Direction d’école, intégration des handicapés...

Plus de précarité, moins de formation, elle est belle l’école de la réussite !
dimanche 4 juin 2006

Depuis des années, les directeurs d’école sont en grève administrative pour protester contre l’accumulation de tâches qui pèsent sur leurs épaules. Les directeurs d’école de moins de 5 classes ne bénéficient d’aucune décharge pour exercer leurs fonctions. Le ministère a proposé un protocole qui n’a été signé que par le SE-UNSA et refusé par tous les autres syndicats du 1er degré mais qui est mis en application dès maintenant. D’autre part, avec la loi sur l’intégration des handicapés, des besoins spécifiques émergent dans les écoles.

La solution miracle du gouvernement pour répondre à ces deux problèmes pourtant très distincts est l’embauche d’un emploi Contrat d’avenir, de droit privé, payé au SMIC pour 10 mois sans formation et sans perspective de réembauche, par école. Le directeur doit, à l’aide de quelques adjoints organiser les entretiens des personnes sélectionnées par l’ANPE pour choisir celle qui conviendrait. Il s’agirait de personnes bénéficiant des minima sociaux.

Une autre réponse pour soulager les directeurs est l’utilisation des PE2, professeurs des écoles en formation initiale, comme décharge des directeurs d’écoles de 4 classes.

Après la bataille contre le projet d’ « égalité des chances » qui s’est soldée par le retrait du CPE, balancer 50 000 emplois plus que précaires dans l’Education Nationale relève de la provocation et du mépris pur et simple. Par milliers, les jeunes de ce pays ont crié NON pendant plusieurs semaines à une vie de misère, de galère.

Et nous, nous devrions accepter d’embaucher pour 10 mois une personne chargée de faire tout et n’importe quoi dans notre école pendant 26h en moyenne par semaine - vacances scolaires retirées, cela ferait plus évidemment ! Aucune formation prévue pendant ces 10 mois, aucune garantie de voir son contrat renouvelé l’année suivante après avoir galéré tout l’été sans emploi et sans salaire.

Et qui sommes-nous pour décider de qui aura droit à cette aumône ? Dans l’avenir, le directeur, avec certains de ses adjoints, devra-t-il aussi choisir les Atsem dignes de travailler dans son école ? Et quand nous serons en EPLE et que nous serons décentralisés, devrons-nous aussi aller nous vendre, école par école, jusqu’à ce qu’on en trouve une qui veuille bien nous prendre ?

Ce sont de vrais emplois statutaires dont nous avons besoin avec du personnel recruté sur concours comme cela s’est toujours fait dans la fonction publique et pas sur sa bonne mine, mise !

Avec les Contrats d’Avenir, le gouvernement mélange deux types de missions totalement différentes et qui ne peuvent en aucun cas être remplies par la même personne.

D’un côté, les directeurs d’école ont une charge de travail trop lourde.

Une partie des tâches administratives pourrait être assumée par du personnel administratif. Une secrétaire pourrait intervenir sur plusieurs écoles géographiquement proches. C’est un emploi qui nécessite de bonnes connaissances en informatique et en gestion et qui renvoie à des besoins permanents dans les écoles.

Si les équipes dans leur ensemble avaient plus de temps pour fonctionner, ce qui induit la notion de plus de maîtres que de classes, le conseil des maîtres pourrait jouer pleinement son rôle pédagogique et certaines responsabilités du directeur pourraient être partagées : présence lors des commissions scolaires, présence dans des projets locaux d’aménagement du temps de l’enfant, par exemple. Le problème, c’est que la tendance du gouvernement, est plus de transformer les directeurs en managers au sein d’une EPLE que de viser à construire des équipes pédagogiques.

Enfin décharger les directeurs de petites écoles avec des PE2 en stage filé pose un gros problème. Certes, les directeurs concernés ont besoin de respirer un peu ; d’aucuns pensent même que les PE2 seront aussi bien là qu’à l’IUFM et que ce sera très formateur pour eux. Sans se prononcer là-dessus, il faut quand même voir que c’est la formation continue qui prend encore une grosse claque ! Cette année, à nouveau, 7 collègues ont vu leur stage annulé faute de remplaçants et même s’ils seront prioritaires sur les stages de l’an prochain, ça fait au total, de moins en moins de départs en stage.

La brigade Formation Continue, supprimée il y a 3 ans, a été soi-disant redéployée sur les circonscriptions. Mais le manque de remplaçants est tel que la formation continue passe en dernier et n’est pratiquement plus assurée que par les PE2. Alors, concrètement, cette mesure qui veut « habiller » la direction d’école, « déshabille » la formation continue selon un vieux procédé bien connu !

D’un autre côté, le gouvernement affiche sa volonté d’intégration des enfants handicapés.

Il est clair que cela est porteur d’espoir pour de nombreuses familles. Cependant, en fonction du handicap, les besoins d’aide dans les écoles seront très différents. Même s’il s’agit d’une « simple » aide à accomplir des gestes de la vie quotidienne, cela nécessite un minimum de formation, une relation qui touche à l’intimité et à la dignité de l’enfant. Et cet enfant est en droit d’espérer avoir la même personne pour s’occuper de lui tout au long de sa scolarité primaire, au moins. Or, rien ne garantit que ce sera la même personne qui s’occupera de lui, l’année suivante. D’ailleurs pour le moment, rien ne garantit qu’il pourra bénéficier d’aide l’année suivante !

Si l’intégration nécessite la prise en compte d’éléments « psy », il est clair que le personnel intervenant non seulement se doit d’être formé mais aura inévitablement un rôle formateur auprès de l’équipe éducative. Le profil de recrutement des Contrats d’Avenir répondra-t-il à ces exigences ? Ou bien sera-ce à l’enseignant de s’auto former et de former ensuite la personne qui viendra l’aider ? Non, vraiment, les Contrats d’Avenir ne sont pas du tout la bonne réponse à l’objectif d’intégration réussie d’enfants handicapés, objectif que nous partageons.

Enfin, si dans une école on embauche un Contrat d’Avenir dont le rôle soit à la fois une aide à la direction et au fonctionnement de l’école et une aide à l’intégration d’un enfant handicapé, le profil exigé nécessitera une polyvalence de compétences impressionnante ! Et ne parlons pas de l’emploi du temps de la personne !

Les besoins sont réels dans les écoles et les aide-éducateurs, déjà précaires et jetés depuis, ont fait émerger de vraies missions nouvelles. La seule réponse adaptée pour une vraie école de la réussite, c’est du personnel titulaire, permanent, formé qui puisse faire partie intégrante de l’équipe éducative ; pas des sous-emplois, sous payés, corvéables et jetables à l’envi.

Il est temps de dire « STOP ! » et après le retrait du CPE, d’enfoncer le clou du refus de la précarité. Notre refus des Contrats d’Avenir, c’est l’aboutissement inéluctable de notre engagement dans la rue ces derniers mois au côté des jeunes. Accepter ces emplois précaires, c’est trahir tous ces jeunes, nos enfants ; c’est leur assurer un avenir de galères.

SUD EDUCATION CALVADOS

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