Femmes et arts : juste muses et modèles ?

samedi 19 mars 2011

Écrivaines, artistes femmes : les oubliées

Le prix Goncourt a été décerné en novembre dernier. Et, oh surprise, c’est un homme qui, une fois de plus, a été récompensé. Quels que soient les prix littéraires, peu de femmes sont sélectionnées. Ainsi depuis le début du vingtième siècle, sur 630 prix, seulement 15% ont été décernés à des femmes écrivaines (20% ces vingt dernières années). L’Académie Française comprend surtout de grands hommes (6 immortelles contre 719 immortels depuis sa création). On constate qu’en littérature comme dans d’autres domaines les écarts ne s’atténuent que trop lentement. Est-ce parce que les membres des jurys sont largement masculins à l’exception du prix Femina ? Ou encore parce que les femmes sont toujours si peu présentes dans les manuels de littérature ? Ou bien parce qu’elles sont moins éditées que les hommes ?

Dans les arts plastiques, les femmes sont très présentes... comme modèles et représentent quelques 80% des sujets traités. En revanche, leurs œuvres sont encore faiblement exposées dans les musées (autour de 5%). L’art contemporain n’est pas en reste. En 2004, sur 1 052 œuvres achetées par l’État, seulement 54 ont été réalisées par des femmes. Dans les FRAC (Fonds Régional d’Art Contemporain), 79% des artistes sont des hommes.

Et en musique, pouvez vous citer un seul nom de compositeur femme ? Étonnant, non ?

Dans les arts plastiques, les femmes représentent quelques 80% des sujets traités. En revanche, leurs œuvres sont encore faiblement exposées dans les musées (autour de 5%). L’art contemporain n’est pas en reste. En 2004, sur 1 052 œuvres achetées par l’État, seulement 54 ont été réalisées par des femmes. Dans les FRAC, 79% des artistes sont des hommes.

Certaines artistes furent spoliées par l’écrasante lumière de leurs pendants masculins qui les recouvrirent de leur ombre. Fanny Mendelssohn, la sœur de Félix, composa la bagatelle de 400 pièces et son frère n’hésita pas à s’attribuer la paternité de certaines d’entre elles. Anna Magdelena Bach était pianiste et copiste pour son mari. D’autres sont souvent associées à des écrivains ou artistes comme compagnes ou maîtresses plutôt qu’en tant qu’artistes à part entière (Sonia Delaunay et Robert son mari, Simone de Beauvoir et Sartre, Elsa Triolet et Aragon...) Camille Claudel cumula : sœur de Paul , élève et maîtresse de Rodin. Est-ce pour cela qu’on l’oublia pendant près de trois-quarts de siècle ?

Les femmes représentent quelques 80% des sujets traités

Le génie serait-il donc un mot ne s’accordant qu’au masculin ?

L’Histoire a retenu peu de noms de femmes artistes ou écrivaines. En effet, leur seul don reconnu fut et reste celui de mettre au monde. Ce « don » les a longtemps exclues de la création artistique, apanage des hommes.

Dès 1971 l’historienne américaine Linda Nochlin écrit plusieurs articles posant la question suivante « pourquoi n’y a-t-il pas eu de grandes artistes femmes ? », lançant ainsi un nouveau champ d’investigation et de recherche. Elle y répond en posant une autre question : « pourquoi n’y a-t-il pas eu de grands artistes aristocrates ? » Ses recherches montrent que les exigences et les attentes auxquelles sont soumis les aristocrates et les femmes ne leur permettaient pas de se consacrer à l’art et qu’il ne s’agit pas que d’une question de don ou de talent. On a eu trop tendance à mythifier les grands artistes comme des génies, sans prendre en compte le contexte socio-économique, historique dans lequel ils créaient pour comprendre pourquoi autant de femmes n’ont pas pu créer. Celles qui ont pu le faire bénéficiaient du soutien d’un père ou d’un mari artiste.

Les femmes ont longtemps été exclues de toute formation. Ce défaut de formation explique que les femmes ont rarement été novatrices ou inventives et seulement considérées comme de bonnes copistes.

D’autre part, longtemps on a pensé que le génie était un don naturel inexplicable. Cette conception depuis Nietzsche a changé. S’il existe bien un talent, celui-ci doit être formé. Or les femmes ont longtemps été exclues de toute formation. Ce défaut de formation explique que les femmes ont rarement été novatrices ou inventives et seulement considérées comme de bonnes copistes. Quand enfin en 1880 l’École des Beaux Arts de Paris s’ouvre aux femmes, les cours sont payants, les concours auxquels elles ont accès sont différents et elles n’ont pas droit au cours avec modèles vivants nus. Or ce cours est considéré comme essentiel à la pratique des arts. Il faudra attendre 27 ans pour que ces restrictions cessent.

Les thèmes abordés par les hommes et les femmes en peinture différaient car ils et elles n’évoluaient pas dans les mêmes sphères privées. Ainsi les sujets traités par les femmes — paysages, objets du quotidien — contribuèrent à minorer leur travail créatif.

La condition féminine limitait également les femmes. Le mariage mettait fin à leur carrière et souvent elles se mettaient en retrait au profit de celle de leur mari (par exemple, c’est Sonia Delaunay qui faisait bouillir la marmite en se consacrant aux arts appliqués : tissus, décoration...).

Actuellement, dans les formations d’arts plastiques et de littérature, les filles sont majoritaires (Beaux Arts, lycées, universités...). Pourtant elles sont toujours largement minoritaires en tant qu’artistes ou écrivaines reconnues. Sans doute à cause d’un regard biaisé des éditeurs, jurys littéraires, directeurs de musées, hommes ou femmes... un peu misogynes qui voient encore dans les pratiques artistiques ou l’écriture des femmes, un art mineur. Ou est-ce une malédiction comme celle qu’a connue Cassandre : avoir le don de prophétie et le malheur de n’être jamais crue ? Alors femmes douées mais peu crédibles ?

Commission fédérale droits des femmes

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