Editorial

 mars 2002
mis à jour samedi 29 janvier 2005

"Tolérance zéro" : absence totale de tolérance... beau programme... La régression sécuritaire en cette saison électorale s’en donne à cœur joie. La surenchère répressive occulte toute réflexion sur l’enseignement. Il est d’ailleurs remarquable de constater que la question de l’école n’est abordée que sous l’angle sécuritaire. Pourtant, de manière parfois plus discrète, certains avancent leurs pions. Que ce soit dans le programme du RPR ou dans la politique menée actuellement par le ministère de l’Education nationale, la logique est la même. Le mot "magique" de "contrat" est servi comme remède-miracle à tous les maux dont l’école souffre : en appliquant ce modèle aux établissements scolaires eux-mêmes, ceux-ci deviendraient plus efficaces, plus performants, grâce à des contraintes en termes de résultats et de réalisation d’objectifs fixés au préalable ; tout ceci évidemment dans un contexte de réduction des dépenses de l’Etat ! On peut imaginer ce qu’il en résulterait pour ceux n’atteignant pas les objectifs fixés par contrat : diminution de moyens, progression salariale ralentie, image dévalorisée etc.

Or, c’est exactement ce qui se met en place, notamment à travers la réforme de l’enseignement professionnel : chaque établissement doit se valoriser pour acquérir le "label" (!) "Lycée des Métiers" et devenir ainsi compétitif en terme de mise en valeur de la main d’œuvre face à la demande patronale locale. Comme souvent, l’offensive libérale n’est pas frontale, mais détruit de l’intérieur, pièce par pièce, les référents collectifs qui permettaient de garantir un minimum de droits aux salariés présents ou futurs. Comment pourrait-on imaginer qu’il puisse en être autrement dans l’Education nationale que dans les autres secteurs ?

Dans ce contexte, il faut vraiment être consentant ou résigné pour accorder le moindre crédit au cynique Mélenchon, qui, sans complexe, s’approprie le discours de la critique anti-libérale pour mieux désarmer toute critique. Il a choisi pour son compte la filière prometteuse du double-langage : adapter d’un côté le système éducatif à une société libérale inégalitaire et défendre de l’autre officiellement le service public en allant parader notamment au contre-sommet de Porto Alegre.

Déréglementer, précariser, faire sauter les statuts, les garanties et les protections acquises au fil des décennies, appliquer à l’école une gestion managériale : telle est la nature du "sale boulot" dont Allègre avait été chargé et dont Lang, en douceur, est le pâle continuateur ; telle est la nature de la politique européenne dans le champ de l’éducation en particulier. Il s’agit de rendre les "ressources humaines" aussi flexibles, aussi disponibles et malléables que possible. Là est la cohérence qui relie la création des emplois-jeunes et des aides-éducateurs, l’annualisation-flexibilité des IATOSS, des conseilleurs principaux d’éducation et des profs de Lycées Professionnels (en attendant de s’attaquer aux instits et à tous les autres profs), l’organisation des lycées professionnels autour des besoins des entreprises dont ils deviennent de véritables annexes, l’incitation à développer les liens entre la recherche et l’industrie. Il s’agit, encore et toujours, de rentabiliser au maximum les personnels, les locaux, le matériel, comme dans n’importe quelle entreprise privée et de renforcer pour cela la soumission des uns et la caporalisation des autres.

Gel de l’emploi public et réduction des coûts salariaux dans la Fonction Publique : la politique libérale produit comme tous les ans son lot de suppressions de postes, au mépris de toute considération sociale ou éducative. Dans l’académie de Nantes (page 2), les personnels de l’Education nationale n’ont pas cédé au fatalisme : assemblées générales, grèves reconductibles, manifestations locales et au ministère, occupation du rectorat, de l’inspection académique ou de la mairie... ont montré que ces choix ne sont pas inéluctables. A Paris (page 2), les personnels des écoles continuent à se battre contre le projet de la mairie. A Roubaix (page 3), un collectif d’établissements en lutte dénonce la diminution des moyens en secteur dit "sensible". Plutôt que de marcher dans le sillage de l’offensive sécuritaire qui imprègne progressivement les établissements scolaires, il est grand temps de réagir ! En revendiquant une autre politique pour l’éducation, une véritable RTT créatrice d’emplois statutaires et la titularisation sans condition des précaires, en refusant l’ingérence du patronat et des actionnaires dans la politique éducative, en dénonçant la mise en concurrence généralisée des établissements scolaires et en défendant des statuts garantissant les droits essentiels des salariés, c’est l’insécurité sociale que nous combattons.

A Nantes, à Roubaix, à Paris, à Berlin comme à Rome (page 8), tolérance zéro pour les incivilités libérales !

14 mars 2002