IVG : droit en danger

mardi 31 août 2010

Les droits des femmes restent toujours très fragiles, d’autant plus dans cette période de régression globale. Le droit à l’avortement est un de ceux les plus ouvertement contestés et remis en cause, notamment par les pro-vie, groupes d’obédience catholique. Une nouvelle chasse aux sorcières si prisée par l’église catholique est ouverte.

Petits rappels historiques

Le droit à l’avortement est un droit relativement récent. L’avortement a été autorisé pour la première fois en URSS dans les années 60. Il s’est étendu aux pays développés pendant les années 70 mais il n’existe toujours pas en Pologne, Irlande et dans la plupart des pays en développement tant en Amérique du Sud et Centrale qu’en Afrique. Au Brésil, l’avortement est autorisé s’il y a eu viol ou si le fœtus est considéré non viable ; toutefois une femme dont le fœtus avait des pathologies graves n’a pas été autorisée par un tribunal à avorter.

En France, avant 1975, la pratique de l’avortement était un crime passible des travaux forcés à perpétuité et même de la peine de mort. Marie-Louise Giraud a été guillotinée en 1943 pour avoir aidé des femmes à avorter. La loi Veil du 17/01/75, durement arrachée, légalise l’avortement. Depuis la loi du 31/12/82, l’avortement est pris en charge par la sécurité sociale. La loi du 7/7/01 augmente le délai du recours à l’avortement de 2 semaines (de 10 à 12 semaines), le rapprochant de la moyenne de l’Europe. Les débats au Parlement à cette époque firent rage et certaines voix en profitèrent pour remettre en cause, une nouvelle fois, ce droit.

Des bâtons dans les roues

Il ne suffit pas qu’une loi soit votée pour que ce droit s’applique. Si le nombre d’IVG reste stable depuis 7 ou 8 ans avec une petite augmentation pour les jeunes femmes de 15 à 17 ans, il manque des centres d’IVG. De plus, la loi du 29/07/79 qui oblige chaque hôpital public à avoir un centre IVG n’est pas respectée.

Les suppressions d’emplois publics et la réforme gouvernementale concernant les hôpitaux risquent d’aggraver cette situation. La politique de santé développée par la loi Hôpital Santé Territoires (Loi Bachelot), conduite dans une logique de rentabilisation, frappe de plein fouet l’offre de soins et particulièrement l’activité d’IVG : démantèlement des centres autonomes et des unités fonctionnelles, suppression de locaux et de personnel… Noyés dans les services de gynécologie et d’obstétrique, les services d’IVG, non rentables, sont loin d’être une priorité. Ce qui entraîne des délais d’attente importants, le non respect des tarifs réglementaires, le refus de prise en charge des mineures et des étrangères sans papiers, une politique de quota… À terme, sectorisation et fermeture de structures sont la traduction concrète de cette politique pour les usagères. Ainsi la loi HSPT, qui réduit l’accès aux soins dans tous les domaines, restreint encore la possibilité d’avorter dans de bonnes conditions.
IVG : droit en danger

Les groupuscules pro-vie multiplient les manifestations contre ce droit en France et ailleurs dans le monde, là où la loi existe. En mai au Canada à l’initiative de 21 députés et de plusieurs chefs religieux, une manifestation est organisée à Ottawa. De nombreux jeunes sont venus de Toronto dans des bus affrétés par des écoles catholiques. Le 30 mai en Pologne, une marche pour la défense de la vie et de la famille rassemble 6000 personnes. En Espagne, l’opposition dépose un recours contre la nouvelle loi légalisant l’IVG auprès du tribunal constitutionnel arguant qu’elle est contraire à l’article 15 de la constitution qui reconnaît que « tous ont droit à la vie ». Le 29 juin, la Cour Constitutionnelle allemande a autorisé les militants anti IVG à protester devant les cabinets des médecins pratiquant l’IVG si « les patients ne sont pas fustigés et les droits à la personne des gynécologues ne sont pas atteints ».

En France, des prières publiques ont lieu régulièrement dans différentes villes, parfois près des centres d’IVG ou de planning familial. L’an dernier, 1500 pro-vie se sont rassemblés à Bordeaux mais les quelques 300 manifestant-es pro-choix ont réussi à troubler leur manifestation. Cette année, les pro-vie ont réitéré leur action qui n’a pas remporté le succès attendu grâce à la forte mobilisation militante d’organisations féministes et d’individu-es. À Nantes, les pro-vie organisent tous les deux mois, une prière publique sur le parvis d’une église, en centre ville, protégés des manifestant-es par un cordon de CRS et des camions anti-émeutes. Ces prières persistent malgré les campagnes des féministes auprès des élu-e-s loca-les-ux.

Ces mouvements ont pour objectif l’abrogation de la loi légalisant l’IVG. Ils veulent recriminaliser les femmes qui avortent et ceux/celles qui pratiquent les avortements. Ils nient le droit de choisir des femmes.

Ces différentes attaques, sans compter la régression idéologique qu’elles représentent, ont pour conséquences que les femmes qui en ont les moyens pourront avorter à l’étranger, celles aux revenus plus modestes subiront des grossesses non désirées. Le danger de ce recul est réel. Il faut donc rester très vigilant-es et contrer ces manœuvres qui visent à cantonner les femmes à une fonction procréatrice et au service de la famille.

Commission fédérale droits des femmes

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