Jean Yves Le Gall, tête haute face aux coups bas

Résistance au fichier base élèves
jeudi 12 mars 2009

Sud éducation Académie de Grenoble, engagé dans lutte résistance à la Base élèves au sein du CIRBE [1] donne la parole à Jean Yves Le Gall, directeur d’école en première ligne dans cette lutte. Rappelons que l’Inspectrice d’académie de l’Isère a annoncé mardi 3 février son intention de retirer en septembre prochain l’emploi de direction de Jean-Yves Le Gall, à l’école Notre Dame de Vaulx, s’il n’a pas rempli le fichier Base élèves au 27 mars 2009.

Jean Yves Le Gall

Peux tu résumer brièvement le déroulement des faits ?

J’ai reçu une première convocation pour une formation dans mon école. Lorsque le formateur est arrivé, des parents étaient là pour lui signifier qu’ils ne souhaitaient pas que leurs enfants soient fichés et l’ont donc empêché de rentrer dans l’école. Je lui ai ce jour-là remis un texte d’objection de conscience rédigé par le GIRAFF composé par des syndicalistes adhérents à Sud éducation à la CNT et au PAS. J’ai eu pour ce refus de formation un retrait de traitement d’1/30 pour lequel j’ai déposé un recours devant le TA de Grenoble. Lors de 2 autres formations organisées à l’IA à Grenoble, des parents et des retraités en ont empêché la tenue malgré les interventions souvent violentes des forces de l’ordre. Devant mes refus réitérés, j’ai été convoqué par l’Inspectrice d’Académie pour une explication de nos positions respectives sans que bien sûr nous ne nous mettions d’accord. En conclusion de cet entretien, elle m’a confirmé que sans mise en place de Base élèves dans mon école dans les 15 jours, mon emploi de directeur me serait retiré. Une CAPD s’est tenue le 3 février : malgré un vote unanime des délégués du personnel, l’IA a annoncé son intention de me retirer en septembre prochain mon emploi de direction si je n’avais pas rempli le fichier Base élèves au 27 mars 2009.

Peux tu nous parler de tes motivations dans ce combat de résistance à la Base élèves ?

Xavier Darcos a dit en Juin 2008 à l’Assemblée nationale qu’à un certain moment de son élaboration, il avait considéré ce fichier comme « profondément liberticide ». C’est toujours mon sentiment. En effet, à partir du moment où les élèves sont rentrés dans le fichier, tout est possible, y compris le pire. La multiplication des instruments de contrôle social est déjà très inquiétante… mais élargir ceux-ci à l’enfance est proprement intolérable. Les enfants ne sont pas des citoyens et n’ont pas le statut juridique pour rendre des comptes à la collectivité. Ils doivent être protégés et non fichés. Or dans Base Élèves, ils sont inscrits d’autorité sans que le droit d’opposition de leurs parents puisse s’appliquer. Base Élèves n’est pas non plus une aide pour notre travail administratif. Dans la liste des nombreuses revendications pour l’amélioration de notre métier, un fichier centralisé n’a jamais été demandé ni même évoqué. Par ailleurs, ce dispositif n’a aucune vocation à réaliser l’objectif ministériel prioritaire, à savoir lutter contre l’échec scolaire et ne permettra en rien d’améliorer la réussite scolaire de nos élèves. Ce fichier a été imposé sans concertation ni débat démocratique. Sa mise en place n’a pu s’organiser que par l’absence d’information ou une information très tardive et incomplète aux familles et aux enseignants et par les menaces et les sanctions à l’encontre des directeurs. Il est pourtant un pas décisif dans l’histoire du fichage : il est obligatoire dès 3 ans, comporte la domiciliation actualisée, l’école ou la classe qui peuvent renseigner sur une appartenance religieuse ou un handicap, il est partagé avec les mairies et permet l’immatriculation de la jeunesse pour 35 ans.

Dans quel contexte se situe ton action en Isère ?

En 2008, une manifestation appelée par le SNUIpp, le PAS, la CNT et Sud éducation pour les syndicats et le CIRBE a réuni plus de 1000 personnes dans les rues de Grenoble. Beaucoup de formations n’ont pu se tenir car des parents en bloquaient l’accès aux directeurs convoqués. D’autre part, nous sommes dans le département une quinzaine de directeurs qui refusons de renseigner Base Élèves. Beaucoup de directeurs retraités sont là aussi pour nous soutenir. Tous ces éléments font que l’on se sent moins seul dans l’action.

As-tu pu facilement faire le lien entre résistance individuelle et action collective ?

À l’issue de la manifestation interprofessionnelle du 29 janvier, nous avions appelé à un rassemblement pour me soutenir avant la CAPD. Plus de 1000 personnes se sont déplacées pour écouter sous les fenêtres de l’IA de nombreuses prises de paroles de syndicalistes, de politiques, de retraités...

Au sein du Cirbe, quelles suites sont envisagées en termes de mobilisation ?

Un rassemblement dans la commune où je travaille est en préparation. Une remise médiatisée des clés OTP distribuées aux directeurs est aussi envisagée. On recherche actuellement à se parer juridiquement avant de lancer l’action. Il ne faut pas oublier qu’un recours devant le Conseil d’État a été déposé par des militants du CIRBE. Un recours devant Le Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU a aussi été déposé par des militants du CNRBE. Celui-ci a été pris en compte et des questions écrites ont été adressées à la France, auxquelles elle doit répondre d’ici le 6 avril par écrit.

Comment vois-tu ton avenir professionnel et quelles sont tes attentes en termes de soutien ?

Il me reste quelques années à faire avant de partir à la retraite. Si je dois quitter sous la contrainte mon poste de directeur, je le ferai avec regret des 15 années dans mon école mais sans remords à l’idée de ce que nos gouvernants sont en train de faire de l’Éducation nationale. Autant au plan départemental le soutien des organisations syndicales impliquées dans la lutte contre Base Élèves ne m’a pas manqué, autant je peux regretter que ce soutien tarde à se manifester aussi largement au plan national.

Sud éducation académie de Grenoble


[1Collectif Isérois pour le Retrait de Base-élèves

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