Ecole et mondialisation capitaliste - bulletin n° 7

Bulletin à périodicité aléatoire proposé par la Commission Ecole & Mondialisation Capitaliste N° 7- Avril 2003
 avril 2003
mis à jour samedi 12 novembre 2005

Esquisse d’un argumentaire sur les enjeux de la décentralisation.

Même s’il avance actuellement à pas mesurés en alternant les annonces provocatrices et les démentis ambigus, on ne doit pourtant pas oublier que, pour le gouvernement, la
décentralisation représente un point d’appui essentiel dans la mise en place du modèle d’école néolibérale qu’il veut imposer. Aussi, dès maintenant, nous devons en débattre, non
pour assurer la défense stérile d’un système centralisé, hiérarchisé et autoritaire que nous n’avons ni le goût, ni la vocation de protéger, mais parce que nous devons être attentifs aux potentialités qu’une telle réforme peut receler. On sait que l’éducation représente un
marché considérable et que derrière ces innovations se dissimulent de puissants intérêts.

Nous devons donc avoir pleinement conscience des dangers qui se profilent. Certes, il ne s’agit pas ici de s’alarmer sans raison, tout dépendra de l’issue du rapport de force, mais il
est de notre devoir de mettre en évidence les enjeux cachés derrière la façade des discours et des mots. Pour cela il ne sera pas inutile de nous inspirer des exemples des pays qui,
déjà, ont eu l’insigne malchance d’expérimenter ce type de mesures.

De ces expériences on peut déduire quatre grandes questions.

1. Qui finance le système ?

On connaît le paradigme néolibéral : le service public (et en particulier le service public d’éducation) coûte trop cher. Son financement est assuré par des prélèvements fiscaux qui
« pénalisent » les hauts revenus, c’est à dire l’épargne, et les profits, donc l’investissement, il devient donc un frein au dynamisme de l’économie. Ce n’est pas le moment de discuter ici cette assertion. En revanche, nous devons en mesurer les implications. Si l’école néolibérale doit coûter le moins cher possible, la confier aux collectivités locales c’est risquer de voir ses moyens se réduire davantage. Plus encore que les gouvernements, les autorités locales sont soumises à la pression des classes moyennes ou privilégiées qui sont les principaux vecteurs de l’idéologie libérale et à ce titre toujours rétives à acquitter un impôt sur le revenu. Elles sont aussi sensibles au chantage à l’emploi des entreprises qui essaient toujours d’obtenir des dérogations ou des exonérations fiscales, comme en témoigne la
multiplicité des zones franches aujourd’hui. Pour des élus attachés surtout à la préservation de leur statut de notables, grande est alors la tentation d’alléger la pression fiscale au risque de priver l’enseignement des sommes dont il a besoin. Même si l’on admet que certaines autorités souhaitent mener une politique volontariste en matière d’impôts et exigent de chacun une participation à la mesure de ses moyens, il n’en reste pas moins que la capacité contributive d’une population dépend de son niveau de vie et que les recettes seront à la hauteur des revenus des résidents. Compte tenu d’une ségrégation urbaine et
sociale croissante qui multiplie ghettos paupérisés et ghettos dorés, les inégalités de moyens octroyés aux établissements scolaires se traduiront par la disparité des conditions d’études offertes aux élèves. A quartier riche, école riche, à quartier pauvre... A moins que la généralisation de la pénurie n’entraîne le départ massif des enfants de la bourgeoisie vers des établissements privés, sélectifs à l’entrée et dotés de moyens qui garantissent une
scolarité plus facile. Le financement étant assuré par les contributions volontaires de parents libérés de l’obligation de solidarité grâce aux réductions fiscales. Dès lors, en toute légalité, pourrait se développer une discrimination sociale de fait et non pas de droit et par là même inattaquable. Ce qui huilerait encore davantage les mécanismes de la reproduction sociale. A moins que, en prétendant garantir l’équité, on institue un système de chèques scolaires qui autorise les parents à envoyer leurs enfants dans l’école de leur choix et les autorités à financer les établissements privés (souvent religieux).

Ceci n’est pas une utopie fantasmée par quelque idéologue néolibéral à l’esprit enflammé, mais la réalité vécue aujourd’hui dans de nombreux pays. Ainsi, aux Etats-Unis, le budget fédéral assure moins de 10% des dépenses d’éducation, le reste étant pris en charge par les autorités locales. La situation est la même non seulement dans plusieurs pays anglosaxons mais aussi en Europe de l’est où l’OCDE (un comble) peut s’inquiéter de l’état financier des écoles hongroises jadis réputées les meilleures de la région et aujourd’hui relevant de la compétence des municipalités. Dans un système ainsi paupérisé, on n’ose imaginer quelles solutions seront alors mobilisées pour pallier les carences administratives.

