JO à Paris en 2024 : non il n’y a pas consensus

jeudi 8 mars 2018

Le 13 septembre dernier, le Comité International Olympique choisissait sans surprise Paris pour organiser les jeux olympiques de 2024. Toute la presse, les télés, les radios, nous ont assurés qu’à Paris, ce serait mieux qu’ailleurs : pas de corruption, pas de travail illégal sur les chantiers, pas de dépassement budgétaire. Anne Hidalgo, opposée au projet en 2014, déclarait en février dernier qu’en matière d’organisation « Tokyo 2020 est pour nous un exemple ». À Tokyo les affaires de corruption se multiplient et la facture globale devrait avoisiner les 30 milliards pour 6,4 milliards prévus (AFP 21/12/ 2016).
Sud éducation a refusé de participer à ce mensonge national [1]. Les JO à Paris c’est un gouffre financier assuré. Dans toutes les villes du monde, les JO organisent la socialisation des dépenses, la privatisation des bénéfices, l’expulsion des populations les plus modestes et l’accroissement des politiques sécuritaires.
Nous ne voulons pas être les préparateurs de la jeunesse au JO de 2024. Nous n’avons pas la naïveté de croire qu’il y a un espace de débat entre les affairistes du CIO et les professeurs d’éducation physique. Nous sommes en désaccord total avec la direction du Snep-FSU quand celle-ci prétend expliquer aux enseignants d’EPS : « Les JO notre affaire aussi » (Snep, sept 2016). Pour l’éducation physique en milieu scolaire, il faut construire une autre voie et une autre voix.

Quand le syndicalisme se fourvoie

En mars 2017, CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC ont signé une charte pour l’emploi visant une « exemplarité sociale », selon les termes de Bernard Thibaud, ancien secrétaire général de la CGT, devenu référent syndical auprès du comité Paris 2024. Sud éducation et Solidaires sont les seules organisations à refuser cette mascarade et à s’inscrire même modestement avec Attac et Droit au Logement dans la campagne « NON à la candidature de Paris aux Jeux 2024 ! » lancée par la revue Quel sport ? [2]
Et Thibault de déclarer (Libération 12/04/17) « Si l’on se réfère à l’histoire, il y a peu de chance qu’une grande grève se produise en août 2024 pendant les Jeux. Le dernier mouvement enregistré en France un mois d’août remonte à 1944 : c’était l’insurrection des cheminots pour libérer le pays. […] En France, le but des syndicats n’est pas de s’opposer aux Jeux olympiques mais de travailler suffisamment en amont pour veiller à ce qu’ils se déroulent dans de bonnes conditions ».

Regarder la réalité en face

Les JO permettent au CIO et à tous ses partenaires commerciaux de dégager des profits colossaux. Les contribuables remboursent des dettes publiques records pendant des années. JO = endettement public.
Les JO génèrent un climat affairiste fait de scandales de détournements de fonds, de pots-de-vin, de blanchiment d’argent, de trafics mafieux en tout genre impliquant des responsables politiques, des chefs d’entreprise, des hiérarques de l’institution sportive et des sportifs. JO = corruption.
Les JO restructurent les villes hôtes pour implanter des infrastructures pharaoniques qui font augmenter la spéculation immobilière et repoussent les plus pauvres en périphérie. JO = chasse aux pauvres, place aux riches.
Les JO provoquent des dégâts écologiques considérables par l’afflux massif de touristes regroupés pendant 15 jours sur un même lieu et par le saccage systématique de zones naturelles. JO = désastre écologique.
Les JO donnent le spectacle affligeant de champions de la triche, de sportifs dopés, de matchs truqués, d’arbitres achetés, d’officiels corrompus. Un modèle pour la jeunesse ? JO = mascarade sportive.

Place à l’ordre olympique

Le « Contrat de ville hôte » passé entre Hidalgo et le Président du CIO stipule qu’« aucune manifestation, conférence ou autre réunion majeure qui pourrait avoir un impact sur le succès de la planification, de l’organisation, du financement et de la tenue des Jeux ou sur leur exposition au public et aux médias, ne se tiendra dans la ville hôte même, dans ses environs ou dans les villes accueillant d’autres sites de compétition ou dans leurs environs, pendant les Jeux ou pendant la semaine qui les précède, ou celle qui les suit, sans l’accord écrit préalable du CIO […] ».

Pour Sud éducation c’est non non et non. Nous ne nous associerons en aucune manière à cette foire anabolisée.

Sud éducation Puy de Dôme- Allier


[1En 2015, Sud éducation écrivait : « Alors que le budget d’investissement de la ville de Paris pour les installations sportives (stades, gymnases, piscines) s’élève à 46 millions d’euros en 2015, cette seule candidature pour 2024 coûtera entre 60 et 100 millions d’euros […] En lieu et place du gigantisme olympique d’installations qui ne serviront pas ou peu, construisons des équipements de proximité, notamment dans les quartiers les plus mal dotés. Plutôt que la course aux médailles, favorisons l’éducation populaire. Exigeons que l’investissement public se fasse au service des besoins sociaux et environnementaux ».

[2Quel sport ? http://quelsport.org