Interview de Philippe Wain, enseignant en résistance, sanctionne illégalement par la hiérarchie…

samedi 26 novembre 2011

Sud éducation 41 :
Philippe Wain, tu n’as pas appliqué plusieurs des nouvelles directives ? Peux-tu préciser lesquelles et dire en quoi tu as désobéi ?

Philippe Wain :
L’élément déclencheur a clairement été la Base Élèves (BE) ! Car l’enseignement n’a rien à y gagner ! D’emblée, au sein de la coordination nationale de résistance à Base Élèves (CNRBE), j’ai su et affiché que pour moi, c’était physiquement impossible, tellement ce fichier va à l’encontre de ce que je suis et pense  !

J’ai fait passer les évaluations nationales, mais pas conformément aux protocoles et autres consignes. J’en fais un outil de travail. Et je n’ai transmis aucun résultat.

Comment la hiérarchie est-elle entrée en contact avec toi ?

Philippe Wain :
Concernant les évaluations, j’ai reçu un courrier me rappelant que je n’avais pas renseigné l’imprimé pour toucher la prime de 400 euros. Je suis contre cette prime qui divise, et je n’effectue pas le travail y correspondant. Deux bonnes raisons de la refuser !

Une inspection a été avancée, manifestement pour pouvoir attester que la BE n’était pas saisie, concernant les élèves de ma classe. Ma note a été maintenue… C’est pourquoi j’ai demandé à être reçu…

L’IA de l’époque a dû avouer qu’il ne pouvait s’agir d’une sanction concernant la BE. L’IEN et lui ont alors prétexté un manque d’affichage dans la classe ! Il a été convenu que si j’affichais, l’IEN passerait vérifier et… relèverait ma note !

L’IA a continué à me menacer de sanction en l’absence de saisie de la BE, sans précision. Puis une journée de salaire m’a été retirée pour service non fait. Une nouvelle IA est arrivée et a renouvelé la demande de saisir la BE, en vain, bien sûr ! Un courrier justificatif m’a été demandé, que j’ai envoyé, précisant mes deux principales raisons : la BE ne sert à rien pour l’enseignement et elle n’est pas conforme à la convention internationale des droits de l’enfant, puisque l’ONU a demandé des changements très radicaux, notamment qu’elle passe par une loi et que les données nominatives ne sortent pas de l’école, ce qui n’est pas le cas pour l’instant…

Vous devez obéir !

L’IA m’a répondu que je devais obéir. Elle a convoqué une réunion pour tenter de me convaincre, tentant même de se faire aider par le représentant du personnel à qui j’avais demandé de m’accompagner, ce qu’il n’a évidemment pas fait. Je n’ai pas changé de position. Elle m’a à nouveau demandé, par écrit, de renseigner la BE, de me conformer à ses ordres. Je lui ai répondu que je me conformerai aux décisions de l’ONU. Elle a rétorqué qu’elle en tirerait les conséquences, sans précisions…

Juste avant la 1ère phase du mouvement des personnels, l’IA m’a fait savoir par téléphone, pendant les vacances, qu’elle souhaitait que je mute. J’ai refusé.

À l’école, un message électronique de la « division des écoles » m’informait : « On souhaite que vous participiez au mouvement », accompagné de la procédure à suivre. Je n’ai ni répondu ni participé au mouvement.

À l’issue de cette 1ère phase, j’ai découvert par hasard que mon poste figurait parmi les vacants !

J’ai envoyé un message électronique à l’IA, signalé ce que je supposais être une erreur de leur part, sans réponse à ce jour.
J’ai appris par la suite que ma situation avait été évoquée en CAPD, au prétexte que je n’obéissais pas aux ordres, pourtant plusieurs fois rappelés.

Après la 2e phase du mouvement, alors qu’on ne pouvait plus participer, j’ai reçu un arrêté précisant que ma fonction de directeur, que je n’avais pas car j’étais seulement « chargé d’école », m’était retirée !

Ubu roi

À partir de là, nous sommes entrés dans une situation vraiment ubuesque ! J’étais titulaire d’un poste vacant, sans que je le sache officiellement, personnellement ! Et la fonction de directeur, que je n’avais pas, m’était retirée !

Avec un avocat, j’ai fait appel au tribunal administratif (TA), avec un référé, demandant la suspension de cette mesure puisque mon poste paraît vacant alors que j’en suis toujours officiellement titulaire, ce qui apparaît comme une sanction. Le juge des référés a considéré qu’il n’y avait pas sanction dans la mesure où il y avait d’autres postes vacants dans le département, et que donc, j’en aurai un à la prochaine rentrée et n’avais rien à dire !

À la 3e phase du mouvement, le poste de Meusnes, pourtant vacant, n’apparaît pas. Évidemment, j’y suis nommé d’office, tandis qu’une collègue, titulaire ailleurs, ayant participé en vain à la 1ère phase du mouvement et donc maintenue, était nommée sur le poste de Bauzy qu’on m’avait retiré d’office.

Je l’ai su fin août. Les autres collègues concernées mi-juillet : celle nommée à Bauzy et la directrice de Meusnes à qui l’IA a imposé une nouvelle répartition : un CE2 pur à 19 élèves, pour moi, pendant que, dans la même école, une collègue « bénéficie » d’une classe à niveau triple à 28 élèves !

Elle croyait probablement, me déployant ainsi un tapis rouge, me clouer le bec, mais je considère cette situation comme injuste pour la collègue qui « hérite » du triple niveau et, en l’occurrence, étant un enseignant Freinet, je préfère les niveaux multiples !

D’après l’IA, ce n’est pas une sanction mais un déplacement d’office dans l’intérêt du service. Ce qui économise une commission disciplinaire.

Quels soutiens as-tu reçus ?

Philippe Wain :
Un représentant du personnel m’a reçu après chaque « alerte » pour réfléchir ensemble sur la stratégie à envisager. Les réseaux nationaux de résistance à BE, de désobéissance et l’ICEM sont intervenus. Très rapidement, localement, le SNUipp 41 et Sud éducation 41 ont annoncé qu’ils me soutenaient sans réserve.

Quelles ripostes envisages-tu maintenant ?

Philippe Wain :
Nous avons saisi le TA concernant l’arrêté me retirant ma fonction de directeur (que je n’avais pas). Nous attaquerons aussi la nomination. Je compte joindre J.-F. Fontana de Sud Éducation.

Sud éducation Loir et Cher

Agenda

<<

2019

>>

<<

Novembre

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
28293031123
45678910
11121314151617
18192021222324
2526272829301