Justice pour Constantina Kouneva !

Pétition de soutien
vendredi 13 février 2009

Le 23 décembre, Constantina Kouneva, secrétaire du syndicat grec PEKOP (secteur du nettoyage), a été agressée au vitriol par deux inconnus. Brûlée au visage, elle a également été forcée d’ingurgiter de cette substance. Hospitalisée, son état reste très critique. Constantina Kouneva avait reçu à plusieurs reprises des menaces de mort en raison de ses activités militantes et de son combat féministe. L’enquête a pour l’instant été bâclée et la police a semble-t-il tout fait pour étouffer l’affaire en l’assimilant à un crime passionnel, ce qui est absolument sans rapport avec sa vie privée. Tout laisse penser qu’elle a été agressée en raison de son engagement syndical après les nombreuses menaces qu’elle a reçues.

La fédération des syndicats SUD éducation dénonce avec la plus grande fermeté de telles exactions et exige que toute la lumière soit faite sur ce crime le plus rapidement possible !

Lien vers la pétition en ligne http://www.editions-lignes.com/Justice-pour-Constantina-Kouneva.html

Justice pour Constantina Kouneva et ses collègues

POUR SIGNER LA PÉTITION, cliquez ici ou envoyez un message à l’adresse suivante : justicepourconstantinakouneva@gmail.com
À Athènes, il n’y a pas que les voitures et les banques qui ont brûlé. Il y a des femmes qui sont brûlées au vitriol parce qu’elles ont osé s’opposer aux conditions de travail moyenâgeuses qui leur sont imposées.

Le soir du 23 décembre dernier, Constantina Kouneva a été agressée par deux inconnus qui lui ont brûlé le visage au vitriol et l’ont ensuite forcée à avaler une quantité mortelle d’un acide corrosif. Kouneva est une immigrée bulgare installée en Grèce depuis dix ans qui y est venue afin que son fils, atteint d’une pathologie cardiaque grave, puisse avoir accès aux soins nécessaires. Kouneva travaillait comme agent d’entretien dans une entreprise de sous-traitance qui loue ses travailleurs [OIKO.M.E.T.], dans leur grande majorité des femmes étrangères, aux organismes publics, hôpitaux, RATP, etc.

Les femmes qui assurent ce travail pénible sont obligées, sous la menace de licenciements sans indemnités et de la perte de leur carte de séjour, de travailler dans des conditions moyenâgeuses et avec des salaires de misère largement inférieurs au SMIC. Payées moins d’heures que leur temps de travail réel, souvent non déclarées, assurant des heures supplémentaires non payées, elles vivent sous un vrai régime de terreur sachant que la feuille blanche que leur employeur les avait obligé de signer au moment de leur embauche pouvait se transformer à tout moment en une « lettre de démission volontaire ». Qui plus est, si elles sont licenciées, leur nom figurera sur la « liste noire », ce qui signifie qu’elles ne retrouveront plus jamais du travail dans le même secteur. D’ailleurs, elles n’ont pas à subir que le harcèlement moral systématique mais également le harcèlement sexuel, qui vise plus particulièrement les femmes immigrées qui viennent d’arriver au pays.

Constantina Kouneva et quelques autres se sont opposées à ce régime d’esclavage moderne. Constantina, secrétaire générale du Syndicat de personnel d’entretien et d’aides domestiques de la région d’Attique, recevait des menaces contre sa vie à cause de son activité syndicale et sa mère, qui travaillait dans la même entreprise qu’elle, a été licenciée pour des raisons d’intimidation. Kouneva a continué malgré les menaces de mort à lutter pour le respect de droits élémentaires de ses collègues et à les inciter à faire de même. Étant femme, immigrée et déléguée syndicale active, Kouneva a été « punie » d’une façon ostentatoire pour l’exemple.

Actuellement, elle lutte pour sa survie. Elle a perdu un œil et les médecins s’efforcent de sauver la vision résiduelle de l’autre. Les cordes vocales ont été détruites, l’œsophage et l’estomac irrémédiablement abîmés. Ce crime épouvantable qui relève d’un capitalisme de type mafieux a failli passer inaperçu et n’a défrayé la chronique que grâce à l’insistance et aux témoignages courageux de collègues de Constantina. La police a tout fait pour étouffer l’affaire et il a fallu plusieurs dénonciations et protestations publiques pour forcer les autorités à ouvrir une enquête. Celle-ci a été fermée d’une façon précipitée sans que Kouneva elle-même ait pu donner sa version des faits. L’enquête fut menée d’une façon si bâclée que le procureur de Première Instance l’a retournée en demandant un supplément d’enquête et notamment la mise en examen à titre de témoin de l’employeur de la syndicaliste. Les avocats de Kouneva dénoncent la tentative de noyer l’affaire en la présentant comme un crime passionnel, ce qui est complètement infondé car aucun élément de la vie privée de la syndicaliste ne permet de l’étayer.

