Évaluations : une mascarade à l’échelle européenne

jeudi 25 mars 2010

Dénoncer les évaluations nationales CE1 et CM2 en France ne suffit pas, il est nécessaire pour comprendre leur généralisation de se situer dans un contexte plus large que celui de l’Éducation nationale.

Il faut savoir qu’il ne s’agit pas seulement d’une décision de nos derniers ministres de l’Éducation mais d’une volonté de l’UE manifestée à Lisbonne en 2000 en ces termes : « L’objectif central des systèmes éducatifs est d’aider l’Europe à devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive. »

Aujourd’hui, dans de nombreux pays, on introduit des référentiels de compétences scolaires et les évaluations qui vont de pair dans le but recherché d’une unification des attentes vis-à-vis de l’école.

Mais de quelles attentes parle-t-on ? De celles d’enseignants soucieux d’une école de qualité pour tous ? Difficile à croire même si sous des « habillages » clinquants, les « penseurs » ultralibéraux dans les officines de l’UE tentent de « vendre » leur modèle.

En mettant en place ce type d’évaluation par compétences, le pouvoir politique intime aux enseignants l’ordre de faire acquérir par tous les élèves un socle commun des connaissances. Cela ressemble beaucoup à une obligation de résultats imposée aux enseignants.

En découle tout un discours sur l’acte d’apprendre. Il s’agit désormais d’apprendre à apprendre : « apprendre du berceau au tombeau » pour être toujours en phase avec un monde en perpétuel changement. C’est aussi une redéfinition des programmes non plus en termes de savoirs et de savoir-faire mais en termes de compétences dans lesquelles celles qui sont d’ordre comportemental prennent de plus en plus de place.

Ce changement de cap de l’évaluation se situe dans la droite ligne de ce que souhaitent les entreprises avec l’adoption d’une « carte des compétences » via internet qui se substituerait petit à petit aux diplômes considérés par ces mêmes entreprises comme des « lourdeurs ».

C’est que les diplômes les obligent à intégrer des notions de droit et de protection sociale, à respecter des grilles de salaire contraires à la sacro-sainte concurrence. Et puis, les diplômés ont besoin d’un certain temps de formation et d’adaptation, tout cela coûte cher. La « formation tout au long de la vie » (concept alléchant mais trompeur) est dans la droite ligne de cette constatation : le salarié est acteur de sa formation, à lui d’acquérir les compétences nécessaires pour satisfaire son entreprise, de « mériter » son emploi.

Si des aides à la formation sont prévues, nous avons déjà suffisamment de recul pour constater qu’elles sont insuffisantes et que le marché de la formation (dont les GRETA font les frais depuis l’ouverture à l’offre privée) attise la convoitise d’investisseurs en mal de placements « juteux » (voir les modules payants bien sûr, proposés sur internet).

La poursuite de l’objectif s’accompagne dans le même temps d’une dérégulation et d’une déréglementation des systèmes éducatifs : abandon du rôle centralisateur de l’Etat au profit de réseaux plus « autonomes » mis en concurrence (les EPLE), décentralisation qui donne plus de responsabilité aux régions, aux municipalités, pôles d’excellence. Autant de grands mots qui cachent une inégalité grandissante entre les territoires, les établissements et les élèves évidemment.

En réalité, il s’agit de donner aux entreprises de plus en plus de pouvoirs et un droit de regard sur le monde de l’éducation. En Grande-Bretagne notamment, nombre d’entre elles participent déjà à la définition des compétences à évaluer mises en place non seulement dans les entreprises, mais aussi dans les établissements scolaires. Ces partenariats sont déjà largement développés dans les établissements technologiques et professionnels et surtout au sein des universités après l’instauration du LMD, adopté en 1998 lors du processus dit de Bologne, en vue d’une harmonisation européenne des cursus.

Les « réformes » ainsi mises en place ont, à l’évidence, un certain nombre de conséquences : une dualisation sociale de plus en plus présente, une fracture sociale qui tend à s’accroître depuis une dizaine d’années avec un retour à une sélection précoce (voir l’apprentissage « junior » mis en place en France [1]), une austérité grandissante dans les budgets alloués aux systèmes éducatifs publics. Nous le constatons aisément en France actuellement où la diminution du nombre de postes est bien supérieure à la diminution du nombre d’élèves scolarisés.

Ne nous trompons pas de combat : le débat sur les évaluations dépasse largement celui du calendrier ou du pourcentage de réussite pour valider une compétence ! Ne l’oublions surtout pas dans nos échanges.

Sud éducation Orne


[1créé par la loi no 2006-396 du 31 mars 2006 « pour l’égalité des chances », il s’adresse aux jeunes à partir de 14 ans, depuis la rentrée scolaire 2006

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