Grandes manœuvres autour du CNRS

Recherche et enseignement supérieur
 septembre 2004
mis à jour jeudi 25 novembre 2004

L’hiver dernier, un conflit secouait la recherche publique [1]. Le mouvement, qui a culminé début mars avec la démission de la moitié des responsables de laboratoires, a contraint le gouvernement à rendre les crédits annulés, à s’engager à pourvoir les 550 emplois supprimés dans les EPST [2], à ouvrir 1000 emplois supplémentaires pour les universités, à discuter avec Sauvons la Recherche de l’organisation d’Etats généraux ... et à envoyer Haigneré et Ferry voir là-bas si Raffarin y était. Victoire donc, mais les choix libéraux en matière de recherche n’ont pas été et ne sont pas remis en cause !

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Et depuis, tout va de travers. On apprend qu’il y a eu, en douce, recrutements de CDD sur une partie des 550 postes de titulaires supprimés, et donc mise en place d’une nouvelle catégorie de précaires. Fillon se livre à une incroyable entourloupe pour les 1000 postes universitaires, dont la répartition est amputée par le nombre de postes dits en surnombre [3]. Et la préparation des Etats généraux fait l’objet de luttes d’influence sur l’attribution et la destination du milliard d’euros annoncé : entre la recherche publique et privée d’une part, mais aussi entre les personnes et groupes investis dans l’élaboration des textes préparatoires.

L’épreuve de forces de l’hiver a fait ré-émerger une multitude de projets de restructuration des organismes de recherche, en particulier du CNRS. Ils ont en commun de contester son universalité (le CNRS est présent sur tout le front des connaissances), sa lourdeur bureaucratique et la notion de chercheur à vie (un handicap pour le pilotage). Ils préconisent la transformation du CNRS en une “agence de moyens” (personnels et infrastructures deviennent des moyens affectés sur appel d’offres) et en une “agence d’évaluation” (le CNRS rendra des avis sur les groupes de recherche et l’activité des personnes, quels que soient leurs organismes de rattachement).

Ces perspectives aiguisent les convoitises de la bureaucratie mandarino- syndicale universitaire. La Conférence des présidents d’universités, qui revendique une position centrale dans le dispositif de recherche, plaide ainsi pour une instance unique d’évaluation, un métier unique de chercheur / enseignant-chercheur, et le rattachement des labos aux universités (la plupart y sont déjà installés mais restent évalués par le Comité national - CNRS [4]. La direction du CNRS accorde elle-même du crédit à ces revendications en s’engageant dans une politique de pôles régionaux associant écoles, universités et organismes, et en donnant son autonomie au Comité national. Quant au ministère, il s’exprime peu. Mais Raffarin s’est déclaré favorable à la création d’une agence de moyens, ce qui encourage l’activisme de ceux qui préparent le démantèlement des organismes de recherche... sans grande réaction, pour le moment, de la plupart des syndicats.

Face à ce grand jeu de “qui va manger l’autre” notre responsabilité est pourtant de défendre les personnels, leur outil de travail, le service public de formation et de recherche, et de dénoncer ces grandes manœuvres dont l’objet final est d’introduire plus d’autonomie des établissements, plus de pilotage par l’innovation quand la recherche publique et ses personnels ont au contraire besoin d’être préservés de toutes les offensives marchandes.

Il n’est pas certain que la préparation des Etats généraux place les personnels en meilleure situation pour y résister. La majorité des comités a fonctionné de manière fermée, mandarinale. Les personnels techniques et les thésards, dont les problèmes de statut sont graves, s’en sont le plus souvent retirés. Les textes issus de ces débats reflètent souvent le point de vue de gestionnaires plus conformistes que politiques. Souvent, pas toujours. Leur synthèse est en cours car les Etats généraux se réuniront en octobre. Mais on doit d’ores et déjà redouter de graves déceptions lorsque seront connues le budget 2005 et les axes de la loi d’orientation de la recherche.

Commission fédérale Enseignement Supérieur et Recherche


[1Journal fédéral Sud éducation. n°6, mars-avril 2004.

[2Etablissements Publics Scientifiques et Technologiques dont le plus important est le CNRS : 26000 des 45000 postes et 3400 CDD sur 6400 recensés.

[3Les surnuméraires sont toujours en fonction bien qu’ayant les annuités requises pour faire valoir leurs droits à la retraite, voir http://www.sudeduc86.org/breve.php3?id_breve=43)

[4Instance rattachée au CNRS qui évalue les personnels CNRS et les laboratoires propres ou mixtes CNRS/Universités.

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