Nous tenons à exprimer notre indignation face au crime abject dont Constantina Kouneva a été la victime ainsi que notre vive inquiétude devant les retards et le manque de zèle avec lesquels la police grecque mène l’enquête. Nous voulons également exprimer notre solidarité à cette syndicaliste hors pair et à ses collègues qui se battent sous les menaces de mort de la part de milieux patronaux. Nous exigeons que l’enquête judiciaire avance rapidement et que les coupables soient jugés et condamnés pour ce crime d’une particulière cruauté. Que toute la lumière soit faite sur cette affaire et que le(s) commanditaire(s), et pas seulement les exécutants, soient traduits devant la justice. Nous dénonçons également la responsabilité des organismes publics et des banques qui, en ayant systématiquement recours à l’externalisation des services, permettent à des entreprises, qui font fi du droit du travail, de prospérer.

Nous nous sentons concernés au plus haut point par le sort de Constantina Kouneva et par celui des ses collègues qui travaillent dans des conditions de servitude moyenâgeuses, car il y va de la société dans laquelle nous voulons vivre. Partout en Europe, il existe de phénomènes analogues, comme l’acharnement policier contre les sans-papiers, qui ne manque pas de se conclure par des morts, comme le régime d’exclusion par rapport au droit du travail dans lequel vivent les intérimaires et les employés loués par leur entreprise, etc. Ce régime d’exclusion interne dans lequel sont condamnés à vivre les travailleurs immigrés, et pas uniquement ceux-ci, suscite notre indignation pour deux raisons fondamentales.

D’une part, nous ne pouvons pas accepter ces méthodes de discrimination qui font exister au sein de notre société deux mondes séparés, un monde pour les citoyens nationaux et un autre pour les étrangers, tous ceux qui vivent dans la précarité, les nouveaux parias. Et d’autre part, nous croyons que ce type de phénomène ne manquera pas d’avoir des répercussions sur l’ensemble de la société, en infusant la peur bien au-delà de ceux qui en sont les victimes directes. Son incidence pourrait se mesurer à la banalisation progressive des pratiques mafieuses dans le monde du travail. Par ailleurs, la terreur exercée à l’encontre des travailleurs immigrés va de pair avec la construction d’une Europe bunker.

Ce qui est en jeu ici est la construction d’une Europe sans ghettos, conçue comme un espace ouvert où nous pourrions vivre ensemble, sous l’exigence du commun.

Nous refusons l’installation de ghettos de travail et de zones de non-droit au sein de notre société. Nous exigeons la suppression du régime de sous-traitance et de location des employés dans des conditions équivalentes à celles de l’esclavage.

JUSTICE POUR CONSTANTINA KOUNEVA ET SES COLLÈGUES
Vicky Skoumbi et Dimitris Vergetis pour la revue grecque Alèthéia

Adresses de reportages audio et vidéo en anglais
www.euranet.eu/eng/Media/Audio/English/Solidarity-for-Constantina-Kouneva
http://www.youtube.com/watch ?v=6xy2S4QZJls

Communiqué de la Confédération Syndicale Internationale (CSI) mis en ligne par la LDH
http://ldh92sud.over-blog.com/article-27416426.html

Communiqué du syndicat de Kouneva (PEKOP) traduit par un collectif de jeunes grecs
http://protovouliaparis.wordpress.com/2009/01/22/le-syndicat-des-nettoyeuses-pour-k-kouneva-fr

Site de Kathimerini, grand quotidien grec qui a publié des dépêches sur cette affaire dans son édition anglaise
www.ekathimerini.com

P.S. Une aide financière peut être apportée à Constanina Kouneva. Références bancaires :
DECHEVA ELENA KUNEVA KOSTADINKA NIKOLOVA
PIRAEUS BANK
IBAN : GR 28 0172 0120 0050 1201 9021 277
BIC : PIRBGRAA

Premiers signataires :
Monique Antelme

Alain Badiou, philosophe

Etienne Balibar, philosophe

Daniel Bensaïd, philosophe

Vanghélis Bitsoris, écrivain- traducteur

Stratis Bournazos, historien, journaliste

Michèle Carrard

Martin Crowley, professeur de Lettres françaises à Cambridge

Marie-Christine Giuist, psychanalyste

Rada Ivekovic, philosophe enseignante, France

Stathis Kouvelakis, maître assistant de philosophie politique au King’s College, Londres

Yiorgos Lieros, conseiller municipal à Halandri, Athina

Michael Löwy, directeur de recherches émérite au CNRS

Eirini Markidi, psychologue

Michaël Marmarinos, metteur en scène

Catherina Matsa, chef de service de l’Unité de soins pour toxicomanes de l’Hôpital psychiatrique d’Attique (Daphni)

Savvas Michaël, médecin, écrivain

Claire Nancy Lacoue-Labarthe, helléniste

Jean-Luc Nancy, philosophe

Jacques Rancière, philosophe

Haris E. Raptis, traducteur, enseignant à l’Ecole des Beaux Arts, Athènes

Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue alèthéia

Aris Stylianou, professeur associé à l’université de Salonique

Michel Surya, Éditions Lignes

Eleni Varikas, professeur à Paris 8

Yorgos Veltsos, poète, professeur à l’Université Panteion, Athènes

Dimitris Vergetis, psychanalyste, directeur de la revue alèthéia

Deux versions de la pétition en français et anglais en documents joints.

Documents joints

Pétition anglais
Pétition français

Sur le Web