Éducation nationale... tous ensemble ?

 mars 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

Nous écrivions :

- en mars 98 : M. Allègre a-t-il un plan ?... "Le projet d’Allègre n’est pas de reconstruire l’École de la IIIème République, il n’est peut-être même plus de poursuivre la politique qui a été celle, dans ce domaine, de la Vème République. Grossièrement résumé, il serait probablement plutôt question de mettre en place l’école de l’A.M.I., ou d’un succédané moins grossier ou moins visible."

- en mars 99 : La logique Allègre - Contre les tentatives de brouillage, dégager la cohérence des "mesures Allègre"... L’école doit "s’adapter". L’OCDE, les "livres blancs" de la commission européenne et les textes gouvernementaux déclinent les grandes lignes de ces changements "nécessaires" [...] Pour adapter l’enseignement aux exigences actuelles de l’économie [...] il faut une "offre éducative" multiple, des "initiatives éducatives" souples, concurrentielles et diversifiées.

Depuis, l’information sur l’AGCS (Accord Général sur le Commerce des Services) s’est - trop peu encore - répandue... mais les débats avancent dans le cadre de l’OMC et le premier marché mondial de l’Éducation s’est tenu en mai 2000 à Vancouver (voir journal sept.2000).

Depuis, des luttes, quelquefois sans précédent par leur ampleur et leur durée, dans différents secteurs de l’Éducation nationale, ont débouché sur l’éviction d’Allègre (mais sans pouvoir jamais s’unifier vraiment et poser le problème globalement).

Depuis, deux nouveaux ministres, tranquillement, développent dans tous les secteurs de l’Éducation nationale le même projet politique que leur prédécesseur.

Et de nouveau, c’est secteur par secteur, degré par degré, corps par corps, discipline par discipline, académie par académie... que les protestations et les luttes recommencent, même si parfois les analyses des uns ou des autres commencent à toucher à la globalité du système.

L’appel à l’unité n’est pas un gadget à utiliser quelle que soit la plate-forme, ni un rite incantatoire. C’est simplement une réponse nécessaire à la globalité des politiques mises en œuvre !

L’OMC lorgne sur les services publics

D’ores et déjà, un certain nombre de propositions, voire de mesures, préparent ou organisent le terrain pour faciliter la mise en place de l’AGCS :

- La segmentation des services publics en entités juridiques distinctes comme première étape vers la privatisation du service éducatif (hier aux PTT, aujourd’hui à la SNCF, demain à l’École).

- L’externalisation d’une partie des services autrefois assurés par le service public et aujourd’hui transférés au secteur marchand (par exemple le recours à des sociétés privées de nettoyage, d’entretien ou de restauration dans les établissements scolaires).

- La multiplication des emplois précaires, l’embauche de salariés relevant du droit privé et l’introduction de contrats de travail que préconise le patronat (par exemple les Emplois Jeunes recrutés pour 5 ans... durée que précisément le MEDEF revendique pour de nouveaux CDD).

- L’encouragement au partenariat entre les établissements et le secteur privé avec pour conséquence la mainmise d’intérêts commerciaux ou financiers sur le système scolaire (par exemple, on passe de l’organisation d’opérations ponctuelles à caractère publicitaire ou "expérimental" à la signature de contrats liant des établissements scolaires et des entreprises privées).

Tout cela sur fond de plan sécuritaire qui manifeste un fort penchant vers la "criminalisation de la misère".

Chaque annonce, quelques unes dûment médiatisées, d’autres plus discrètes, touche l’ensemble de la conception du système éducatif : transfert de financement et de responsabilité, mise en compétition forcenée, gestion "managementale", glissement de la notion de "savoir" à celle de "compétence", de la notion d’enseignement à celle d’activité, négation de l’importance des effectifs et retour en force de la volonté d’orientation précoce...

Emplois Jeunes, Contrats Educatifs Locaux, plan sur les langues, les arts plastiques, déficits de documentalistes, pré-professionnalisation, réforme des IUFM, réforme projetée des programmes... créent maille après maille, un état de fait accompli qui atteint le système éducatif et l’adapte aux normes libérales.

Chacun a de "justes revendications". Mais ce n’est qu’en unissant tous ces mouvements sur une analyse globale que la riposte pourra se faire entendre.