L’Histoire des Arts…

…ou le planétarium des réformes
samedi 28 mai 2011

Comme au planétarium, où, d’un espace confiné et réduit, le curieux peut observer l’infiniment grand, l’observation de l’Histoire des Arts nous permet de passer en revue les enjeux des réformes actuelles.

En septembre 2007, Nicolas Sarkozy, dans sa célèbre Lettre aux Éducateurs, marque le coup d’envoi dans sa forme actuelle de cette nouvelle discipline à enseigner et à évaluer. Comme pour l’intégration des élèves handicapés, cela ne coûte pas cher mais permet de faire de la communication : qui peut être contre l’Art ou contre l’intégration ? Cette Histoire des Arts, comme « l’intégration », est mise en place à la hussarde dans les collèges sans aucun moyen supplémentaire, parallèlement à la diminution des moyens en enseignement (aucune possibilité de dégager des heures de concertation pour ce qui devrait être mené en pluridisciplinarité), sans concertation, sans formation.

Il est à noter que, dans la plupart des cas, ce sont les chefs d’établissements qui orchestrent la mise en œuvre de l’Histoire des Arts : le volet administratif prend le dessus sur le volet pédagogique et l’on assiste à une confusion des genres, créant un grave précédent pour l’autonomie des Savoirs. Le jury d’Histoire des Arts peut selon les textes qui cultivent un flou « artistique » total, être composé des profs de n’importe quelle discipline. Mais là encore ça va dans le sens de la réforme de l’évaluation des profs : un seul chef, une seule note.

Une évaluation qui n’a aucun sens

Et pour la rendre incontournable, elle est devenue obligatoire, et même éliminatoire, pour l’obtention du Diplôme National du Brevet. Ainsi, l’Histoire des Arts, qui n’est soumise à aucun programme national et dont le contenu, comme la forme et le calendrier de l’évaluation, est totalement laissé à l’appréciation des équipes, a exactement la même « valeur » que l’Histoire-géographie, seule matière non prise en compte par le contrôle continu et sanctionnée par l’examen final avec un coefficient 2… C’est une remise en question du caractère national du diplôme. De plus, cette Histoire des Arts renvoie à une des compétences devant être validée pour l’obtention du brevet : les Arts seraient soumis aussi à terme à la loi du numérique qui impose de réduire l’évaluation à taper acquis/pas acquis ; impensable, non ?

Par ailleurs, les textes officiels n’interdisent pas que les candidats puissent être évalués par rapport aux « acquis » obtenus hors Éducation nationale (arts plastiques à la MJC, guitare au conservatoire, théâtre au centre d’arts dramatiques, etc.) ; il s’agit là d’un puissant levier pour opérer le glissement du livret de compétences scolaires vers l’étape suivante qui serait le livret personnel des compétences (LPC) dans lequel différentes institutions (l’armée par exemple) et structures associatives (laïques ou pas) pourraient intervenir dans ce que le MEDEF et le gouvernement appellent de leurs vœux : la formation tout au long de la vie.

S’auto-former, servir et obéir

Parmi d’autres critiques, il y a aussi une nouveauté : les enseignements dispensés dans le second degré sont tous rattachés à un enseignement universitaire (enseignement et recherches). C’est la première fois qu’une discipline universitaire (Histoire de l’Art) ne trouve sa déclinaison dans le secondaire que par un bricolage honteux. Le Ministère semble avoir trouvé la parade en établissant les « certifications en Histoire des Arts ». La politique de fléchage des postes et de remise en cause du statut avec multiplication des « profils » est en marche avec, en perspective, la mise en place généralisée du dispositif ECLAIR… La certification des « compétences » pour les Arts entrerait dans le nouveau « portefeuille des compétences » des enseignants mis en place par L. Chatel (circulaire n° 2011-042 du 22-3-2011). Désormais, les profs auront aussi leur « livret ouvrier », et ce n’est pas le seul aspect de leur prolétarisation au sens où il s’agit de les réduire à être de simples exécutants dotés de compétences (c’est-à-dire d’aptitudes à servir et à obéir).

En effet, les enseignants candidats doivent se former eux-mêmes (on a entendu dire par exemple : « vous pouvez former aux Arts puisque vous allez parfois au cinéma ou au théâtre, non ? »). Cela ne va pas sans rappeler le sort de nos collègues de lycée technique qui, moyennant une formation inexistante, peuvent changer de discipline. Pire encore, ils surfent et trouvent des cours en kit : l’Histoire des Arts devient un petit laboratoire du futur métier de prof exécuteur. Cela est clairement énoncé par l’arrêté du 12 mai 2010 qui stipule : l’enseignant « s’inscrit dans une logique de formation professionnelle tout au long de la vie, notamment via les réseaux numériques ».

Sud éducation Tarn

Le questionnaire suivant mis en place dans le Tarn et fédéralisé lors du Conseil Fédéral de mars se propose deux objectifs :
- valider par l’examen de la réalité du terrain les positions du syndicat quant à cette réforme afin d’asseoir la légitimité de notre demande de suppression ;
- trouver une entrée pour sensibiliser de façon différente les collègues qui appliquent les réformes sans se poser de questions et qui ne se donnent plus le temps de lire notre presse.

Enquête nationale sur la mise en place de l’évaluation « Histoire des Arts » dans le cadre du Diplôme National du Brevet.

Nom de l’établissement :

Vous pouvez décrire et expliquer librement au dos de cette feuille la mise en place
de cette épreuve dans votre établissement et/ou renseigner les questions ci-dessous.

  1. Comment avez-vous été informés de la mise en place de cette nouvelle évaluation ?
  2. Avez-vous eu des réunions de concertation organisées par votre chef d’établissement, si oui, dans quel cadre ?
  3.  Avez-vous eu des réunions de concertations organisées par vos IPR ?
  4.  Des disciplines ou des enseignants ont-ils été volontaires pour organiser cette épreuve ? (Précisez le cas échéant les disciplines concernées.)
  5.  Dans le cas contraire, des disciplines ou enseignants ont-ils été désignés d’office ?
  6.  Y a-t-il dans vos équipes des refus déclarés de mettre en place cette évaluation ?
  7. Les épreuves sont-elles adossées à la mise en place d’un enseignement spécifique de l’Histoire des Arts ?
  8. Si non, sur quels contenus disciplinaires sont-elles adossées ?
  9. Quels sont les critères retenus pour cette évaluation ? (Joindre le document qui les précisent s’il existe.)
  10. Comment et par qui ont été établis ces critères ?
  11. Quels liens avez-vous établis (si c’est le cas) avec les compétences à valider dans le cadre du socle commun ?
  12. Quelles sont les modalités pratiques retenues pour le déroulement de l’épreuve ? (Merci de préciser au mieux : qui examine qui ? À quel moment ? combien de temps ? Avec ou sans support ? Avec ou sans prise en compte des « acquis » culturels validés hors champ Éducation Nationale ? Y a-t-il une harmonisation des jurys ?…)

Merci de renvoyer ceci dès que possible à …
(par courrier) ou par mél à …

Nous ferons une synthèse. Si vous souhaitez recevoir cette synthèse, merci d’indiquer l’adresse (ou les) adresse mél où vous souhaitez la recevoir.

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