Europe syndicale

Par Davide Rossi et Stefano d’Errico (Unicobas - Scuola - Italie)
 mars 2002
mis à jour samedi 29 janvier 2005

Pour la liberté de l’enseignement et pour les droits syndicaux, un projet unitaire des syndicats alternatifs de l’école prend son essor au sein de l’Union européenne.

Le siège parisien de SUD éducation a accueilli, pendant le premier week-end de mars, une rencontre des principales organisations alternatives intervenant dans l’école en Europe. Cette rencontre a été traversée par un souffle nouveau et vivifiant. Il s’est agi d’une rencontre franche, animée d’une grande ambition, où les participants ont entrepris de mettre au point de manière concrète plusieurs scénarios d’actions communes.

SUD éducation-France et SUD-Suisse, la CGT espagnole, la CNT française et l’Unicobas-Scuola-Italie se sont accordés pour mettre en évidence la coïncidence des entreprises des différents gouvernements européens, qui tous veulent transformer l’école en un élément constitutif d’une société organisée selon les critères de la productivité, où la culture est réduite à la portion congrue, mais qui est tout entière orientée vers une marchandisation féroce du savoir. Les syndicats présents se sont trouvés d’accord pour souligner le caractère irréconciliable de deux conceptions de l’école : une vision réductrice, qui entend la transformer en un simple service flexible, dont il s’agit d’user selon une logique consumériste, et une idée, la nôtre, qui voit dans l’école une institution qui met en avant la recherche didactique, le dialogue et le développement des élèves et des enseignants, qui vivent avec passion leur quotidien, en se confrontant aux savoirs historiques, humains, scientifiques, et surtout critiques, tous ces savoirs qui, loin des conformismes, permettent le développement réel de ces connaissances nécessaires, indispensables aux jeunes, aux citoyens européens de demain.

Une convergence s’est manifestée pour refuser les interprétations utilitaristes du rôle des enseignants qui, sans cesse davantage, sont écrasés par les différentes législations nationales sous le poids de tâches administratives qui n’ont rien à voir avec l’école. Les salariés de l’éducation européens doivent pouvoir actualiser leurs connaissances ; on doit leur reconnaître le droit de lire, d’étudier, de participer à diverses activités culturelles. La multiplication des missions est d’une extrême gravité, car elle ne rend pas compte du fait que la profession d’enseignant ne peut être exactement comparée, du fait même de sa spécificité, de son unicité, aux autres professions. Confondre qualité et quantité, en particulier dans l’école où elles sont souvent inversement proportionnelles, est un danger que les syndicats alternatifs refusent absolument.

Comment faire ? En faisant converger des moments de lutte commune, mais aussi en réalisant une coordination dont puissent naître des initiatives efficaces, visibles, reconnues des enseignants, des élèves, des familles et de la société civile, qui doivent devenir de plus en plus conscients de la gravité de la situation.

Cette rencontre a souligné avec détermination qu’il ne peut plus être toléré, que l’on ne doit plus permettre que la Confédération syndicale européenne (la CES), sigle sous lequel se réunissent les organisations syndicales de la “concertation”, soit la seule qui ait voix au chapitre, soit la seule considérée comme représentative dans le monde européen de l’instruction.

Les Italiens ont lancé l’idée de créer la FESAL : la Fédération européenne du syndicalisme alternatif, une structure qui, dans le respect de la plus large et de la plus absolue autonomie des syndicats qui y participeraient, soit capable de mettre en réseau de manière positive les énergies et les intelligences qui, dans tous les recoins de l’Europe, se regroupent chaque jour davantage au travers du syndicalisme alternatif. Au travail de coordination et d’information entre syndicats doit s’ajouter la claire volonté d’offrir à toutes les écoles européennes, de la Baltique à l’Adriatique, de l’Atlantique à la Méditerranée un axe alternatif, fort et crédible, uni, d’exigences explicites adressées à tous ceux qui pensent indispensable une école démocratique pour un avenir démocratique, véritablement moderne, multiculturel, solidaire, où soit liée à la liberté d’enseigner et à la liberté d’apprendre une bataille sans répit pour le respect absolu des droits syndicaux au sein de l’Union européenne.

C’est pour agir dans ce sens que les décisions de rencontres et de rendez-vous se sont multipliées tout au long de cette rencontre parisienne : rédaction d’un document unitaire qui mettra en valeur ce qui aura été produit dans les mois à venir, volonté d’être présents à Séville le 22 juin de cette année, à l’occasion des manifestations qui se tiendront contre le sommet des gouvernements européens ; décision de se retrouver au début du mois de juillet au stage de la CGT espagnole à Grenade, pour lancer officiellement la création de la FESAL et pour adopter un texte de fondation ; participation, cet automne, à une réunion à Venise lors du Forum social européen, et convergence dans une manifestation à Berlin lors du sommet européen consacré à l’école en mars 2003. Chacune de ces rencontres doit permettre de revendiquer avec force la place centrale de l’école, qui mérite bien mieux que ce qui prévaut dans les politiques néolibérales dominantes.

Pour donner toute sa force à notre proposition alternative, nous demanderons, après Grenade, des rendez-vous officiels avec les commissions de la culture, de l’instruction et du travail du Parlement européen, avec les commissaires préposés à ces secteurs, mais aussi avec le Conseil de l’Europe et avec le président de la Convention européenne, en charge de rédiger une future Constitution européenne, en particulier sur le problème des libertés syndicales, sans cesse plus profondément menacées, au sein de l’Union, par la politique de participation et la tendance au monopole des syndicats institutionnels, à laquelle répondent les législations destinées à éliminer le syndicalisme de base.

Toutes ces rencontres sont destinées à se transformer en moments de mobilisation nationale et européenne pour appuyer nos revendications.

Nous ne devons pas laisser échapper cette occasion extraordinaire pour tous les enseignants d’Europe de se retrouver ensemble, unis, dans un grand projet alternatif, pour l’école, pour l’avenir, pour demain. Ensemble, unis, forts et convaincus de l’importance du changement, certains que nos idées communes sont un patrimoine décisif et chaque jour plus largement partagé, indispensable pour rendre à l’école sa liberté et sa place centrale, nous devons nous donner les moyens de nous développer et de nous mettre au travail partout, jusque dans les points les plus reculés de l’Europe.

Traduction SUD éducation

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