de mobilité, l’exercice de nos missions...Les titulaires remplaçants et les précaires, corvéables à merci (et, pour les seconds, hélas jetables), constituent une simple « variable d’ajustement » au bon gré des directions des « ressources humaines » rectorales.

Les exemples abondent : les mesures de carte scolaires se généralisent et, dans certaines académies, les CPE sont décrétés « surnuméraires » et sommés de se reconvertir. On supprime ici des postes pour y nommer...des TZR ou récupérer des moyens afin de les affecter... au remplacement ; ailleurs on utilise les assistants d’éducation pour remplacer les CPE ou même parfois en faire office.

Dans un contexte de pénurie et d’incohérence, c’est bien la flexibilité et le non-droit pour tous qui se dessinent...

Des créations de postes pour...

ERADIQUER LA PRECARITE


SUD a toujours clairement affirmé sa position, elle est sans ambiguïté, parfaitement assumée et ne cède en rien au corporatisme et à l’individualisme. Contre la précarité, qui n’a plus rien de conjoncturel, contre la dégradation de l’ensemble des garanties collectives qu’elle permet, pour la solidarité élémentaire : titularisation des précaires en poste ou au chômage !

Aucune procédure, aucune mesure ni demi-mesure, aucun timide « plan de titularisation » n’ont permis d’arrêter le fléau.

Le « CDI fonction publique », transposition d’une directive européenne, ne le permettra pas plus et se transformera même en outil pour casser le statut de fonctionnaire. L’Etat, premier négrier de France, éjecte aujourd’hui massivement nos collègues non-titulaires, gageons qu’il retournera en chercher de nouveaux quand cela lui apparaîtra nécessaire...tant leur situation, dans les dogmes libéraux, doit devenir celles de tous.

SUD-éducation revendique :

- le réemploi de tous les non-titulaires,
- leur accès à la formation initiale
- la prise en compte de leur ancienneté de manière analogue à celle des titulaires

METTRE FIN A L’INSTABILITE

Les TZR subissent de plein fouet les nouvelles méthodes de « gestion des personnels », les effets de la déconcentration du mouvement et de la déréglementation désastreuse qu’elle génère. Affectations dérogatoires et « compléments de service » en tout genre, dans le mépris des contraintes personnelles, remplacements dans l’improvisation totale, modifications illégales des rattachements...et la liste est loin d’être close. Aujourd’hui les plans de « stabilisation » à la hussarde et la remise en cause des bonifications et indemnités sont à l’ordre du jour. Ces collègues, souvent jeunes titulaires, se trouvent confrontés à l’arbitraire le plus complet et acculés à des conditions d’exercice sans rapport avec les exigences du Service public. SUD-éducation s’oppose dans les CAPA à l’ensemble de ces diktats.

Cette situation résulte d’un choix politique de longue date : démanteler le système de remplacement. Loin de constituer une alternative à la précarité, la situation des titulaires remplaçants fait au contraire système avec elle et constitue un laboratoire de la flexibilité. On entend, à présent, y intégrer les titulaires en poste. Pour que, toutes et tous, nous nous habituions à renoncer à nos droits et à notre dignité professionnelle.

Les besoins en suppléance sont bien supérieurs à ce que concèdent les autorités ministérielles et académiques. SUD-éducation appelle les personnels à chiffrer localement le volume des moyens nécessaires et à s’organiser collectivement pour l’imposer.

SUD-éducation affirme et défend le droit d’obtenir un poste fixe et entier faisant l’objet d’un choix, afin de pouvoir s’y investir dans la durée.

SUD-éducation revendique :

- la publication immédiate de textes réglementaires interdisant les pratiques despotiques de l’administration et rétablissant des droits et compensations pour les TZR
- l’augmentation conséquente du nombre de titulaires remplaçants sur une base de choix assorti d’une prime et de bonifications de carrière compensatoires des contraintes.
- des zones de remplacements cohérentes et de taille largement réduite.


RESSENTI

C., jeune collègue CPE TZR, académie de Toulouse.

