Education physique et sportive contre sport-business

mardi 19 avril 2005
mis à jour dimanche 4 septembre 2005

Avec Sud éducation, réaffirmons la nécessité d’un débat critique sur le sport et l’éducation physique

La loi Fillon du 24 mars maintient l’épreuve d’Education Physique et Sportive au Brevet des collèges mais cela ne suffit pas à rassurer sur l’avenir scolaire d’une discipline dont les acteurs croyaient avoir gagné le combat pour une intégration solide et durable (élaboration de programmes, enracinement des pratiques physiques et sportives dans la société...) au sein du système éducatif. La baisse importante des recrutements et la concurrence possible d’intervenants animateurs sportifs, comme cela a souvent été évoqué pour les arts plastiques ou la musique, constituent des craintes récurrentes chez les professeurs d’éducation physique.

Le légitime besoin de reconnaissance a poussé nombre d’acteurs de la discipline à se fondre dans la masse et à adopter le modus vivendi habituel de toute discipline scolaire : programmes cadrés et contraignants, évaluation subordonnée de manière croissante au résultat au détriment de la démarche, etc. Cette volonté fusionnelle a réduit la discipline au point d’en gommer certains effets bénéfiques et à interroger aujourd’hui sa raison d’être. De discipline privilégiant le jeu, la création, le plaisir, démarquée du souci d’une norme trop présente, elle est peu à peu devenue une discipline qui sanctionne, pensée en fonction de contenus surdéfinis, dominée par une fièvre évaluative permanente et la nécessité d’un rendement mesurable.

Discipline « ballon d’essai » par excellence, l’EPS a peut-être permis de tester plus que d’autres un certain nombre d’évolutions des politiques éducatives. Des mots et des concepts chers au monde de l’entreprise sont entrés à l’école en partie par l’EPS : évaluation, pédagogie par objectifs, compétences, prise de risque, défi. Par ailleurs le contrôle continu en cours de formation a été introduit pour les examens... Le travail étant fait, peut-être a-t-on moins besoin de l’EPS maintenant ?!

Fausse piste...

Nous ne sauverons pas l’EPS à l’école en la raccrochant au sport de compétition et en « oubliant » tout ce que ce monde produit d’horreurs et de « dérapages » qui n’en sont pas. Les dérives nocives sont inhérentes à la compétition sportive : recherche de la domination de l’autre (la notion de défi, notamment, a envahi la sphère scolaire y compris des disciplines sportives qui s’en passaient très bien jusque là), culture du résultat à tout prix, du chiffre et du tout mesurable jusqu’à la démesure, sacralisation du progrès technologique, idéologie guerrière, violente, voire meurtrière... C’est en se démarquant très nettement des modèles sportifs dominants que nous parviendrons à donner un sens éducatif à cette discipline -sens qui en assurera, il faut en faire le pari, la pérennité.

La stratégie de la direction du Snep (syndicat des profs d’EPS de la FSU) consiste d’une part à conditionner l’acceptation du socle commun minimal voulu par Fillon à la présence d’EPS en son sein, et d’autre part, à définir la classe d’EPS comme un vivier de champions en puissance, en s’impliquant activement dans la candidature de Paris pour les JO de 2012. Pour cette direction syndicale, il s’agit surtout de trouver une raison d’exister et ceci en faisant du prof de gym le promoteur d’un spectacle pourtant connu d’avance (coups fourrés, dopage généralisé, violence, nationalisme exacerbé, casse physique, haine de l’autre, et aussi travail illégal sur les chantiers, dépassements horaires, pots de vin, malversations, scandales immobiliers, casse du code du travail...) et qui n’a rien à voir avec l’Education, l’Humanisme ou le syndicalisme. En s’engageant dans le processus de soutien aux JO, la direction du Snep veut faire de l’enseignant le complice d’une institution honnie déjà par beaucoup, un système qui promeut les valeurs du libéralisme triomphant : assujettissement du faible, hiérarchisation des personnes par leur valeur physique, lutte pour la vie, culte du surhomme, du défi, du dépassement forcé, bref la mise en scène symbolique du Capital qui se donne en spectacle.

Autre piste

Nous savons que les grands-messes sportives (coupe du monde de football, JO) constituent des vecteurs privilégiés de propagation de l’idéologie libérale au cœur de la mondialisation capitaliste à l’œuvre depuis 25 ans. Comment expliquer autrement l’attribution à Pékin et aux tortionnaires chinois des JO de 2008 ? Nos élèves sont les cibles permanentes des marchands de « rêve sportif » (revues spécialisées, vêtements, panoplies de supporters, services téléphoniques...) et nous refusons d’être des recruteurs ou les agents de l’aliénation sportive du monde et de la jeunesse en particulier.

Non, décidément, nous ne sauverons pas notre place dans l’Education nationale de cette façon. Paris 2012 ne se fera pas en notre nom ; et nous ne nous reconnaissons pas dans le « soutien syndical » aux JO ni dans les opérations de parrainage entre les instances du sport scolaire (UNSS) et le Comité pour l’organisation des JO à Paris.

Nous voulons être des professeurs usant de leur liberté pédagogique pour promouvoir une éducation physique épanouissante, ludique, vivante, joyeuse, fondée sur l’entraide, la coopération, le plaisir de faire et d’être ensemble, débarrassée de la « fichegrillomaniaquerie » et des modèles corporels réducteurs qui privilégient le « défi », l’hyperspécialisation, le dressage, la performance, l’écrasement de l’autre et la souffrance. Nous contestons la réduction de l’activité physique au simple entraînement sportif (la tendance actuelle, notamment en lycée, consiste à réduire au minimum le nombre des activités abordées et à devenir des entraîneurs dans 4 ou 5 disciplines sportives).
Nous enseignons une discipline particulière où le corps est constamment mis en jeu ; nos interrogations sont donc spécifiques : Doit-on noter un corps à travers ses performances ? Qu’est-ce qui peut et doit être évaluable en EPS ? Peut-on, doit-on tout évaluer et corollairement doit-on se limiter à n’enseigner que ce qui est évaluable ? Peut-il y avoir un programme en EPS ? Si oui à quoi doit-il ressembler ? Que peut-on faire du sport en EPS ? Les professeurs d’EPS sont en revanche des professeurs comme les autres, régis par les mêmes statuts. Nous ne voulons pas renforcer inutilement l’émiettement corporatiste du syndicalisme dans l’Education nationale, c’est aussi pour cela que nous avons choisi Sud éducation.

Nous ne voyons toujours pas pourquoi des interrogations particulières devraient conduire à des élections professionnelles particulières et encore moins à des syndicats spécifiques. Si vous êtes professeur d’éducation physique et si vous êtes intéressés par notre réflexion, prenez contact avec les syndicats Sud éducation et construisons ensemble une autre voie (et une autre voix) pour l’éducation physique à l’Ecole publique.

Sud éducation Haute Loire
Sud éducation Puy-de-Dôme