Ce sera d’abord l’externalisation vers le secteur marchand de tous les services considérés comme annexes. On le voit déjà en France dans la restauration scolaire où les conditions
de travail et d’emploi (la précarité) sont conformes aux normes managériales modernes.

Certains Etats australiens faisant même d’une pierre deux coups, en achetant ce que l’on n’ose appeler des repas à des entreprises de restauration rapide pour les revendre 50%
plus cher aux parents et ainsi se procurer les ressources que leur refusent les autorités de tutelle. C’est aussi le recours au mécénat, officiellement encouragé par la Banque
Mondiale, déjà appliqué dans de nombreux pays (Grande Bretagne ou Amérique latine) et que, peu à peu, on introduit en France.

2. Quelle est la nature des diplômes délivrés ?

Parler de décentralisation c’est se réclamer d’un certain type de logique économique et sociale, celui de l’adaptation du système scolaire au tissu économique local. Dans un mode
de régulation capitaliste fondé sur le juste à temps et l’adaptation immédiate aux variations du marché (en un mot la flexibilité), les entreprises doivent pouvoir compter sur une main d’oeuvre immédiatement disponible, qui, le moment venu, pourra être licenciée aussi rapidement qu’elle a été embauchée. Dans un tel contexte, le concept de qualification n’a plus guère de sens. Ce que les entreprises exigent, c’est un volant de travailleurs employables lorsque le besoin s’en fait sentir et vite jetables quand ce n’est plus le cas.

Bien entendu ce n’est pas d’employabilité générale qu’il s’agit mais seulement de celle qui peut être reconnue localement par un patronat raisonnant à court terme. C’est là un des aspects (et non des moindres) de la question de la formation tout au long de la vie. Au niveau local « l’offre » de formation (initiale et continue) doit pouvoir coller au plus près de la « demande », celle des employeurs, bien entendu. On comprend mieux pourquoi certains cherchent tant à mettre les CO-Psy sous la tutelle des collectivités locales. Ils veulent en faire les « interfaces » entre l’école et l’entreprise. Les diplômes changent alors de nature, ils ne sont plus la reconnaissance d’une qualification, mais celle d’une compétence dont l’évaluation n’est plus le monopole du système éducatif. Dans le meilleur des cas, elle est partagée avec le patronat local, au pire elle lui est totalement confiée. Car n’est-il pas meilleur juge des « savoir, savoir-faire, savoir-être » que l’employeur lui-même ? Le MEDEF ne s’y trompe pas. Il insiste pour exiger un droit de regard sur une formation initiale qui ne serait plus que la première étape de la « formation tout au long de la vie ». On retrouve ici la logique qui sous-tend la réforme du lycée des métiers.

Outre que la politique éducative est soumise aux variations de la conjoncture économique, le type de réforme n’est pas neutre sur la nature de l’enseignement dispensé. Le système
allemand offre un exemple frappant des inégalités dans l’accès au savoir que peut entraîner cette organisation décentralisée. Ainsi, le temps consacré à un enseignement fondamental comme celui de l’allemand peut être amputé de 25% d’un Land à l’autre, avec les conséquences que l’on devine sur les résultats scolaires des élèves. Mieux encore, l’âge
légal de la scolarité peut varier d’une région à l’autre. De quoi donner des idées à un patronat qui cherche déjà à disposer, via l’apprentissage, d’une main d’oeuvre jeune et non encore protégée par les dispositions réglementaires en matière de salaire.

3. Quel est le mode de gestion du système ?

Le complément obligé de la décentralisation c’est l’autonomie de gestion des établissements. Bien entendu, autonomie de gestion ne signifie nullement autogestion, pour cela il faudrait s’inscrire dans une autre logique que celle du marché. L’objectif du projet est d’optimiser les moyens dans le cadre d’une gestion décentralisée du budget local.