Tout d’abord une impression de gros cafouillage au niveau de la gestion du mouvement : pourquoi nous faire rentrer dans une académie si on ne peut bénéficier d’un poste fixe ; à savoir ça, je n’aurais pas demandé une mutation.

Le stress constant d’être appelée ailleurs en complément de service.
Le sentiment d’être de trop : on ne sait pas où nous mettre.
Le sentiment d’injustice : pourquoi avoir passé plusieurs années dans un établissement difficile du 93, y avoir fourni beaucoup de travail et y avoir consacré beaucoup d’énergie. Ne mérite-t-on pas plus de reconnaissance ?

L’impression de passer après tout le monde : dans l’académie des postes sont attribués de façon obscure et arbitraire ? Pourquoi, pour qui ?
Une histoire sans fin : d’autres titulaires nouvellement arrivés me passeront devant car ils ont plus de points et je serai une éternelle TZR. J’en suis à souhaiter que l’on bloque l’entrée dans l’académie pendant un ou deux ans pour qu’il n’y ait plus d’ « excédent ».

Un sentiment de frustration : nouvellement entrée dans la fonction, j’ai plein de projets, d’envie mais comment les réaliser quand il faut sans cesse bouger, changer d’établissement et toujours dans l’incertitude des années à venir. J’ai l’impression de vouloir et de pouvoir faire mieux dans la profession mais cela semble inaccessible.

Avant il y avait une petite reconnaissance, par les primes et les bonifications : elle nous a été supprimée, nous n’avons même plus le lot de consolation.


Commission Administrative Paritaire Académique des Conseillers Principaux d’Education Le 31 mars 2005, rectorat d’Orléans-Tours

Déclaration liminaire SUD Education :

Les syndicats SUD Education de l’académie d’Orléans-Tours déplorent la disparition de postes de CPE pour la rentrée 2005.

Cette situation ne sera pas sans effet sur le service, et à terme les missions des personnels de vie scolaire.

Nos syndicats tiennent à faire part de leur soutien aux collègues en lutte pour dénoncer les conditions de travail qui s’annoncent une fois de plus dégradées pour la rentrée prochaine.

Il y a toujours, dans cette académie, des établissements sans CPE, ou sans CPE titulaire et formé, ou encore sans poste de CPE à temps complet.

Tandis que la charge de travail ne fait qu’augmenter sous la multiplication des charges, les moyens humains diminuent.

Nous nous inquiétons de la situation du lycée Pascal à Châteauroux, où une collègue s’est trouvée acculée à un mode de protestation extrême, se mettant en danger, pour attirer l’attention de tous : les décideurs et les usagers, sur cette casse programmée du service public d’éducation.
Les services de vie scolaire doivent vivre et remplir leurs missions, conformément à celles qui sont définies par la circulaire de 82 portant sur les missions des CPE. L’accompagnement des jeunes, notamment en difficulté, et l’animation ne sont pas un supplément d’âme après les tâches administratives, d’organisation et de contrôle du service qui incombent aux CPE. C’est une de leurs missions.

C’est une nécessité éthique dans un service d’éducation public accueillant des jeunes d’origines très diverses, trop souvent socialement fragilisés. Cela nécessite des collègues formés, valorisés, en nombre suffisant.

Nous demandons à Monsieur le recteur de notre académie d’apporter son soutien aux personnels et de relayer auprès du ministre leurs vives protestations.


Sortir du stress et de la dictature de l’urgence, assurer la présence de CPE dans tous les établissements, bénéficier d’une réduction du temps de travail digne de ce nom, pour la qualité du Service public

« L’application du décret Sapin, en d’autres mots l’institutionnalisation de la flexibilité et de l’annualisation, la remise en cause des statuts et des congés, est la plus grave attaque que les personnels aient subie ces dernières années. Il ne s’agit que d’un aménagement libéral (...) largement préjudiciable aujourd’hui et gros de menace pour l’avenir. Elle aggrave et fragilise la situation des CPE dans les établissements : nous serons d’autant plus livrés aux arbitraires locaux. Malgré quelques reculs apparents, c’est bien pourtant l’essentiel du décret qui est porté par ce texte : les 1600 heures, même assorties de pondérations difficilement applicables, le refus de créer des postes (donc l’injonction par l’Etat-patron d’être plus productifs) et l’imposition, à la grande satisfaction des chefs d’établissement, d’une très symbolique semaine de permanence administrative, ainsi que de nouvelles astreintes... »

