Enseignement de l’histoire : la fin de la « repentance » ?

Un article de Sud Education Calvados
jeudi 27 septembre 2007

Un nouveau programme d’histoire et de géographie pour les séries STI, ST2S et STL est paru. Il est déjà appliqué, à cette rentrée, pour les ST2S et il le sera l’année prochaine pour les autres séries. Parmi les changements à venir : l’histoire et la géographie seront enseignées dorénavant en Première et en Terminale à raison d’une heure et demi par semaine. Jusqu’alors, l’évaluation pour le baccalauréat se faisait en fin de Première sous la forme d’un oral, on ne sait pas encore ce qu’il en sera demain. Mais c’est en se penchant sur le contenu de ces programmes que l’on rencontre de surprenantes « nouveautés » ...

Sur le thème de la décolonisation, à traiter en 7h30, le programme indique qu’il faudra se concentrer sur l’Afrique sub-saharienne. Miracle, cela évacue les sujets pénibles qu’auraient été la guerre d’Algérie ou celle d’Indochine ! Dans ce cadre très prudemment délimité, le professeur aura le choix entre les sujets suivants : Léopold Sédar Senghor ou la guerre du Biafra (au Nigéria). Décidément, les élèves n’auront pas à regarder de trop près la responsabilité de la France dans l’impérialisme colonial des grandes puissances et les guerres qu’elle a menées au nom de son empire.

Le même soupçon d’une orientation idéologique, théorisée par le candidat Sarkozy sous le nom de « fin de la repentance », se confirme en un autre thème du programme : la République des années 1880 aux années 1940. C’est à ce moment du programme qu’aurait dû être évoquée la France de Vichy. Il n’en sera rien. A la place, on propose le sujet d’étude suivant : « Combattre pour la République : Jean Moulin ». Non seulement cela tend à occulter toutes les autres formes de la Résistance mais encore, cela contribue à ressusciter le mythe de la France résistante au détriment de la vérité historique sur la collaboration, qui a été si longue à accoucher dans notre pays.

Si on rapproche ce programme de la mention du « rôle positif de la colonisation française » voulue par la précédente assemblée puis abrogée et si on y ajoute la journée « Guy Môquet » du 22 octobre prochain (BO n°:30 du 30 août 2007), on est en droit de se montrer très inquiet à propos du rôle que le pouvoir politique veut faire jouer à l’enseignement de l’histoire. En aurait-on assez de l’histoire comme discipline critique et rationnelle apportant la connaissance des faits du passé dans tous leurs aspects, même les moins agréables pour l’orgueil national ? Voudrait-on la remplacer par une histoire édifiante, sorte de religion républicaine dont on attend qu’elle galvanise les coeurs et désigne les ennemis ? Ce serait seulement une régression ridicule si elle n’était pas dangereuse.

Cette manipulation de l’enseignement de l’histoire est une partie de la reprise en main idéologique de la présidence Sarkozy. Nous croyions devoir enseigner le jugement critique et le sens des libertés individuelles et collectives, il faudrait que nous apprenions à aimer ou à haïr ce que le caprice du prince aura désigné. « Récompenser le mérite, sanctionner la faute, cultiver l’admiration de ce qui est bien, de ce qui est juste, de ce qui est beau, de ce qui est grand, de ce qui est vrai, de ce qui est profond, et la détestation de ce qui est mal, de ce qui est injuste, de ce qui est laid, de ce qui est petit, de ce qui est mensonger, de ce qui est superficiel, de ce qui est médiocre », écrit le Président Sarkozy dans sa Lettre aux éducateurs.

Dès aujourd’hui, SUD Education appelle tous les enseignants à résister à cette tentative de faire de l’éducation une servante de « l’amour de la patrie » et de « l’identité nationale » aux dépens de la vérité du passé et du présent. Dans nos établissements, commençons par organiser le boycott de la journée du 22 octobre !

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