Explosion de l’AZF (Total-FINA-ELF) Bons baisers de Toulouse

 décembre 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

Le 21 septembre 2001, à 10h 15, une très violente explosion détruit l’usine AZF, située à proximité d’une zone fortement urbanisée dans la banlieue sud de Toulouse. La déflagration de centaines de tonnes de nitrate d’ammonium (de l’engrais) provoque une véritable panique dans la plupart des quartiers, on l’entend à 80 kilomètres. Le bilan est lourd : une trentaine de mort(e)s, plus d’un millier de blessé(e)s graves, un nombre difficilement calculable de traumatisé(e)s. Des milliers d’habitations, de très nombreux locaux professionnels et commerciaux, des dizaines d’établissements scolaires, des hôpitaux, etc. sont détruits ou sérieusement endommagés.

La catastrophe aurait pu être beaucoup, beaucoup plus tragique, si les deux autres installations du pôle chimique, qui fabriquent des explosifs et des gaz de combat (le phosgène) avaient elles aussi sauté.

De nombreuses associations, des travailleurs de l’usine, des habitant(e)s dénonçaient depuis des années le danger énorme que faisait courir cette industrie. En vain...

L’attitude des autorités (mairie, préfecture, gouvernement) a été inversement proportionnelle au pouvoir dont elles disposent, aux responsabilités qu’elles prétendent assumer : les sirènes d’alerte n’ont pas sonné, alors que les émanations possibles d’ammoniaque, et surtout de phosgène, représentaient un risque majeur. Le préfet, par exemple, a demandé par radio aux habitants de se confiner chez eux, alors que portes et fenêtres avaient été soufflées. Les personnels de secours dépêchés sur place n’ont reçu ni instructions précises, ni matériels de protection (si ce n’est des masques à poussière)...

La démarche des hauts responsables, de l’entreprise Elf comme de l’Etat et des pouvoirs politiques, peut se résumer à deux temps forts : d’abord, on se précipite devant les caméras pour faire étalage de compassion et lancer de vagues promesses. Ensuite, on met tout en œuvre pour faire croire à un rapide retour à la normale. En passant, quelques allusions quant à la possibilité d’un attentat, largement relayées par une presse poubelle (Valeurs Actuelles, le Figaro [1]), et reprises par le ministre de l’environnement en personne, ont fait leurs ravages dans l’opinion publique.

La communauté scolaire a été elle aussi gravement affectée

Plus d’une centaine d’établissements plus ou moins touchés. Plusieurs écoles maternelles et primaires, un collège et deux lycées professionnels sont complètement détruits. L’Université du Mirail (25000 étudiant(e)s), ainsi que des logements universitaires, sont aussi salement amochés. Les professionnels qui évaluent les dégâts constatent au passage que sa construction a été bâclée : sur telle structure, trois boulons seulement au lieu des dix prévus... et ainsi de suite. De nombreux élèves sont blessés (un mort au L.P. Galliéni), ainsi que des personnels enseignants et non enseignants et les conséquences psychologiques sont difficilement chiffrables dans des quartiers où les familles ont payé le prix fort de l’explosion.

Pour la mairie de Toulouse, comme pour la Rectrice et l’Inspecteur d’Académie, le discours est limpide : on est tous des gens efficaces (surtout les chefs, bien sûr), on va assurer le plus vite possible l’accueil des élèves et la reprise des cours. Les moyens propres (ceux de la mairie et de l’Education nationale) doivent suffire, pas question par exemple d’avoir recours à des réquisitions ou autres mesures saugrenues...

En deux temps, trois mouvements, les mesures provisoires sont décidées par la hiérarchie, sans concertation ou à peine. Et les personnels sont priés de s’exécuter en silence. Des IEN [2], des chefs d’établissements, vont vivement rappeler à l’ordre les collègues d’une école qui se plaignent des conditions désastreuses de transport à l’autre bout de la ville que l’on impose aux élèves et aux personnels, ou des aides éducateurs qui osent se mettre en grève pour refuser de jouer les vigiles pendant la nuit au Lycée Polyvalent... Pendant ce temps, on fonctionne avec cette "mutualisation des moyens", les écoles les moins touchées de la ZEP accueillent les élèves d’autres établissements de la ZEP détruits... On tarde à délivrer des documents écrits sur la sécurisation des locaux réutilisés, on fait classe dans des salles aveugles, au fenêtres bouchées de contre-plaqué, ou sans tables adaptées à la taille des enfants...Tout cela en attendant l’arrivée de la solution miracle : les Algécos. Mission accomplie, chantent en chœur représentants du maire, inspecteurs et autres responsables lors des réunions organisées pour les médias et la galerie.