Extraits du dossier spécial ARTT de SUD-éducation, septembre 2002

L’évolution de la situation a confirmé, hélas, le bilan que nous tirions des luttes qui nous ont rassemblés en 2001-2002. SUD avait engagé toute son énergie pour aider à l’extension de la lutte et à son organisation démocratique. Le peu d’écoute de la base puis l’enlisement dans de calamiteuses négociations, véritable marché de dupes, ne permirent pas que la combativité exemplaire de notre profession débouche sur une victoire.

Aujourd’hui, nous sommes nombreuses et nombreux sur le terrain à constater, effectivement, dans l’accumulation des heures supplémentaires non récupérées, dans la guérilla au quotidien avec les chefs d’établissements, dans l’écartèlement entre notre conscience professionnelle et nos possibilités de résistance physique et nerveuse que « la réduction du temps de travail, ne s’est pas accompagnée des créations de postes nécessaires » ou que « la règle existante est souvent non respectée » comme on le lit ici ou là... merci encore mais on avait remarqué ! Nous ne pouvons nous satisfaire de cette situation, il faut se réorganiser et reprendre l’action là où nous l’avons laissée.

L’institution avec la plus grande hypocrisie, préconise la réflexion théorique, la mise en place de projet, la concertation, le travail en équipe. Elle empile les missions et...organise leur impossibilité voire leur sabotage car les contraintes de l’urgence absorbent notre énergie.

C’est l’ensemble des salariés qui est confronté à ces pathologies. Les chercheurs observent aussi que les professions en relation avec le public subissent des agressions spécifiques . Nous partageons avec les autres personnels de l’Education nationale les difficultés inhérentes à l’acte éducatif dans une époque de décomposition du lien social. Mais notre métier particulier , tel qu’il s’exerce aujourd’hui rassemble une série spécifique et significative, liées au contenu et à l’organisation du travail mais aussi à la détérioration des relations professionnelles :

- situations d’urgence constante (devoir toujours se dépêcher, manquer de temps pour effectuer un travail, comment faire vite et bien...),
- demandes à satisfaire immédiatement, problèmes à résoudre sans délais,
- masse d’informations à traiter simultanément,
- impossibilité de maîtriser son organisation de travail face à la multiplication de situations imprévues induisant une fragmentation extrême,
- manque de personnel nécessitant la prise en charge d’autres tâches que celles théoriquement définies,
- difficultés à ménager des temps de repos et de récupération durant la journée de travail.

Tension nerveuse, insomnies, obnubilation par le travail durant le temps de repos, manifestation d’anxiété, parfois fatigue chronique pouvant provoquer des effondrements dépressifs... Qui d’entre nous ne se sent pas atteint ou menacé par ces troubles ?

On assiste donc bien à une montée de la pénibilité, du sentiment d’un temps gaspillé et de la frustration professionnelle. On y ajoutera les conséquences de l’augmentation de la productivité depuis l’annualisation du temps de travail, la pression hiérarchique et l ‘absence de reconnaissance du travail accompli...


C’est bien aujourd’hui de souffrance au travail qu’il faut parler, est-ce tolérable ?

Les énormes carences de l’Education nationale en terme d’écoute des personnels, de prévention et de médecine du travail auxquelles s’ajoutent les dégradations des fins de carrière (recul de l’age du départ en retraite, suppression du congé de fin d’activité , version dissuasive de la cessation progressive d’activité), aggravent encore ces phénomènes.

Pour nos collègues femmes, dans une profession très largement féminisée, la persistance de la double journée de travail rend ces questions plus lourdes et plus urgentes encore.

Et conséquence obligée des difficultés des personnels, ce sont les élèves qui nous sont confiés et dont les besoins d’accompagnement sont pourtant grandissants qui pâtissent de cette dégradation de notre disponibilité, de notre énergie, de notre créativité.

