Édito

Retraites : dire non !
samedi 5 juin 2010

Qu’attendez-vous ?
Qu’on puisse causer avec les pigeons
Et que les insatiables
Vous laissent un os à ronger ?
Que les loups vous nourrissent au lieu de vous bouffer ?
Que les tigres par amitié
Vous invitent gentiment à leur arracher les dents ?

Bertolt Brecht

Il faut le dire tout net : la question des retraites telle qu’elle est posée par le gouvernement et le MEDEF repose sur une double imposture. Elle n’est ni nécessaire économiquement ni justifiée socialement.

Il n’y aura bientôt plus d’argent pour payer les retraites, disent-ils ? Le besoin de financement supplémentaire d’ici à 2050 représente de 1,7 à 3 % du PIB suivant les sources : rapprochons-le des 5,3 % du PIB que représentent les augmentations des dividendes versés aux actionnaires depuis 25 ans.

D’un point de vue économique, même le dernier rapport du très officiel Conseil d’Orientation des Retraites (COR) calcule que pour équilibrer les caisses en 2050, il suffirait, dans l’hypothèse la plus défavorable, d’augmenter les cotisations sociales de 0,26 point par an, moins que ce qui a été fait de 1970 à 2000 sans que l’économie s’écroule.

L’augmentation de la productivité permet de produire bien plus de richesses en moins de temps. En France, du début du XIXe siècle à la fin du XXe, la productivité horaire a été multipliée par 30, la production par 26 alors que le temps de travail a été divisé par 2 !

C’est cette possibilité de travailler de moins en moins longtemps pour produire la même chose qui permet à l’être humain de consacrer de moins en moins de temps de sa vie à la production, d’étudier avant de travailler, de bénéficier de temps libre par le repos hebdomadaire et les congés payés, de quitter le travail de plus en plus tôt pour une juste retraite.

Mais cette évolution historique, les données gouvernementales l’occultent pour ne mettre l’accent que sur la démographie : « trop de retraités », « pas assez d’actifs ».

Pourquoi cette dramatisation ?

Pourquoi cette obstination, façon méthode Coué, à nous répéter que la situation est dramatique et qu’il n’y a pas d’ alternative aux propositions du gouvernement ?

Ce n’est pas de faire travailler plus longtemps, ni même de faire cotiser plus longtemps qui est le but véritable : c’est de faire en sorte que recevoir une retraite à taux plein soit inatteignable pour la plupart, et donc d’abaisser le taux des pensions réellement perçues, et de rendre les travailleurs plus soumis, plus précaires, plus dépendants.

En effet, d’après les prévisions du COR lui-même, les durées réelles de cotisation, actuellement de 37,5 annuités en moyenne, atteindront peut-être 38,75 annuités en 2020 pour redescendre à 37 annuités dès 2030. Si la durée légale de cotisation est portée à 41, puis 42, pourquoi pas 45 annuités selon les vœux du MEDEF, le taux des pensions va automatiquement diminuer, et plus encore si on l’affecte d’une décote.

De même, si les patrons licencient ou refusent d’employer au-delà de 55 ans aujourd’hui, on voit mal ce qui les pousserait à recruter des seniors dans les années qui viennent. Avec un âge réel de départ du travail entre 58 et 59 ans, tout recul de l’âge légal pour avoir droit à sa retraite précarise les travailleurs en fin d’activité, contraints au chômage ou aux minima sociaux en attendant une retraite forcément amputée.

Mais cela, aucun gouvernement ne peut le dire ouvertement. Il faut convaincre que la situation actuelle ne peut pas perdurer et qu’il n’existe qu’une solution. Pour faire passer la pilule, on claironne la « solidarité », on va même jusqu’à annoncer que les riches seront soumis à une « contribution supplémentaire de solidarité sur les hauts revenus » (mais évidemment sans toucher au bouclier fiscal lui-même…) : c’est le sens des annonces de Woerth le 16 mai (voir en pages intérieures.)

Pourquoi maintenant ?

Les mesures de régression ne sont pas nouvelles. Le pouvoir d’achat des retraités, entre 1994 et 2004, a baissé chaque année de 0,3% pour le régime général de base, de 0,6% pour les complémentaires, de 0,5% pour les fonctionnaires.

La pension représentait 79% du salaire avant 1993 : avec les réformes, elle est passée à 72% en 2007 et sera de 65% en 2020. Déjà, en 2004, la moitié des femmes retraitées avaient une retraite inférieure à 900 euros.

De manière plus générale, la part salariale dans la valeur ajoutée (la richesse produite par les salariés dans les entreprises) a diminué de 8,8 % depuis 30 ans au profit du capital (les dividendes des actionnaires).

Mais ce n’est pas assez pour les exploiteurs. Ce qui est en ligne de mire désormais, dans le cadre du libéralisme européen, c’est le salaire différé que constituent les retraites via les cotisations sociales.

La retraite, même minime, même en régression, est à la fois un droit pour les travailleurs et des bénéfices en moins pour les actionnaires. C’est cela qu’il s’agit, pour le patronat et son gouvernement, de casser.

Qu’attendons-nous ?

Après avoir attaqué d’abord le privé en 1993, puis le public en 2003, puis les régimes spéciaux en 2007, gouvernement et patronat passent à l’offensive contre l’ensemble des salariés, des retraités, des chômeurs, et au pas de charge : le projet de loi sera déposé en juillet. Face à une telle attaque, massive, de classe, s’en prenant aux travailleurs pour permettre aux plus favorisés de s’enrichir encore plus, il faut, au-delà des journées d’action (23 mars, 27 mai), une réplique massive, de classe, dans l’unité de tout le monde du travail.

Une démarche syndicale unitaire : contre une réforme aussi fondamentale, qui vise à briser les solidarités interprofessionnelles et générationnelles, aucune catégorie, aucun syndicat ne peuvent prétendre gagner seuls. Il est nécessaire de chercher à réaliser l’unité syndicale la plus large possible, à tous les niveaux, du national au local.

Une véritable campagne d’information, de dénonciation et de conviction : cela passe par la diffusion à la population de matériel d’analyse et d’explication, de tracts, de brochures, par des réunions publiques et des meetings comme en organisent déjà les Solidaires locaux dans les départements, avec d’autres quand c’est possible, seuls quand ça ne l’est pas.

Une véritable dynamique d’organisation du mouvement social : cela passe par la constitution de collectifs unitaires, réunissant syndicats, associations, partis politiques, simples citoyens, comme il s’en est constitué déjà dans plusieurs départements (Calvados, Finistère, Loire, Savoie, Puy-de-Dôme…) pour se préparer, ensemble et avec le plus possible de catégories, à dire non.

Navigation

Agenda

<<

2019

>>

<<

Novembre

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
28293031123
45678910
11121314151617
18192021222324
2526272829301