Mais sur le terrain, une fois éteints les feux de l’actualité, la situation s’enlise dans la routine d’un provisoire qui menace de durer. Les tracas innombrables subsistent, les aides et les indemnisations se font attendre, alors que les factures et les loyers sont eux toujours aussi ponctuels, et qu’une grande partie des victimes se trouvait déjà en situation précaire... Cela devient intenable pour les enfants (peur de laisser le cartable dans le couloir, de voir la porte de la classe se fermer, de s’asseoir près de la fenêtre...), pour les parents, pour les personnels, enseignant(e)s et non-enseignant(e)s. Les collègues sont à peu près unanimes : les gens vont craquer, les un(e)s après les autres, ou ça sera l’explosion, mais cette fois de colère.

Un collectif "Plus jamais ça, ni ici ni ailleurs" s’est constitué pour exiger que toutes les responsabilités soient établies, que les problèmes aigus auxquels continuent d’être confrontées les victimes de l’explosion soient reconnus et résolus, pour la fermeture, sans préjudice pour les salarié(e)s, du site chimique AZF-SNPE-Tolochimie,. SUD Education y participe activement depuis le début, notamment dans la commission "communauté scolaire" du collectif. Nous y défendons les positions suivantes :

Il faut traiter au plus vite les problèmes de relogement des habitant(e)s, des scolarisé(e)s et des acteur(trice)s économiques dans la concertation et la transparence. La Mairie, le Gouvernement, doivent cesser de tergiverser et prendre les mesures qui s’imposent (ordonnances, etc), y compris des réquisitions.

Il faut que les responsables paient :

Total-Fina-Elf en premier lieu, dont les actions ont grimpé après la tragédie. Les autres responsabilités (mairie, Etat, responsables des établissements scolaires, hospitaliers, locatifs, etc, que l’on a laissés s’installer dans la zone) doivent elles aussi être clairement établies.

Il faut démanteler rapidement les sites dangereux, à Toulouse et ailleurs : que serait-il advenu si la conduite de phosgène, ce gaz mortel, avait sauté ? Les salariés de ces sites industriels ne doivent pas faire les frais de ces fermetures. Il n’est pas non plus question pour nous d’appuyer la délocalisation d’activités aussi nuisibles et dangereuses. Il est nécessaire de réfléchir aux reconversions.

Il faut en effet mener un débat de fond sur les productions et leurs finalités : à quoi cela sert-il de fabriquer ces engrais explosifs, qui polluent les sols et notre alimentation, qui favorisent la surproduction d’aliments (que l’on détruit périodiquement pour ne pas faire chuter les cours), qui contribuent à anéantir les agricultures traditionnelles, en France et dans les pays de ce que l’on appelle le Tiers Monde, où des centaines de millions de paysan(e)s sont acculé(e)s à la faillite, à la misère, à la famine, par l’invasion des produits et des méthodes agricoles des pays riches ?

Il faut relancer une réflexion sur l’organisation sociale, que ce soit au niveau du travail, de l’administration, de l’enseignement, etc. Les hiérarchies en place prétendent tout connaître sur le plan scientifique, technique, économique... Nous en contestons le bien fondé et l’utilité, au vu de leurs résultats, et appelons à une autre éducation, basée non pas sur la compétition, sur le fric et la consommation à tout prix, sur le mépris, la haine ou la violence, mais sur le respect de chacun(e), sur des rapports non hiérarchisés, sur des projets collectifs de construction économique et sociale...

L’explosion de Toulouse n’est pas un événement banal et isolé. L’industrie chimique et nucléaire, la militarisation de l’économie et de la société, la course à la consommation, le pillage et la destruction des richesses de la planète, la concentration des véritables pouvoirs de décision entre un nombre de plus en plus réduit de personnes, la tentative de généraliser la soumission face à ces pouvoirs sont des questions qui nous concernent tous et toutes.

Le 7 novembre 2001, Bureau de SUD Education Toulouse


[1La prochaine A.G. du syndicat doit étudier l’éventualité d’une plainte contre ces journaux, qui ont traîné dans la boue la mémoire d’un intérimaire d’origine tunisienne.

[2Ces personnages, rouages inénarrables de notre système scolaire, ont dévoilé lors d’une réunion mémorable à l’inspection académique le fond de leur âme meurtrie de fonctionnaires méritants. Leur intervention sur la situation après la catastrophe s’est en effet bornée, à quelque chose près, à réclamer... de nouveaux téléphones portables.

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