Il est donc parfaitement évident, pour SUD-éducation, que notre métier tel qu’il ne cesse d’évoluer ne peut plus s’exercer dans les définitions horaires actuelles. Pour la sérénité des personnels, pour permettre un accès beaucoup plus large à la profession et contribuer à l’emploi des jeunes, pour la qualité du service public et pour des réponses positives aux défis qu’il doit relever, il faut relancer le débat chez les CPE et avancer vers une réduction du temps de travail véritable, telle que nos fructueux échanges de 2001-2002 en avaient fait ressortir l’exigence.

SUD-éducation revendique :

- la création de postes conforme aux besoins (1 poste pour 200 élèves, pas d’établissement sans CPE) assorti d’un renforcement de la présence de professionnels qualifiés : infirmières, assistantes sociales, CO-psychologues, surveillants-étudiants...
- l’abrogation du décret Sapin
- la suppression de la définition annualisée du temps de travail et de la semaine administrative
- le rétablissement du CFA, le retour à une CPA attractive, des mesures d’amélioration des fins de carrière (allègement de service devant élèves, part du service consacré à des fonctions de recherche, conseil et formation)


Pas de « Seconde carrière » pour les CPE , rien sur la pénibilité et...

« Reconversion professionnelle » en trompe l’œil !

Rappelons que ce dispositif avait été lancé dans l’académie de Toulouse en direction des 3 890 enseignants appartenant à des disciplines jugées "excédentaires" sur l’académie, selon les critères de l’administration, on y retrouvait donc les CPE. L’objectif avoué de l’administration, qui tablait sur l’usure et le découragement professionnels, était de se débarrasser d’un maximum de postes sur la base du « volontariat ».

On aurait pu penser que le Rectorat allait financer des reconversions professionnelles afin de faciliter des départs vers le privé. Mais il n’en est rien, il a du faire avec les crédits attribués pour l’opération : en l’occurrence... aucun ! Les opérations ont été financées en mobilisant des reliquats d’autres postes budgétaires !

C’est donc une stratégie de reconversion en interne qui a été systématiquement adoptée, et bien entendu en direction des fonctions déficitaires ou sur lesquelles des embauches étaient prévues : personnels de direction, chefs des travaux, CFC des GRETA, , professeurs de langue dans les écoles, changement de disciplines, documentalistes... Les CPE intéressés par cette fonction se sont d’ailleurs vus opposer une fin de non recevoir sous prétexte que « leur concours n’est pas un CAPES » !

Très peu de véritables procédures de reconversion, qui auraient nécessité le financement de nombreux congés de formation, ont été mises en place. Au bout du compte, sur 192 demandes de formation formulée dans ce cadre, seules 10 ont obtenu un accord.

Le rectorat se justifie en indiquant que "la majeure partie des demandes ont été refusées parce qu’elles ne présentaient pas de perspectives de mobilité professionnelle" et qu’ il fallait un projet "mûri". Pour les personnes intéressées, si elles désirent aller plus loin la formation se réalisera dans le cadre de "l’alternance" soit une formation sur le terrain qui s’ajoutera au service effectif !

La mise en place de ce dispositif se fait donc dans le cadre de la remise en cause du droit à la formation professionnelle, autrefois assurée sur le temps de travail et financée par l’employeur sur la base de procédures collectives !

Au final, la DRH ne peut se targuer que d’une mobilité concernant effectivement 40 personnes sur 3890 enseignants concernés. Soit un taux de réussite très faible. C’est néanmoins, une cinquantaine de postes économisés...il n’y a pas de petit profit !

Mais cette offensive est aussi idéologique car peu à peu l’administration arrive à faire intégrer par un nombre grandissant de collègues que leur fonction est vouée à disparaître.

Il n’y a rien de honteux à vouloir changer de métier en cours de vie. Mais encore faut il le faire en ayant la garantie d’accès à une formation de qualité et en la réalisant dans le cadre d’un droit collective et égalitaire.