École de production : la région Normandie finance des écoles du patronat !

dimanche 6 mai 2018

Vote du Conseil régional : le 19 février 2018, la région Normandie a voté l’octroi d’un million et demi d’euros PAR AN jusqu’en 2021 à cinq « écoles de production » (une par département normand).

Forte de la loi de 2014, elle se targue ainsi d’« endiguer le phénomène de décrochage scolaire ». Fake news ! On lutte CONTRE le décrochage scolaire AVANT qu’il ne se produise, pas après… APRÈS, on se contente d’enrayer les conséquences du décrochage et d’essayer de « raccrocher » les décrocheurs-euses, c’est différent. La tâche d’empêcher le décrochage revient à l’Éducation nationale, mais elle ne peut pas remplir son rôle après plus de 20 ans de mesures austéritaires qui réduisent les moyens et dégradent les conditions d’étude, laissant certain-es parmi les plus démuni-es sans qualification et sans avenir.
Et quelle « solution » le Conseil régional de Normandie a-t-il dénichée ? La création « a minima » (sic) de quatre écoles de production, en plus de celle qui existe déjà dans la banlieue rouennaise ; les deux premières, à Caen (14) et Évreux (27). Pour cela, 1,5 million d’euros d’argent public par an (!) jusqu’en 2021, sans que le nombre de jeunes concerné-es ne soit réellement connu (100, 200 ? pour les 5 départements).

Le Conseil économique social environnemental régional (CESER)

Composé de trois collèges (patronal, syndical, associatif), le CESER normand a voté majoritairement POUR ce dispositif. Seul le collège syndical s’est prononcé CONTRE, mais quasiment tous les syndicats, dont l’Union syndicale Solidaires Normandie, ont fait des déclarations d’opposition catégorique. Le collège patronal a, sans surprise, voté POUR à l’unanimité…
De plus, cet énorme scandale en cache un plus petit : le président de la commission du CESER qui a étudié ce projet est le vice-président de l’école de production rouennaise. Il s’est soudain vivement intéressé au vol des diptères lorsque plusieurs conseiller-es syndicalistes lui ont fait remarquer ce conflit d’intérêt.

Que sont ces « écoles » auto-proclamées ?

La première école de production a été créée en 1882 par un patron qui voulait former ses propres apprenti-es. Aujourd’hui, on en compte quarante-cinq sur le territoire national, mais la société Total s’y intéresse et voudrait favoriser leur création pour parvenir au nombre de cent. C’est dire si nous avons bien raison de nous inquiéter !
Sur le site de la région Normandie on peut lire : « Les Écoles de Production sont des établissements d’enseignement destinés prioritairement aux jeunes de 15 à 18 ans qui sont en situation de décrochage scolaire. Elles ont pour but de les préparer à des diplômes de l’Éducation nationale (CAP, Bac Pro) ou à des titres professionnels ». Mais ce sont surtout des écoles privées hors contrat, donc hors contrôle pour tout. Si elles sont effectivement « à but non lucratif », elles n’apportent aucune garantie en matière de contenu de l’enseignement, de qualifications, de conditions de travail, de rémunérations des personnels, ni de mode de gestion.
« Si, contrairement aux apprentis, les élèves ne perçoivent pas de rémunération, leur scolarité est cependant entièrement gratuite. »
Le patronat a trouvé mieux que l’apprenti-e : le/la travailleur-euse gratuit-e !
« Dans l’idée d’aider les jeunes à se remobiliser dans leur parcours éducatif et à y trouver du sens, les élèves des Écoles de Production apprennent dans un cadre de production réelle et travaillent sur de vraies commandes pour de vrais clients ». Se former, réfléchir, explorer, s’émanciper ? Que nenni, l’important pour le patronat, c’est la rentabilité le plus tôt possible. Quel bon filon !
Pour Sud éducation, nul besoin de ces écoles associatives en lien avec le Medef : les lieux d’apprentissage pratique existent, ce sont les lycées professionnels qui pourraient se développer si l’argent qui devrait leur revenir n’était pas purement et simplement détourné.
Et comble de l’hypocrisie, la région Normandie vient d’abaisser de vingt mille euros les crédits annuels alloués à l’union nationale du sport scolaire (UNSS) Seine-Maritime et Eure, avec pour excuse « la baisse des dotations de l’État », pour finalement reconnaître que l’argent ira au sport de haut niveau. Déjà de nombreuses activités et sorties UNSS ont dû être annulées. Pour les enfants de REP et de milieu rural, le sport scolaire est un espace d’épanouissement mais, pour la majorité de la droite et du centre de la Région, c’est seulement un coût.

L’argent public doit aller exclusivement à l’école publique. Nous finirons par l’imposer !

Sud éducation Seine-Maritime et Eure

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