Europe, luttons ensemble !

L’Ecole selon Berlusconi : « inglese, internet, imprese »
 janvier 2002
mis à jour dimanche 30 janvier 2005

Berlusconi dit tout haut ce que les autres gouvernements européens font tout bas. Pour présenter la réforme de la ministre Moratti, il a mis en avant trois points (trois i en italien : inglese, internet, imprese) : anglais, internet, entreprise. Nous n’insisterons pas sur les deux premiers. Tout le monde a en mémoire la lutte pour la défense des langues vivantes et de leur diversité. Chacun se souvient des déclarations fracassantes d’Allègre sur son plan internet. C’est bien sûr le troisième point qui cadre toutes les politiques éducatives européennes ou plutôt la politique de l’Europe. En effet toutes ces décisions nationales se retrouvent clairement exprimées dans les études et les directives européennes.

Que l’Ecole soit intégrée dans le système économique n’est pas en soi une nouveauté. Elle l’a toujours été mais selon des modalités diverses. Les modes d’organisations de l’enseignement en Europe correspondent encore pour une bonne part à l’organisation antérieure de type fordiste de l’économie où la centralisation et le rôle régulateur de l’Etat ou des Etats dans le cadre des fédérations étaient primordiaux. De ce fait, le rôle de l’Ecole a souvent été idéalisé et perçu comme coupé de la réalité économique et sociale. Aujourd’hui, la transformation du mode de production, la mondialisation du capitalisme et donc la disparition à terme du rôle des Etats font que l’Ecole se trouve prise dans la tourmente économique.

Dans tous les pays européens, la même politique s’applique sous des formes et à des rythmes de moins en moins différenciés.

Cela se traduit par une déréglementation qui n’a qu’un seul et même objectif, répondre directement et dans l’urgence aux besoins non pas de l’économie de manière générale mais des entreprises en particulier. Aussi l’enseignement doit donc être défini au plus près des besoins locaux. Nous sommes rapidement passés de la définition de la régionalisation à celle des bassins d’emplois. D’autre part, dans ce cadre, l’enseignement doit correspondre exactement aux besoins de main d’œuvre des entreprises. Nous voyons assez clairement quel est l’objectif majeur du "lycée des métiers" en France, nous comprenons mieux encore cette politique lorsque nous voyons l’âge de la sélection-orientation baisser en Italie et en Grèce.

Face à l’emballement du système, la nostalgie a peu de poids. Les personnels, les enseignants se mobilisent contre les conditions de travail qu’impose cette transformation en profondeur. Ils résistent à l’individualisation des carrières (salaires au mérite,
i-professeurs), la multiplication des contrats annuels et des vacations (précarité). Mais c’est enfin une autre idée de l’éducation, de la culture et de la formation qu’il faut développer avec les étudiants et les élèves mais aussi les salariés et tout simplement les femmes et les hommes qui refusent que leurs vies et celles de leurs enfants soient dictées par le profit immédiat de quelques-uns. C’est donc un mouvement social appuyé sur l’Ecole qui peut se développer contre le mouvement de marchandisation généralisée.

C’est avec cet objectif que nous avançons la construction d’une coordination européenne de syndicats de l’Ecole totalement indépendants des Etats et des structures liées à la construction de l’Europe libérale. Courant mars, une réunion se tiendra à Paris réunissant les syndicats signataires du texte de Grenade et aussi tous ceux pour qui un outil syndical européen est devenu une nécessité pour la lutte.

Cette orientation rencontre un écho qui va s’élargissant. Ainsi, le syndicat italien avec lequel nous travaillons, l’Unicobas- Scuola est devenu aux dernières élections professionnelles dans le primaire le premier syndicat de la province de Rome (33,9%). Et il prend l’initiative d’appeler les personnels et les autres syndicats à une grève nationale le 15 février contre la "marchandisation de l’Ecole".