Directeur-bloqueur

samedi 28 avril 2007
mis à jour dimanche 2 septembre 2007

Les sanctions tombent sur les directeurs d’école qui n’ont pas renvoyé, à la demande expresse de l’IA, relayée par l’IEN de façon plus ou moins intensive, l’enquête 19 : à savoir, une retenue d’une journée de salaire. Bien plus que la sanction (n’est-ce pas après tout une reconnaissance de la grève ?!), c’est le nombre de directeurs-bloqueurs qui me surprend : 9 sur le département. Les discussions, lors des réunions, avec les directeurs laissent pourtant penser que le mécontentement est grand et que les revendications sont importantes.

Cette contradiction reflète assez bien l’ambiguïté du débat actuel autour de la direction : comment peut-on mener la contestation en demandant plus de moyens, plus de temps, sans accepter un nouveau statut pour les directeurs ?
Ne soyons pas dupes : créer d’une façon ou d’une autre un nouvel échelon hiérarchique n’est pas pour déplaire à tout le monde. Après tout, il est pratique, d’une part pour la contestation et d’autre part pour le Ministère, de créer un rouage dans la grande machine de la gestion de l’école. Rouage d’encadrement, de contremaître...

Les syndicats entendent d’une part les revendications d’une partie des directeurs qui ont, d’ores et déjà, intégré la fonction de « chef de service » (il existe même une association de directeurs revendiquant un nouveau statut) et de l’autre, de la majorité des enseignants qui ne souhaitent, en rien, voir le pouvoir des directeurs renforcés (c’est-à-dire travailler au quotidien avec un contremaître) mais qui parfois, ultime contradiction, ne désirent pas non plus, à tort, s’investir dans la gestion de l’école. Lorsque l’on revendique plus de temps, la question essentielle est de savoir pour qui sera ce temps et à quoi il servira : pour un directeur enfermé dans son bureau et rendant, chaque matin, en temps réel, grâce aux TICE, des statistiques sur l’absentéisme, ou pour toute l’équipe enseignante pour cogérer l’école ?

Sud a pris position nettement et catégoriquement pour une gestion démocratique de l’école en demandant une reconnaissance accrue des conseils existants : Conseil des maîtres, Conseil d’école. Je tiens toutefois à rappeler qu’il est possible aujourd’hui encore, grâce à la fonction curieuse et mal définie de directeur d’école, d’avoir un fonctionnement quasi démocratique dans les écoles : pour cela, il suffit de soumettre toutes les décisions au conseil des maîtres, de ne faire aucune rétention d’information ... Il s’agit là d’un minimum pour un adjoint à la direction soucieux de démocratie et de citoyenneté.

Il existe même des équipes qui acceptent une répartition des tâches plus formelle (relation avec la mairie, les parents, organisation matérielle...) et tournante (pour éviter la spécialisation des tâches) avec une répartition de la prime de directeur. Dans ce cas, il reste un problème : celui de la reconnaissance institutionnelle d’un tel fonctionnement qui implique, par exemple, de substituer toute signature du directeur à celle du Conseil des maîtres. Bien plus que les difficultés administratives, il existe des réticences pour la mise en place d’un tel fonctionnement qui ont à voir avec nos habitudes « de servitude volontaire ».

Il ne faut pas concevoir la lutte comme une simple résistance mais comme un champ de possibles, et renvoyer dos-à-dos « les lendemains qui chantent » et « la rengaine des réformistes », ici et maintenant.

Un directeur puni,
pour Sud éducation Puy-de-Dôme

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