Gaza : la Marche pour la Liberté s’est arrêtée au Caire

jeudi 25 mars 2010

Mille quatre cents internationaux venus au Caire pour tenter d’entrer à Gaza et d’y manifester contre le blocus israélien avec les associations et ONG de la société civile gazaouie, tel était le projet de la Gaza Freedom March, fin décembre 2009.

Initiée par une organisation américaine, CodePink, la Marche, rejointe progressivement par des collectifs européens de défense des droits des Palestiniens, s’est construite sur deux exigences et un principe :
- levée du blocus imposé par Israël, qui contraint 1.5 million de gazaouis à vivre dans d’effroyables conditions de sous-développement, les empêchant entre autre de reconstruire les maisons détruites par les bombardements israéliens de décembre 2008 et janvier 2009 ;
- sanctions pénales contre l’état d’Israël, reconnu coupable de crimes de guerre contre Gaza, et peut-être aussi de crimes contre l’humanité, par le rapport du juge Goldstone devant l’ONU ;
- rappel de la solidarité indéfectible des militant-e-s de la cause palestinienne avec le mouvement social gazaoui.

En France, pour intégrer la Marche, le Collectif national pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens (Missions Civiles CCIPPP, AFPS, Génération Palestine, UJFP, NPA, FSU, Solidaires, etc.) et la CAPJPO-Europalestine ont dû se plier au mode de fonctionnement imposé par CodePink, qui avait fait unilatéralement le choix de négocier avec les seules autorités égyptiennes le passage par la frontière de Rafah.

Sur place, donc, pas question pour les 450 marcheurs français, ni pour les grecs, les italiens, les belges, les indiens, etc. d’adopter une autre stratégie. Pourtant, dès l’arrivée au Caire des premiers marcheurs, autour du 20 décembre, l’annonce a été faite par le ministère de la sécurité intérieure à nos représentants que la frontière de Rafah resterait fermée pendant toute la période de Noël et du nouvel an et qu’aucun international n’entrerait à Gaza !

Les bus réservés pour acheminer les marcheurs vers Al Arish, dernière ville égyptienne avant la frontière, ne quitteront donc pas Le Caire : les 300 militants venus avec la CAPJPO, d’abord, qui se retrouvent à occuper le trottoir de l’ambassade de France en signe de protestation. Puis les 5 bus affrétés le 28 par le collectif, qui sont stoppés par la Sécurité à la sortie du Caire et contraints de rebrousser chemin, sous escorte policière.

Pour ouvrir une brèche dans le dispositif qui nous tenait prisonniers au Caire, de petits groupes empruntent quand même qui un taxi, qui un bus de ligne vers Ismaïlyia et le canal de Suez, qui encore un bus à touristes pour le Sinaï. Mais tout le monde sera refoulé et sommé de retourner dans la capitale.

Il faut dire que le moment était politiquement mal choisi : l’état égyptien ne venait-il pas en effet de commencer le chantier de construction de son monstrueux mur de métal qui va, par 30 mètres de profondeur et plusieurs dizaines de kilomètres de long, étouffer et même donner la possibilité de noyer les tunnels qui servent actuellement au ravitaillement de Gaza ?

Il n’était évidemment pas question pour Mubarak de laisser approcher ce chantier pharaonique par 1400 Indésirables. D’autant que les états européens, dont la France, ne sont pas étrangers à la réalisation de ce mur d’asphyxie qui, comble de l’horreur, va, par ses canaux de pompage, saliniser la nappe phréatique qui irrigue Gaza et assoiffer les Gazaouis !

