L’aventure c’est l’aventure... dans un monde où tout est encore possible

 janvier 2003
mis à jour samedi 15 janvier 2005

Lunettes de soleil et pull-over dans le sac à dos, chaussures de randonnées aux pieds, rendez-vous à la gare avec d’autres copains de SUD ; billet en poche, couchette de fortune : nous voici partis pour Florence où se tenait le premier forum social européen du 6 au 10 novembre dernier. Petit frère du forum mondial de Porto Alegre, il fut le lieu de rencontres des différents syndicats, partis politiques et associations qui croient que le monde doit être changé, qui ne veulent pas vivre au milieu des injustices, de la guerre, du racisme et de la dégradation de l’environnement. Ce rendez-vous européen contre la mondialisation néolibérale a réuni 60 000 participants environ et entre 500 000 et 1 million de manifestants dans les rues de la ville, le samedi 9 novembre.

La participation de militants de SUD Education au forum social avait pour objectif de rendre public un appel européen à la résistance contre l’ouverture des systèmes éducatifs au marché et de prendre contact avec d’autres syndicats européens défendant les mêmes valeurs. Mais il a été difficile de faire entendre la voix de l’alternative quand les organisateurs du forum, qui avaient rédigé au préalable une charte de la démocratie, n’ont pas cru bon de respecter les droits les plus fondamentaux ; en particulier lors du séminaire sur la marchandisation de l’école où SUD Education, bien qu’inscrit, n’a pu prendre la parole. Mais il est vrai que les syndicats affiliés à la CES (confédération européenne des syndicats) comprennent et partagent nos préoccupations même s’ils sont favorables à une économie sociale de marché, comme nous avons pu l’entendre lors de la conférence sur le syndicalisme et le libéralisme !!

Une journée de débat et de réflexion s’est tenue en marge du forum officiel, regroupant les militants des syndicats suisse (SUD Education-canton de Vaud), italiens (UNIcobas scuola, Si puo), espagnol (CGT ensenanza) et français (SUD Education), ainsi que des membres d’associations italienne (Altrascuola) et française (Ecole Emancipée). Malgré l’appel largement diffusé sous forme de tract, malgré le stand tenu par UNIcobas scuola, SUD Education et l’Ecole Emancipée au sein du forum officiel, nous étions relativement peu nombreux (120 personnes), dans ce forum autonome, pour discuter d’une autre école, d’une autre société et d’un autre syndicalisme, à travers la construction d’une FESALE (fédération européenne du syndicalisme alternatif de l’éducation). Les intervenants ont exposé les attaques portées contre la liberté de l’enseignement et les droits syndicaux dans les différents pays d’Europe. Ces attaques relèvent toutes de la même logique néolibérale visant à transformer l’école en un élément constitutif d’une société organisée selon les critères de la productivité. Le combat contre le démantèlement de l’école publique est aussi un combat à livrer à l’échelle européenne.

Le débat sur la construction de la FESALE a vu s’exprimer deux positions différentes : celle de l’UNIcobas qui pousse à la construction immédiate de la FESALE (proposant la constitution d’une caisse commune) et celle de SUD Education (France et canton de Vaud), plus réservée, qui pense que ce n’est pas à quelques structures syndicales qu’il est possible de représenter un syndicat européen et qui est favorable à la poursuite de construction de réseaux et à la mise en place d’actions communes. A la suite de cette journée, certaines ont été planifiées, notamment la rédaction d’un livret sur les réformes de l’éducation en Europe, la mobilisation face au sommet des ministres européens de l’éducation à Berlin en mars 2003 g, la mobilisation face à la tenue du G8 à Evian en juin 2003. Les organisations présentes se sont engagées à signer un texte européen de soutien aux sans papiers ainsi qu’un texte contre la politique sécuritaire qui sévit actuellement en Europe.

Le lendemain, malgré le syndrome de Gênes et la présence de plusieurs milliers de policiers, malgré les pressions exercées sur les organisateurs et les mises en garde du gouvernement Berlusconi contre les "hordes barbares descendant dans la rue" (les artères du centre ville avaient été désertées : plus une voiture, les vitrines des magasins protégées par des tôles, une impression de ville ouverte sur le vide assez étrange), l’ambiance fut bon enfant et l’énorme cortège a défilé sans incident, en criant son opposition à la guerre en Irak. Pas de casse, aucune dégradation de bâtiment appartenant au patrimoine culturel de l’humanité, pas l’ombre d’un Black-bloc, aucun affrontement avec les forces de l’ordre, juste un défilé pacifiste aux couleurs de l’arc en ciel. Des centaines de drapeaux portés avec enthousiasme par des Européens conscients des dangers que la mondialisation fait courir à la société et à l’environnement, des slogans et des chants clamés en toute langue, voilà de quoi ranimer la flamme de l’élan révolutionnaire.

Et c’est ainsi que s’achèvent, avec un petit pincement au cœur, ces quelques jours passés dans un monde où tout semble encore possible. Maintenant, faisons face à la réalité, rangeons nos lunettes et nos pull-overs et prenons nos plumes pour faire partager notre enthousiasme. Mais gardons nos sacs à dos à proximité pour de futures et fructueuses aventures...

* Le sommet de Berlin n’aura finalement pas lieu, il est transformé en une série de 3 rencontres prévues pour le moment à Bruxelles en février, à Rhodes en mai et dans un lieu non défini au 2ème semestre de l’année 2003. Tout cela est bien flou et révèle la volonté de la commission européenne d’empêcher toute mobilisation d’ampleur contre ses funestes projets.

Sud-Education OISE