Finalement, le gouvernement fait un geste

vendredi 26 mars 2010

Début mars, dans les collèges et les lycées, les fameuses DGH (dotations globales horaires) ont été annoncées pour la rentrée 2010, révélant la scandaleuse indigence des moyens alloués à l’éducation : classes surchargées, matières sacrifiées, postes partagés ou supprimés... Sans complexe, le gouvernement s’efforce de faire de l’enseignement un défi pour faire des économies sur le dos des personnels et détruire le service public d’éducation. Mais depuis plusieurs semaines, de nombreux établissements sont bloqués dans toute la France (liste — non exhaustive — des mobilisations en cours). Pour protester contre les suppressions de postes, contre les réformes du lycée, du bac pro ou de la formation des enseignants, les actions se multiplient et se radicalisent : rassemblements, occupations, blocages, perturbations ou boycotts des conseils pédagogiques, des conseils de classes, des conseils d’administration, des examens blancs... Le printemps s’annonce rude pour le gouvernement.

Néanmoins, la journée de grève intersyndicale dans le second degré du 12 mars n’a, en général, pas été une réussite. Comment interpréter la faiblesse de cette mobilisation alors même qu’un vent de contestation semble souffler localement et fédérer personnels, parents et élèves autour de la question centrale de l’existence d’un service public d’éducation ? La perplexité d’un certain nombre de collègues, échaudés par les longues grèves antérieures, ou sceptiques face à un appel à une seule journée de grève, dix jours avant la grève interprofessionnelle du 23 mars, a certainement joué un rôle.

À cette lassitude s’ajoute parfois le sentiment que la situation n’est pas dramatique et que la rentrée 2010 ne sera pas pire que les précédentes. Les Recteurs, les Inspecteurs d’Académie, les chefs d’établissements manipulent les chiffres sans vergogne pour cacher la misère, voire monter les établissements les uns contre les autres. Des montagnes de statistiques, de prévisions, de considérations sans lien avec la réalité du terrain sont opposées aux revendications de celles et ceux qui se mobilisent pour préserver leurs conditions de travail et l’avenir de leurs enfants. Ce discours porte malheureusement ses fruits : on pense que c’est pire ailleurs, on se contente du peu qu’on a, on relativise l’ampleur de la catastrophe amorcée...

Mais nous persistons à penser que si nous voulons donner un véritable élan aux luttes syndicales, et permettre de créer un véritable rapport de forces face à la politique gouvernementale, il faut cesser de se battre secteur par secteur et engager la lutte de la maternelle à l’université, parce que c’est à la même politique de destruction du service public d’éducation que nous sommes confrontés. Sud éducation réaffirme plus que jamais la nécessité de construire ensemble, et avec les parents, les étudiants et les lycéens, une grève reconductible.

Au-delà, il est aussi nécessaire d’inscrire la lutte de et à l’école dans un cadre interprofessionnel. Souvenons-nous du mouvement en Guadeloupe, regardons ce qui se passe en Grèce : contre une attaque globale, on ne répond pas en ordre dispersé. Et la mobilisation du 23 mars [1] prendra tout son sens si elle est l’occasion pour l’ensemble des personnels de l’Etat, de l’hospitalière et de la territoriale de faire converger leurs luttes, de rejoindre les salariés du privé et de construire, ensemble, un mouvement qui s’inscrira dans la durée.

Ne nous y trompons pas : la destruction du service public d’éducation est un travail de longue haleine commencé il y a longtemps déjà et qui passe par une série de mesures pernicieuses mais cohérentes et réfléchies. Elles font partie d’un système qu’il faut sans cesse lire dans sa globalité pour en comprendre le sens et les enjeux. Si anodine soit-elle en apparence, chaque réforme a son importance au sein de l’entreprise de marchandisation qui menace l’école. Aussi chaque grain de sable que nous mettons dans la machine libérale compte-t-il. C’est pourquoi nous devons nous mobiliser ici et maintenant : si c’est pire demain, ce sera parce que nous n’avons rien fait aujourd’hui...


[1À l’heure où nous écrivons, nous ne connaissons pas le bilan de cette journée de mobilisation

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