Fillon ou les trompettes de la régression

lundi 13 décembre 2004
mis à jour vendredi 11 février 2005

Fillon a acquis ses lettres de noblesse en matière de régression sociale en imposant une réforme qui a détérioré le système de répartition des retraites, malgré un mouvement massif de grève de plus d’un mois et demi. Passé à l’Education, il y décline le culte mystique de l’entreprise et l’idéologie profondément rétrograde des gens qui nous gouvernent.

L’article 2 [1] de son avant-projet donne le ton : il égrène avec aplomb des objectifs pour 2010 en pourcentages incantatoires, comme s’il s’agissait de décréter des hausses de cadence sur une ligne de production. M. Fillon use allégrement des stratagèmes de la communication d’entreprise, qui masque les implacables réalités de la machine capitaliste sous un fétichisme du chiffre miracle (voir le cirque médiatique des prévisions de croissance...). Pourtant, son projet n’en est pas moins une mécanique de régression.

Pour les élèves, cette régression prend la forme de toujours moins de choix : moins de langues, moins d’options, moins de sections... Les cartes de formations « rationalisées » créent des déterminismes ineptes entre le lieu où l’on grandit et les études qu’on peut suivre ; et la consécration du contrôle continu renforcera encore ces déterminismes, en faisant peser sur les diplômes des élèves le poids médiatique de leur quartier d’origine. Les voies professionnelles, loin d’être revalorisées, sont confortées dans leur fonction de délestage de l’enseignement général. De plus en plus tôt, les élèves sont ainsi livrés à des patrons dont la place s’accroît au sein du système sans aucune contrainte ni engagement de leur part en matière de non-discrimination, de stabilité des emplois et de droits sociaux. M. Fillon a beau ériger l’alternance en dogme tout-puissant, il est bien silencieux à propos des obstacles concrets sur le terrain. à commencer par la difficulté de trouver suffisamment de places pour les stagiaires dans des entreprises souvent réticentes, voire hostiles. En mettant le « métier » au cœur du système à une époque où les métiers changent sans cesse, c’est bien l’intérêt à court terme de l’employeur qui est privilégié aux dépens de l’intérêt à long terme du travailleur et du citoyen.

Pour les personnels, c’est la promesse de toujours plus de flexibilité (heures supplémentaires imposées à vue pour les enseignants...) et un renforcement de l’infantilisation hiérarchique.

Il est cocasse d’entendre M. Fillon proclamer la liberté pédagogique des enseignants quand il entend renforcer la fréquence et le poids des inspections, ainsi que le pouvoir des chefs d’établissement, après avoir pris soin de mener une campagne de discrédit des initiatives pédagogiques postérieures au Bled ou à la méthode Bosher de 1907. Ses annonces de recrutements pour les 5 prochaines années, dans un contexte de départs massifs à la retraite, ne font que confirmer une politique hostile à l’emploi public : réductions brutales de postes aux concours, assèchement des réserves de remplaçants sur le terrain, et plan de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Quant aux ATOS, ils sont réduits au silence et condamnés à attendre une décentralisation dont les instigateurs mêmes sont incapables de préciser toutes les conséquences concrètes.

À tous les niveaux, cette réforme consacre l’autoritarisme comme principe directeur d’un plan qui relève davantage de la rationalisation budgétaire que de l’ambition éducative. Le rapport Thélot donne des idées sur la direction prise à long terme, mais en attendant, M. Fillon applique les mesures les plus économiques. Cette direction, enracinée dans un conservatisme rétrograde et une idéologie patronale dominante, est contraire à nos ambitions éducatives et sociales. C’est pour cela qu’aux trompettes de la nouvelle réforme Fillon, nous devons opposer les réalités et la colère du terrain : nous refusons de voir encore s’assombrir les perspectives du système éducatif, nous refusons d’être constamment discrédités par des autorités qui ne savent plus quoi inventer pour nous mettre au pas, nous refusons de laisser la précarité et la flexibilité se banaliser sous prétexte de pseudo-nécessités économiques... Aux stratagèmes de la communication gouvernementale, opposons la mobilisation dans les écoles, les établissements... il est temps de dire non à Fillon, et de lui montrer qu’en 2003, contrairement à ce qu’il croit, il ne nous a pas enterrés !

Saint-Denis, le 09 décembre 2004


[1Avant-projet, article 2 : « Dans le cadre des objectifs fixés à l’article
L. 111-6, les résultats suivants doivent être atteints d’ici à 2010 :
- Le nombre de bacheliers généraux parmi les enfants de familles appartenant aux catégories socio-professionnelles défavorisées augmentera de 20 %
- Le nombre d’étudiants suivant une filière de formation supérieure scientifique, hors formations médicales, augmentera de 15 %
- Le nombre des élèves de lycée étudiant une langue ancienne augmentera
de 10 %... » et ainsi de suite, à coup de 20%, jusqu’au 9ème point !

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