Femmes et grève : vers une émancipation ?

samedi 28 mai 2011

L’apparition d’un syndicalisme féminin

Quand les femmes se mettent en grève, c’est à cause de mauvaises conditions de travail et pour obtenir plus d’égalité avec les hommes. La première grève répertoriée de femmes en France a lieu en 1906 à Cerbères. À cause de la différence d’écartement des voies entre la France et l’Espagne, des femmes sont chichement payées pour porter de lourds cabas d’oranges d’un train à un autre. Le 6 février, elles cessent le travail pour obtenir une augmentation et résistent près d’un an avant d’avoir gain de cause en décembre. En se regroupant pour défendre leurs intérêts, elles participent à l’apparition d’un syndicalisme féminin.

Autre grève emblématique, celle des « midinettes ». En mai 1917 les ouvrières des maisons de haute couture se mettent progressivement en grève. La situation des travailleuses n’a cessé de se dégrader depuis le début de la guerre. Les « midinettes » réclament notamment des indemnités de vie chère et un repos payé le samedi après-midi. Elles obtiennent satisfaction partielle de leurs revendications. Toutes les professions « féminines » de Paris les reprennent et le mouvement gagne les usines d’armement qui emploient de nombreuses femmes pendant la guerre. On comptera 11 000 grévistes en Province.

Des luttes qui permettent une véritable libération

Les grèves sont l’occasion pour les femmes de s’affranchir. Elles apprennent à prendre la parole en public, à prendre des décisions collectives. Mais ceci se fait différemment si l’entreprise est à 100 % féminine comme Lejaby ou s’il y a des hommes comme chez Lip et Moulinex. Dans ce cas, les femmes ont bien souvent du mal à imposer leur parole en AG, les décisions étant prises par les leaders syndicaux, des hommes. Cela entraîne, chez Lip comme chez Moulinex, l’apparition de commissions femmes. Dans le cas des Lejaby, les salariées organisent plusieurs manifestations en 2010 puis décident en septembre d’occuper le siège social de l’entreprise pour partir la tête haute. Ces femmes, avec une ancienneté moyenne de plus de 20 ans sont toutes au Smic. On tente, de l’extérieur, de les cadrer pour qu’elles restent « raisonnables ». Mais c’est bien parce qu’elles occupent l’usine trois semaines et bloquent les camions de livraison, faisant perdre beaucoup d’argent à l’entreprise, qu’elles obtiennent une prime de licenciement plus élevée que celle prévue. Pendant ce conflit, ces femmes, mères de familles pour beaucoup, vivent ensemble et n’assurent plus la gestion de l’espace privé ce que beaucoup ressentent comme une libération.

Les luttes de femmes sont aussi remarquables par leur ténacité comme celle des Moulinex. Créée en 1937 à Argentan, l’entreprise, dont le slogan sera « Moulinex libère la femme », s’implante dans divers sites et exploite une main-d’œuvre rurale, peu ou pas qualifiée et féminine à 80 %, supposée docile, et on ne trouve aucune femme dans l’encadrement. Face aux conditions de travail pénibles (bruit permanent, odeur insupportable, produits chimiques, forte incitation à se distinguer individuellement etc.), une tradition de grèves se met en place, notamment des grèves perlées face à l’intensification des rendements. Les femmes y sont très actives. Le 11 septembre 2001, la fermeture du groupe est annoncée entraînant plusieurs semaines de lutte (grèves, manifestations, actions, produits électroménagers jetés devant la préfecture, etc.), lutte menée notamment par SUD Industries et qui continuera bien au-delà des licenciements. En novembre 2010, 400 salarié-es recevront enfin leur prime de licenciement. Et ce n’est pas fini.

Les femmes, des actrices niées

Les conflits à l’initiative de femmes ne sont relayés que quand elles sont présentées en victimes. Le salariat féminin subit le temps partiel imposé et des horaires morcelés d’où des conflits comme la grève des caissières de 2007-2008. Grève « sympathique » pour les médias plein de compassion pour les « victimes » qui demandent un emploi à plein temps et une augmentation. Entre un SMIC non respecté, des pauses non rémunérées, la précarité, le temps partiel, la forte hiérarchie, il y a de quoi s’indigner ! Mais les médias ne retiennent pas toutes les revendications, se lassent peu à peu et donnent davantage la parole aux patrons de la grande distribution qu’aux caissières. Elles n’obtiennent pratiquement rien sans doute par manque de moyens de pression et à cause de l’apparition de caisses automatiques. Les caissières sont aussi en première ligne en ce qui concerne le travail dominical. Certaines résistent comme les six caissières du magasin ED d’Albertville qui font grève tous les dimanches depuis le 11 octobre 2009 sur le parking du supermarché. Mais qui en parle ?

Les femmes ont encore plus de raisons de faire grève que les hommes car pour elles, l’exploitation patronale s’associe à la domination patriarcale. Médias et opinion regardent ces mouvements d’un œil bienveillant tant qu’elles restent en position de victimes. Pourtant, les femmes comprennent vite que seule une lutte dure les rend crédibles et peut leur permettre de gagner, lutte qui les dynamise et les fait changer de statut. Et leurs combats profitent à tou-tes.

Commission fédérale
droits des femmes


Les caissières du magasin ED d’Albertville (Savoie) en lutte sur le
parking du supermarché depuis un an et demi contre le travail dominical.

Photo : la Voix des Allobroges

Agenda

<<

2019

>>

<<

Décembre

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2526272829301
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
303112345