L’Organisation Mondiale du Commerce et l’Education

Journées contre l’OMC 8-9-10 août 2003 Larzac
 août 2003
mis à jour samedi 20 janvier 2007

Commerce et Education, deux termes que tout devrait opposer... Mais l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) prévoit la privatisation de tous les services dont la santé et l’Education. Si les négociateurs de cet accord prétendent que l’Ecole sera épargnée, ils précisent dans le même temps "sauf s’il y a déjà concurrence entre l’Etat et d’autres pourvoyeurs de services" ce qui se trouve être le cas dans notre pays du fait de la coexistence écoles publiques et privées. Chaque pays signataire s’engage donc à "ouvrir le marché à tous les fournisseurs qui le souhaitent" art. 16, et, puisqu’il est dit que les subventions publiques ont des effets de distorsion sur la concurrence, art.15, une école privée pourra exiger de l’état une aide publique compensatrice si elle s’estime avoir été lésée (art.23.3). Enfin le Secrétariat du Commerce des Services écrivait dans une note du 23.09.98, qu’il s’agissait aussi "d’accroître l’adaptabilité aux marchés et de mettre en place des structures et des programmes disciplinaires jugés plus en accord avec les nouvelles tendances des affaires [sic], de la science et de la société".

En termes plus concrets et actuels :
- l’Education est un marché estimé en l’an 2000 à 2000 milliards de dollars (on ne parle plus de droit fondamental ni de devoir d’une société...)
- l’ERT (European Round Table lobby patronal européen définit l’Education comme un "service rendu à l’entreprise" et cela se décline déjà en France avec le MEDEF qui signe des conventions avec les autorités éducatives pour inculquer dès le plus jeune âge l’esprit d’entreprise ou pour intervenir directement dans la formation professionnelle
- les missions de l’Ecole sont redéfinies : il s’agit de se limiter au "socle commun" constitué du lire-écrire-compter-un peu d’anglais et d’informatique, auquel s’ajoute la "formation tout au long de sa vie" acquise sur son temps et ses deniers personnels. La notion riche et complexe de savoirs disparaît au profit de la notion de compétences sans cesse périssables. Pour coller aux besoins immédiats des entreprises, pour suivre les évolutions technologiques, pour rester employable. Il faudra effectivement acheter sans cesse de nouvelles formations. Les diplômes nationaux vont céder du terrain aux cartes de compétences qui détermineront un profil professionnel à partir duquel chacun négociera son contrat et son salaire (et ce sera la fin des conventions collectives, autre beau service rendu aux entreprises !).
- on parle de plus en plus d’autonomie des établissements avec tout ce qui suit : inégalités des formations offertes, inégalités des modes de fonctionnement et des modes de subventions, dépendance accrue aux collectivités territoriales et à leurs politiques, dépendance accrue au monde économique local, une mise en concurrence des établissements entre eux, un renforcement des pouvoirs hiérarchiques locaux... Les formations offertes seront liées au bassin d’emploi et donc aux entreprises locales, la valeur des diplômes ou des formations variera selon la région ou l’établissement... Les prix demandés pour se former suivront. Aux Etats Unis par exemple, les frais d’inscription en Université varient grandement selon la "côte" de chacune. Il est courant de voir les jeunes faire le tour des banques avant de se lancer dans des études afin d’y décrocher un prêt qu’ils rembourseront sur des années (prix moyen 50 000 euros, à la portée de qui ?)

Les projets de décentralisation actuels permettent d’aller vers cette complète dérégulation du système éducatif, et donc sa privatisation, telle que rêvée par les défenseurs de l’OMC.

Affirmons ensemble que l’Education n’est pas une marchandise !