Divergences en Aquitaine autour des sans papiers

jeudi 25 mars 2010

En Novembre 2007 un militant sans-papier du Collectif pour les droits des sans-papiers (CDSP) de Montreuil a été arrêté à Bordeaux et placé en centre de rétention. Une lutte s’est engagée sur la ville, menée conjointement par des militantEs de Montreuil et de Bordeaux. À l’époque, le RESF local, qui défendait (et défend encore) une régularisation au cas par cas avec des critères plus ou moins avoués « d’excellence » ou de « mérite » scolaire, a refusé de rentrer dans cette lutte. Ainsi, cette expérience de lutte concrète et de revendications politiques et idéologiques claires : liberté de circulation et d’installation de toutes et tous, et l’opposition au manque de clarté idéologique et à une gestion stratégique à la petite semaine du RESF local ont fini de convaincre des militantEs non organiséEs, notre syndicat, la CNT et le groupe anarchiste bordelais (GAB) de fonder le CRSP (Collectif pour la Régularisation de Tous les Sans-papiers) sur d’autres bases comme l’indique ci-dessous son manifeste de constitution.

CRSP : Manifeste de constitution

Nous voulons déconstruire les schémas et les préjugés sur les migrants et sur les migrations. Nous dénonçons et combattons la politique en matière d’immigration de l’État français et des autres États occidentaux qui :
- verrouille l’accès pour les migrants au territoire européen ;
- contrôle et précarise les personnes sans-papiers présentes sur le territoire en les contraignant à la
clandestinité, laquelle favorise l’exploitation de cette main d’œuvre par les patrons ;
- facilite et accélère les procédures d’expulsions.

Nous refusons la logique du « cas par cas » et de « l’immigration choisie » qui reviennent à cautionner le tri des étrangers et la théorie qui veut qu’il y aurait un « bon » et un « mauvais » immigré.

Le droit à l’installation et la circulation de toutes et tous est indissociable d’une remise en cause radicale de la politique étrangère des "pays du Nord" visant à maintenir des régimes dictatoriaux, à armer les conflits, à précariser les populations.

Ce comportement néo-colonialiste et paternaliste est responsable de l’exil forcé de nombreuses personnes et permet la mise en concurrence des travailleurs (avec ou sans emploi) du monde entier.

Nous revendiquons et mettrons en œuvre tous les moyens à notre disposition pour :
- la fin de la Françafrique et de l’ensemble de la politique étrangère occidentale visant à maintenir
les dictatures et les inégalités ;
- l’abrogation des normes régissant l’entrée et le séjour des immigrés en France et en Europe ;
- la fin de la répression à l’encontre des sans-papiers et de leurs soutiens.
- la fermeture des centres de rétention ;
- la régularisation de tous les sans-papiers ;
- la liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous.

Le collectif fonctionne sur le principe des assemblées générales souveraines. De décembre à janvier derniers le CRSP a mené une campagne pour la fermeture inconditionnelle des Centres de Rétention Administratifs. Cette campagne s’est appuyée sur l’anniversaire de l’incendie du CRA de Bordeaux le 19 janvier 2009. Depuis, plusieurs personnes accusées de l’avoir incendié sont maintenues en détention préventive et un projet de reconstruction est en cours.

Cette campagne a été lancée dans le but de fédérer toutes les organisations susceptibles « théoriquement » d’être pour la fermeture des centres de rétention. Lors de la réunion publique de lancement, aucune organisation, autre que celles investies dans le CRSP, n’a répondu pas même par un mail. De là à penser que le RESF et la Cimade étaient trop occupés par leur campagne de parrainage, l’accompagnement au cas par cas de « leurs » dossiers à la préfecture !

Le 18 décembre une manifestation nocturne a ouvert la campagne. Environ 250 personnes étaient réunies. Trois personnes ont été arrêtées et mises en garde à vue ce soir là : la manifestation est restée devant le commissariat central jusqu’à minuit et le lendemain jusqu’à midi pour soutenir les camarades arrêtés. Pendant un mois se sont succédé les AG le mardi soir à l’athénée libertaire et les rassemblements le samedi après-midi. Le premier samedi, nous avons en toute logique rejoint un appel du collectif des travailleurs sans-papiers sur la base de notre revendication de « régularisation de tous les sans-papiers ». Il y avait peu de monde et notre cortège dynamique s’est désolidarisé du leur dès lors qu’il se dirigeait vers la préfecture pour demander des négociations sur la fameuse circulaire Besson ! La campagne s’est clôturée par une autre manifestation nocturne le mardi 19 janvier, jour anniversaire de l’incendie du CRA, avec autant, voire plus, de participants qu’à la première et aucune arrestation grâce à une préparation beaucoup plus rigoureuse des conditions du défilé… Le bilan de cette campagne est très positif : du monde aux manifestations, de nombreux collages des slogans très clairs : « régularisations pour tous les sans papiers », « Schengen on s’en fout, on veut plus d’papiers du tout », « on pille leur pays, on les refuse ici », « ministère de l’immigration, ministère des expulsions »...

Sud éducation Aquitaine

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