Pour y parvenir, il faut que le chef d’établissement gère son unité comme il le ferait d’une entreprise, c’est à dire selon les principes mêmes qu’on enseigne dans les écoles de
management. Le recteur Bancel, dans un rapport demeuré célèbre, ne disait-il pas que l’un des objectifs des réformes éducatives devrait être d’assurer un « retour sur
investissement » (sic) ? Bel exemple de pollution par l’idéologie entrepreneuriale. La méthode est déjà expérimentée en Grande-Bretagne où le directeur doit compléter ses compétences pédagogiques par des qualités de financier. Conformément à ce que réclame officiellement la banque Mondiale, chaque école devient alors une sorte de mini-entreprise chargée de « vendre » un « service » éducatif à des « clients ». La Nouvelle-Zélande l’a fort bien compris, qui recrute des directeurs parmi les cadres de l’industrie pour en faire des hommes d’affaires chargés de proposer au meilleur prix un produit marchand analogue à n’importe quel autre bien de consommation. A ce stade, non seulement les écoles se font concurrence sur le marché, mais les perspectives de profit que recèle le système incitent
des grandes firmes à venir prélever leur part du pactole. C’est le cas aux Etats-Unis où la première chaîne de distribution, Walmart, s’est lancée elle-même dans la vente de services scolaires. On retrouve la même démarche avec le développement de l’enseignement en ligne. Dans une compétition économique où l’image de marque compte autant que la qualité du produit, il ne peut s’agir d’écorner celle-ci en recrutant des élèves jugés non conformes aux normes sociales et culturelles reconnues comme légitimes. Dans certaines écoles au moins, la sélection, à l’entrée et pendant le cursus, devrait devenir la règle. Pour ceux qui seront alors déclarés « indésirables », il restera l’éloignement vers des institutions scolaires (ou pas) destinées à accueillir les exclus du système. A moins que l’on préfère leur réserver un traitement « sarkozien » pour soigner leur mal de vivre.

4. Quel est le statut des personnels ?

Dans ce modèle concurrentiel, adaptation et flexibilité s’imposent aussi aux personnels selon les normes en vigueur dans l’industrie et le commerce. Chargée non plus d’une
mission de service public mais de la production et de la vente d’un service marchand, l’école n’a nul besoin de fonctionnaires mais seulement de « ressources humaines » dont la gestion relève de la logique managériale. A l’ATOSS ou au professeur à statut protégé, on peut substituer un travailleur embauché sous contrat et selon des critères principalement financiers. Le recrutement peut être opéré au plus près des besoins de l’unité de production. C’est précisément le cas en Grande Bretagne où les directions d’établissements sont chargées de l’embauche. Bien entendu, compétitivité oblige, la priorité est alors donnée à la réduction des coûts. Dans le secteur des services, ils sont principalement salariaux. Il y a là une puissante incitation à l’emploi de salariés précaires (sur CDD), payés le moins possible et ne bénéficiant pas de garanties statutaires. De même, selon les normes managériales contemporaines, un salarié doit être polyvalent (pas seulement en enseignant plusieurs disciplines) et flexible, c’est à dire qu’il doit être capable de devenir « tour à tour enseignant, assistant(e)social(e), orientateur, travailleur social, intermédiaire vis-à-vis des familles ou du quartier » (dixit Darcos) et passer 32,5 heures dans son établissement (voir la Grande Bretagne). A moins que, comme c’est déjà la règle chez les ATOSS, le temps de travail soit annualisé pour tous afin de mettre à la disposition du système des personnels prêts à assurer l’ensemble des tâches à tout moment, y compris
d’ailleurs pendant les périodes de congés scolaires (voir la Suisse...et la charte école ouverte, B.O.E.N n° 5, 30.0103). Et, puisqu’il s’agit d’un marché concurrentiel, l’image du
fournisseur étant devenu un enjeu, l’employé sera chargé de participer (passivement et activement) à la construction de celle-ci. On imagine aisément l’ensemble des comportements qu’induirait ce type de préoccupation : soumission du salarié aux objectifs du moment (qu’en serait-il de l’autonomie pédagogique ?), absence de résistance aux pressions de la hiérarchie, réalisation d’un produit qui soit attractif (le client est roi). Enfin, dans un système dominé par l’obsession de la rentabilité et de la baisse des coûts, il faudra réorganiser le travail en introduisant par exemple la taylorisation des tâches pédagogiques (on y est parvenu en Nouvelle Zélande), avec à la clé une dégradation des conditions de travail pour tous. Dès lors, nous sortons du système d’enseignement public, laïque et gratuit pour entrer dans celui de l’école néolibérale.

A ceux qui nous reprocheraient de dresser un tableau apocalyptique d’un futur dont on ne peut aujourd’hui voir que les contours encore flous, nous répondrons que nous disposons
déjà du bilan des expériences étrangères. Nous pouvons dire aussi qu’il ne s’agit pas d’une menace virtuelle, mais d’un programme annoncé (par l’OCDE, la Banque Mondiale, la
Commission Européenne et beaucoup d’autres), que ce programme répond à une logique totalisante/totalitaire, celle que le néolibéralisme veut imposer à l’ensemble de la vie sociale.
Sans doute, aucun gouvernement ne sera assez présomptueux pour afficher ouvertement les ambitions d’un projet qui représenterait une rupture radicale et immédiate avec l’ordre
des choses actuel. Mais, derrière les premières annonces, une dynamique se dessine, celle qui conduit à l’école néolibérale. C’est elle que nous devons dénoncer.