Le même Mubarak n’hésitera pas cependant, sous couvert de Madame, à affréter deux bus pour faire entrer à Gaza des marcheurs sélectionnés comme « respectables » (une majorité d’américains, dont des rabbins qui ne reconnaissent pas la légitimité de l’actuel état d’Israël, et quelques marseillais), alors que cette manipulation grossière avait été dénoncée par la marche du Caire. Histoire de montrer au Hamas, qui domine le territoire gazaoui depuis l’élection de 2006, que le roi de la corruption qui tient sous le joug la société égyptienne, avec le soutien inconditionnel du banquier américain, reste maître de LA frontière, de SA frontière, celle dont la garde et la fermeture lui ont été imposées par Israël.

Au final, la Marche pour la Liberté de Gaza n’a pas eu lieu : les organisations démocratiques de Gaza, les associations, les ONG (tel le PCHR - Palestinian Center for Human Rights) ont refusé de défiler sous les couleurs du Hamas et en l’absence des 1400 Marcheurs. Seule la marche organisée en parallèle par les anticolonialistes israéliens a défilé depuis Jérusalem en direction du point de passage d’Erez, mais elle n’a pas rassemblé plus de quelques centaines de militants.

Pourtant, quelque chose a eu lieu au Caire, et au-delà, dans toute l’Egypte, en Palestine, dans le monde arabe : pour la première fois, des femmes et des hommes venus de 43 pays se sont rassemblés pour exiger que le siège israélien de Gaza soit levé. Ont manifesté dans les rues du Caire allant même jusqu’à déployer le drapeau palestinien sur l’une des pyramides de Gizeh. Ont résisté à la pression policière sans commune mesure évidemment avec la répression qu’endurent les opposants égyptiens à la dictature. Ont perçu le soutien de nombre d’Egyptiens à la cause palestinienne lors du rassemblement à la maison des journalistes, mais aussi dans les restaurants, les hôtels, les taxis et jusque chez les appelés policiers du contingent. Ont mis dans l’embarras un pouvoir égyptien divisé sur la question palestinienne qui reste le problème politique central du pays à cause des liens puissants qui unissent Egyptiens et Gazaouis.

Finalement, les marcheurs, malgré les difficultés à se coordonner et les frustrations provoquées par le veto égyptien, auront peut-être réussi à faire passer aux Gazaouis leur message de solidarité internationale et à remettre, au moins temporairement, la question du blocus de Gaza sur le devant de la scène.

La « déclaration du Caire », élaborée dans l’urgence le 1er janvier, met l’accent sur les perspectives ouvertes par la marche à l’échelle internationale : construire des partenariats avec des syndicalistes gazaouis, les accueillir en Europe, et, surtout, développer la campagne BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanctions contre Israël) dans tous les pays. Cette campagne, initiée en Palestine dès 2005, relayée à présent par nombre d’organisations syndicales et associatives de par le monde, est le moyen par lequel les citoyens et les peuples peuvent exercer une pression économique, politique, culturelle sur Israël pour qu’enfin cet état fondé sur l’apartheid cesse sa colonisation, son occupation et son oppression contre les Palestiniens.

Sud éducation Franche-Comté / Commission International

En savoir plus...

- S’informer sur les prochaines missions civiles en Cisjordanie.
- Tout savoir sur la Campagne BDS et en particulier sur la campagne menée par la coalition anti-Agrexco à Montpellier
- À lire : le numéro spécial Palestine de la Revue International de Solidaires (n°5-juillet 2009)

Campagne BDS [1] : solidaires contre la répression !

À Bordeaux, une militante de la LDH, très impliquée dans la campagne de boycott menée localement contre Israël, vient d’être condamnée, sur plainte du garde des sceaux, à 1000 euros d’amende pour « incitation à la discrimination raciale ». Ce qu’elle conteste, bien sûr, en appel, avec l’appui de son comité de soutien.

Ainsi va la « justice » française, qui punit ceux qui dénoncent l’illégalité de la commercialisation en France de produits fabriqués dans les territoires illégalement occupés par l’État colonial israélien.

De quel côté est le crime, de quel côté la justice ?


[1Boycott-Désinvestissement-Sanctions contre Israël

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