L’arnaque de la dette

mardi 31 août 2010

Comme pour bien des « contre-réformes » qu’il veut imposer, le gouvernement doit trouver des prétextes qui les rendent inévitables aux yeux mêmes de ceux qui les prennent de plein fouet. Pour les retraites, la démographie par exemple. L’autre argument « massue », c’est celui de la dette publique et notamment celle que nous laisserions aux générations futures si l’âge légal de l’ouverture des droits à pension n’était pas repoussé et si on ne confiait pas au privé la mission de compléter une pension réduite à un « kit de survie » et encore.

La dette, réalité ou arnaque

Ben oui, les dépenses publiques augmentent et tant mieux ! N’est-ce pas le but de toute société que d’assurer le bien-être social, de le développer et d’émanciper les hommes et les femmes du simple problème de la subsistance ? Il est facile dans l’esprit des gens de faire passer l’idée que la protection sociale et le développement humain coûtent trop cher. Mais s’agit-il vraiment d’une dette ? Ne pourrait-on pas raisonner en termes d’investissement ? Quoi de plus « payant » que de préparer l’avenir en mettant en avant l’éducation et la culture, en assurant la santé (en se référant à la définition de l’OMS qui ne se borne pas à la simple santé physique), en permettant à chacun(e) de développer ses « talents » et pas seulement les compétences nécessaires à la seule employabilité.

Ne revenons pas sur l’origine de la dette, il est évident que ceux qui vont en faire les frais ne sont pas ceux qui en sont responsables quand bien même on essaierait de faire croire que les revendications des salarié(e)s et notamment des fonctionnaires, constituent un danger pour la sacro-sainte compétitivité de notre système.

Alors, où est l’arnaque

« Je suis en train de découvrir le détail d’une situation financière incroyable. Vous croyez que la monnaie est créée par l’État ? Vous vous trompez : ce sont les banques privées qui créent la monnaie et qui perçoivent le prix (de l’intérêt). Si c’était l’État qui créait la monnaie, il pourrait l’investir directement lui-même (sans devoir payer le moindre intérêt jusqu’au remboursement). L’État a perdu le droit de battre monnaie et ce sont les banques privées à qui […] nos représentants ont abandonné ce pouvoir décisif ». [1]

Conséquence, pour équilibrer son budget, l’État s’endette en empruntant sur les « marchés » et il doit payer des intérêts. Ce sont ces intérêts qui constituent la charge de la dette : c’est plus de 1300 milliards d’euros que nous avons payés entre 1980 et 2000 pour le seul règlement de ces intérêts ! Cela représente un salaire net de 18 000 euros (salaire médian en France) pour plus de 3 millions de personnes ! Encore heureux que la France soit bien notée par les agences de notation. Sinon, nous pourrions être « aidés » par des États de l’UE qui emprunteraient eux-mêmes sur les marchés financiers à un taux inférieur à celui qu’ils nous proposeraient. C’est ce qui se passe pour la Grèce en ce moment. Bonjour la solidarité !

Le vrai « fardeau » de la dette, celui qui absorbe la totalité de l’impôt sur le revenu, n’est pénalisant qu’en raison d’une fiscalité redistributive à l’envers [2]. Cela d’autant plus que les nouveaux emprunts des collectivités publiques ont pour but non de réaliser des investissements d’avenir mais de couvrir un service de la dette antérieure de plus en plus lourd alors qu’on allège constamment la fiscalité des riches. On nourrit d’autant plus facilement la rente qu’on interdit à la BCE de créer de la monnaie pour financer les dépenses collectives.

Et si...

Et si l’État s’était prêté à lui-même cet argent, sans intérêt ? Eh bien « la dette de 239 milliards d’euros de la fin 1979 aurait totalement disparu entre 2005 et 2007 » ! Mais quel manque à gagner pour les banques !

Maurice Allais, prix Nobel d’économie, affirme : « Toute création monétaire doit relever de l’Etat et de l’Etat seul. La création de monnaie ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de faux-monnayeurs. »

Comme il le fait avec le faux argument fondé sur le détournement des chiffres de l’évolution démographique, SUD Éducation doit dénoncer celui de la dette que nous ferions peser sur les générations futures par nos revendications du maintien d’une retraite à taux plein dès 60 ans.

Sud Éducation Orne


[1Blog d’Étienne Chouard (2007)

[2« Ce sont les classes pauvres qui paient et qui paieront l’impôt dans une proportion inverse à ce que commanderait la justice parce que l’impôt indirect non progressif est prédominant par rapport à l’impôt direct progressif. »(Jean-Marie Harribey, économiste, 2005)

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