American dream ou le meilleur des mondes

Les projets de décentralisation du gouvernement risquent à terme de mettre les établissements scolaires dans des situations délicates. Les collectivités locales devant
jongler avec leur fiscalité, les moyens attribués à “ l’école ” risquent d’être revus à la baisse.

Et que se passe-t-il lorsque l’on ne donne pas aux établissements scolaires publics les moyens de fonctionner ? Ils les recherchent ailleurs. Quelques exemples venus des États-Unis nous éclairent sur les conséquences de cette recherche de moyens. Là-bas, la “ générosité ” des entreprises s’est très fortement accrue au cours de ces dernières années.

Elle prend quatre formes :

le parrainage (de programmes, d’activité ou de supports pédagogiques), Ainsi, Nike et Calvin Klein proposent de la publicité sur les manuels scolaires distribués aux élèves. Pizza Hutt offre une pizza aux élèves qui auront lu un certain nombre de livres grâce au programme “ Pizza Hutt Book it ”... Le programme “ Box Tops for education ” offre 10
cents aux établissements scolaires par preuve d ’achat de céréales récoltée dans l’établissement...

Des supports pédagogiques sont offerts par de grandes firmes : “ On a vu des enseignants montrer à leurs élèves une vidéo publicitaire de Shell qui leur explique que la meilleure façon de connaître les beautés de la nature est de la sillonner en 4 x 4 après avoir rempli votre réservoir à la station Shell la plus proche. [...] Un manuel de mathématiques de CE2 propose aux enfants, entre autres exercices de calcul, de compter les Tootsie Rolls, une
espèce de Carambar. Un cours parrainé par la marque de chocolat Hershey’s et intitulé " The Chocolate Dream Machine " propose des leçons de maths, de sciences naturelles, de géographie et... de nutrition. Dans un certain nombre de lycées, le cours d’économie est gracieusement offert par General Motors. Les textes du manuel et la ligne générale du cours sont établis par le fabricant d’automobiles, et les lycéens apprennent les beautés du capitalisme et de la
gestion d’entreprise à partir de l’exemple de General Motors. ” (extraits de Mike Moore contreattaque, Mike Moore, la Découverte, 2002)

À noter que certaines de ces pratiques ont déjà été appliquées en France. Il est à noter également que
de nombreuses manifestations sportives pratiquées dans le cadre de l’UNSS sont parrainées par des magasins de sport.

les contrats d’exclusivité
(entre les établissements et des entreprises), Dans 31 États, des droits exclusifs de distribution ont été vendus par les autorités à des
géants des boissons gazeuses. Les élèves ne peuvent donc boire que du Coca ou Pepsi selon l’entreprise à laquelle ont été vendus les droits. De véritables contrats sont passés
avec les établissements : ils ont des objectifs de vente de boisson, s’ils les tiennent ou s’ils font mieux, les subventions seront d’autant plus élevées .

l’utilisation de l’espace scolaire comme support publicitaire. Des établissements louent leurs toits ou leurs murs comme espaces publicitaires. Des moyens de transport scolaire servent de panneaux publicitaires ambulants et parfois les élèves (à quand les profs ?) se transforment en homme-sandwich lors de fêtes ou de concours célébrant telle ou telle marque de boisson gazeuse.

l’installation de technologies de l’information et de la communication (télé et internet). Ainsi, ZapMe ! Corporation, propose de fournir aux établissements scolaires un labo d’informatique et l’accès gratuit à un certain nombre de sites présélectionnés. En échange, les lycées et collèges
concernés doivent promettre que le laboratoire sera utilisé au moins quatre heures par jour. Le moteur de recherche de ZapMe ! diffuse des tonnes d’annonces publicitaires à jet continu - et, par ailleurs, le sponsor peut ainsi recueillir des informations sur les pratiques de navigation des lycéens et les vendre à d’autres entreprises.

La chaîne de télévision Channel One a installé des téléviseurs dans 12000 salles de classe aux États-Unis et diffuse un programme d’information et de publicité en contrepartie. Voici ce que nous préparent le grands réformateurs libéraux de l’éducation nationale. Louons la
grande philanthropie des entreprises qui investissent, qui prennent des risques (!), dans l’éducation, louons les valeurs diffusées par ce genre d’associations (de malfaiteurs ?), jetons aux oubliettes cette sacro-sainte laïcité que défendent ces fainéants de profs, redonnons aux enfants le goût des valeurs qui feront augmenter notre profit. Capitalistes de tous les pays, unissez-vous !


