IIème congrès de l’Union syndicale Solidaires

Un bilan contrasté
 janvier 2002
mis à jour jeudi 31 août 2006

Les 21 et 22 novembre 2001, le 2ème congrès de l’Union syndicale Solidaires a rassemblé, à Créteil, plusieurs centaines de militants représentant 26 syndicats nationaux ou fédérations, 6 structures encore observatrices et une cinquantaine de groupes locaux.

En presque 4 ans, l’Union syndicale Solidaires, qui veut "développer un syndicalisme interprofessionnel de transformation sociale" est passée de 60 000 adhérents à 80 000 (la majorité se trouvant dans les syndicats SUD) et a (enfin !) adopté un identifiant chargé de sens : "Solidaires".

Une progression quantitative et qualitative

Les 3 ans d’élaboration collective du projet syndical, qui "repose sur la nécessité de construire des rapports de force pour contrer les politiques libérales mises en place par le patronat et les gouvernements" (réso n°2), ont permis de dégager quelques axes essentiels.

- La lutte contre la précarité par "un statut du salarié qui garantisse la continuité du revenu et des droits sociaux, y compris dans une situation de hors emploi" (réso n°1) et notamment dans les fonctions publiques "l’arrêt du recrutement de précaires et la titularisation de tous les emplois précaires existants par application du principe, à travail égal, salaire égal et statut égal" (Réso n°1)

- La "construction d’un mouvement international contre la mondialisation libérale"ayant pour objectif" que cette participation ne se réduise pas à la présence symbolique de quelques militant(e)s" et pour ce faire que des "discussions régulières (...) irriguent toutes les composantes de notre Union syndicale". Notons que la question d’une demande d’adhésion à la CES a été rejetée, car "son acceptation du libéralisme et des décisions de l’UE ne peuvent être acceptables" (réso n°3)

- La défense et l’amélioration des services publics dont "les gouvernements organisent le démantèlement et la casse (...) et préparent la privatisation de leurs activités rentables" (réso n°1) en lien étroit avec le combat contre OMC, AGCS, directives européennes.

- L’action, toujours d’actualité, en faveur de l’égalité entre hommes et femmes dans le monde du travail comme à l’intérieur de l’organisation syndicale.

- Enfin, un projet de développement basé sur le renforcement du bureau en nombre comme en temps militant, le bilan du journal national "et débattre de l’éventuelle nécessité de changer de formule" (réso n°2), l’élaboration d’une politique de formation syndicale interprofessionnelle et la mise en place d’un véritable local national interprofessionnel.

Du consensus au droit de véto

Les trois résolutions au débat transcrivaient une position avancée du consensus entre les différentes organisations, tellement avancée que certains points ont fait l’objet d’un véto de la part de certaines oganisations syndicales.

En effet, les règles appliquées au conseil national - décisions prises au consensus, à défaut à la majorité des 2/3 (1 syndicat = 1 voix) avec possibilité de déposer alors un véto (ce que fit SUD Education, il y a un an, au sujet du projet de pôle permanent interprofessionnel intersyndical avec la seule FSU) - étaient aussi celles du congrès. Malgré les débats en commission, (autrement plus riches que les rituelles interventions en pour et contre avant chaque vote), portant tant sur la consultation des travailleurs avant signature d’accord, le rôle de l’organisation syndicale dans la conduite des luttes, l’auto-organisation des travailleurs et la place des assemblées générales, que sur la réparation par les pays colonisateurs et esclavagistes à l’égard des pays pillés, ou encore la place des Unions locales, des différences importantes entre les "vieux" syndicats autonomes fondateurs du G10 (et majoritaires dans leur champ professionnel) et les "jeunes" SUD ont refait surface.

Deux sujets ont fait l’objet d’une forte opposition des SNUI (impôts), SNUCCRF(concurrence et répression des fraudes), SNUDDI (douanes), SU Caisse d’épargne et SNABF (Banque de France), invoquant des débats non menés ou non aboutis dans leurs structures : le droit de vote aux immigrés et la régularisation des sans papiers, opposition qui s’est traduite par deux vétos (de 4 puis des 5 organisations syndicales) en séance pleinière après adoption, à une très large majorité, du texte initial portant ces revendications. Il n’y aura donc pas un mot sur ces questions dans le document issu du 2ème congrès de l’Union syndicale Solidaires.

Une croissance carencée

Désaccord indépassable ou question de rythme d’évolution, ce "couac" met surtout l’accent sur la carence de débats dans l’Union syndicale Solidaires et les limites de la pratique actuelle du fonctionnement au consensus.

Carence de débats de fonds et stratégiques qui s’est traduite par ces vétos mais aussi par l’adoption de certaines revendications qui n’ont jamais été réellement débattues, ou qui ont été élaborées ailleurs ou encore par la relégation, en annexe du rapport d’activité, de l’analyse du paysage syndical français, après moult réécritures et amendements.

Dans ce cadre, le fonctionnement au consensus, s’il permet à un nombre de plus en plus important de syndicats de s’inscrire dans une activité inerprofessionnelle et de garantir, a minima, l’existence d’une union syndicale en développement, il peut aussi mettre en péril le projet syndical d’une majorité de ses composantes.Un débat sur le fédéralisme semble d’ores et déjà incontournable pour répondre à la problématique du consensus et du droit de véto.

La tendance au collage des revendications et des analyses issues des différents secteurs, comme objet de consensus, est le reflet d’un développement séparé des fédérations et syndicats nationaux.

L’avenir dans l’interprofessionnel de base

Les Unions syndicales Solidaires locales, dont certaines sont devenues des partenaires incontournables dans leur région, et qui organisent notamment les syndicats des entreprises locales du secteur privé, ne manquent pas de poser le problème d’une construction réellement interprofessionnelle, à l’heure où elles n’ont pas plus le droit de vote au conseil national qu’elle ne l’ont eu au congrès.

Alors que l’un des objectifs de Solidaires est son développement dans le secteur privé, la place des unions locales, dans l’Union syndicale Solidaires et ses instances décisionnelles, fera l’objet de débats essentiels pour l’avenir.

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