Grève exemplaire à l’EREA de Lys

 décembre 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

Lys-Lez-Lannoy, commune limitrophe de Roubaix. Etablissement Régional d’Enseignement Adapté, EREA : derrière ces initiales se cache la réalité d’un établissement regroupant près de 150 élèves en "grande difficulté" tant scolaire que sociale, dont une bonne moitié en général d’internes, garçons uniquement. On croyait pourtant la mixité acquise depuis 1968. Construit au début des années 70, les locaux de l’internat "font pitié" (comme disent les élèves). Douches défectueuses et souvent inutilisables, toilettes régulièrement bouchées, façade décrépite, conception collective des dortoirs (pour faciliter la réconciliation avec les autres et avec soi-même, sans doute) : le décor est planté, à ceci près qu’il faut y ajouter les environs particulièrement privilégiées. Vue imprenable sur le parking d’Auchan-Leers ("la vraie vie"), un Quick, un Buffalo Grill, un centre de gériatrie, deux salles de sport, un terrain de foot, un terrain vague où cavale un lapin noir (véridique !), quelques barres d’HLM et -ça fait plaisir à voir- une ancienne ferme laborieusement retapée qui pourrait servir prochainement de ferme pédagogique. Si les élèves ne trouvent pas les lieux franchement laids, ils ne les trouvent pas excessivement beaux. En tout cas, beaucoup parlent de prison. C’est vrai que derrière les grandes grilles de cette école, des enfants et des adolescents sont en souffrance, des adultes aussi.

Après le décor le rappel des faits marquants des derniers épisodes

Car le feuilleton continue et pourrait prendre la forme, si l’envie et l’énergie ne finissaient pas par nous manquer, d’un roman (noir !) tant les événements et péripéties liés au harcèlement moral et à l’incohérence du chef d’établissement, aux conditions de travail et à la nomination de jeunes collègues inexpérimentés (9 sortants IUFM et 3 listes complémentaires chez les éducateurs), sont fréquents, coutumiers et épuisants. Le malaise est déjà installé depuis quelque temps. En témoignent la mutation "par mesure d’apaisement" imposée à un éducateur il y a deux ans et le départ de 12 éducateurs sur 17 à la fin de l’année scolaire 2000-2001 ! Pétitions, questionnaires aux personnels mettant en cause la politique menée dans l’établissement, multiples courriers individuels de protestation envoyés à l’inspection d’académie ou au rectorat, audience auprès de l’inspecteur d’académie adjoint l’an dernier : ces recours habituels n’ayant rien apporté, il fallait du neuf, un engagement plus ferme. Et la nouveauté cette année, c’est la décision prise, suite à une tentative désespérée et infructueuse de négociation avec la chef d’établissement, de lancer un appel à la grève.

La lutte

Chose dite, chose faite : un préavis fut déposé par SUD et le SNUIPP. L’intersyndicale SUD-CGT-SNUIPP et le collectif des éducateurs (syndiqués et non syndiqués) s’engagèrent donc dans la bagarre les 16 et 17 octobre. Deux journées intenses, avec réalisation de panneaux exprimant le ras le bol des personnels en grève et de ceux non grévistes mais solidaires, interview devant les caméras de France 3 Nord-Pas de Calais, articles dans les grands quotidiens régionaux, audience auprès de l’inspectrice AIS, pot de l’amitié et de la solidarité dans les locaux de SUD à Roubaix. Ce mouvement, qui rassembla la moitié des salariés (13 Atoss dont l’intendant et la secrétaire d’intendance, 17 instituteurs éducateurs, 2 instituteurs et un prof de sport, soit 33 salariés sur 66 -dont 8 précaires), n’a rien eu à voir avec les grèves "presse-bouton" et autres rituels plus ou moins bidon. Ce fut une succession de moments pleins, de débats, de discussions et de décisions prises en assemblées générales hors de l’établissement, puisqu’il n’y a pas de locaux syndicaux à l’EREA. Autre temps fort : la rencontre avec le nouvel inspecteur d’académie adjoint accompagné d’un inspecteur AIS chargé de mission au ministère, de l’inspectrice AIS de circonscription et de la conseillère pédagogique, réunion très animée qui déboucha sur quelques acquis insuffisants mais pas négligeables, et ce, principalement grâce à la détermination d’un groupe de grévistes particulièrement soudé par delà les différentes catégories de personnels.

Les acquis
- modification de l’emploi du temps des éducateurs (concernant le service des veillées et des nuits),
- temps de travail payé aux grévistes qui ont assumé le service minimum à l’internat,
- redéfinition et recadrage de certaines missions abusivement confiées aux instituteurs-éducateurs (le fait d’assumer des classes entières dans des enseignements disciplinaires comme les maths ou "vie sociale et professionnelle", sans aucun projet global),
- mise en place d’une sorte de commission d’harmonisation pédago-éducative sous l’égide de l’inspectrice AIS avec comme perspective possible l’officialisation d’une huitième classe et le maintien en poste d’au moins un zil (remplaçant) opérant en tant que tel,
- réhabilitation prévue des locaux de l’internat.

Autre aspect fondamental de cette lutte : la grève a constitué un sursaut collectif de dignité face à l’autoritarisme, l’arbitraire et l’ambiance dégradée qui règne au sein de l’école. C’est une victoire symbolique forte devant la caporalisation des fonctions et les tentatives d’introduire la flexibilité dans les emplois du temps des éducateurs, même si la hiérarchie académique ne déjuge pas le chef d’établissement, solidarité de corps et proximité idéologique obligent. Car, ne soyons pas dupes : en ces temps d’austérité budgétaire et de gel de l’emploi public, la hiérarchie se "serre les coudes" et s’attache plus encore à faire descendre les directives néo-libérales du ministère et des commissions européennes qu’à faire remonter les préoccupations des personnels et à satisfaire leurs revendications. Pour autant, nous restons vigilants et souhaitons que, par delà les indécrottables “mauvaises réputations”, les pressions, les manipulations et les intimidations, la sagesse l’emporte et que, comme à l’EREA de Liévin (62) l’an dernier, la grève des personnels ainsi que la médiatisation du conflit aboutissent aux mêmes résultats : le remplacement du chef d’établissement dans des délais corrects pour les uns et les autres, condition indispensable au rétablissement d’une atmosphère sereine et à l’efficacité collective d’un vrai travail d’équipe.

Pour un véritable travail d’équipe

Contre l’austérité budgétaire

Contre le gel de l’emploi public

Face à la politique des "petits chefs"

Unité de tous les personnels !

La section SUD de l’EREA de Lys (59)

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