Chronique mercantile

Eurodisney, dont chacun connaît la neutralité idéologique et le désintéressement quasi puritain, disposait déjà d’un département Education destiné à mettre au service des
enseignants l’ensemble de ses ressources « pédagogiques ». On savait qu’il leur proposait aussi tout un système de fiches pour l’apprentissage de l’anglais, à l’usage des classes
élémentaires, des collèges et des lycées. Rien que de très banal dans ce monde « totalitairement » dominé par la marchandise et la niaiserie bien pensante. Là où ça se
corse, c’est que l’ONISEP (organisme dont jusqu’à présent on pouvait penser qu’il était chargé d’une mission de service public) vient de signer une convention avec Disneyland pour concevoir ensemble un programme « éducatif » sur les métiers de l’audiovisuel.

Souhaitons que les enseignants qui s’engageront dans l’exploitation de ce programme reçoivent gratuitement du ministère une paire d’oreilles de Mickey afin qu’ils puissent mieux faire passer le message.

Chronique gastronomique

Le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud (Australie), qui répugne à gaspiller l’argent public dans de futiles dépenses d’enseignement, encourage les chefs d’établissement à
passer des contrats avec Mc Do : l’entreprise leur vend un « repas » (un cheeseburger et une boisson gazeuse) que l’école facture 50% de plus aux parents afin de trouver ainsi les
subsides nécessaires au fonctionnement de l’école. De plus, toujours soucieux de la morale publique, Mc do propose aux maîtres un système de bons points qui donnent droit à des
cheeseburgers gratuits. Probablement pour faire découvrir un produit inédit aux enfants australiens, parmi lesquels le nombre d’obèses n’a été multiplié que par 3 depuis 15 ans.

Chronique de l’innovation pédagogique

Une dépêche d’Associated Press nous apprend que le proviseur d’un lycée privé suédois vient de lutter contre l’absentéisme scolaire en offrant une prime mensuelle d’environ 55 euros à tout élève qui n’aura jamais été pris en flagrant délit de retard ou d’absence, qu’elle soit ou non justifiée. Saluons ici cette audacieuse initiative. Elle prouve que la Suède est
pionnière dans la mise en oeuvre des directives de la Commission Européenne pour l’introduction d’un apprentissage de « l’esprit d’entreprise » dans les programmes scolaires.

N’y a-t-il pas meilleure propédeutique à l’individualisation des salaires et à l’acquisition des vertus petites bourgeoises que cette distribution précoce d’enveloppes aux plus méritants ?

Chronique éthylique

Une université toulousaine se place à l’avant-garde de la modernité néolibérale en signant une convention avec la Société Pernod-Ricard pour la création d’une chaire qui, curieux hasard, portera le nom même de cette société. Pernod-Ricard, aussi soucieuse de la recherche scientifique que de la santé publique, versera 15000 euros pour financer un master d’économie suivi par une vingtaine d’étudiants. Buvons un coup à la santé des heureux élus en espérant que le pactole leur sera « versé » en nature sous l’espèce de
produits distribués par le généreux mécène, et qu‘ils deviendront ainsi les premiers ambassadeurs de la meilleure tradition française, celle de l’apéro.


A bas la censure !

Pour un peu, on croirait que c’est ce cri libertaire qui inspirait le ministre Darkozy (ou Sarcos, on ne sait plus) lorsqu’il a révélé à Livres Hebdo du 10/01/03 qu’il allait supprimer la liste des livres pour la jeunesse que son ministère conseillait depuis l’année dernière aux enseignants du primaire. Il a en effet ajouté : « Nous supprimons l’aspect prescriptif et restrictif de la liste ».

Toutefois, si on poursuit la lecture de l’entretien, on aperçoit qui sort du bois le loup néolibestial . La liberté que défend ce bon apôtre n’est ni celle des maîtres, ni celle de leurs élèves. Il en est d’autres que la liste défrisait, surtout lorsqu’on recommandait des livres en raison de leur qualité, et non de leur « vendabilité » : les grands requins de l’édition !

C’est vrai, à la fin : qu’est-ce que c’est que ces enseignants qui se permettent de conseiller des lectures à leurs élèves ? Tout ça, c’est rien que des manoeuvres déloyales pour fausser le libre jeu de la concurrence !


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