L’enseignement européen sous la coupe des marchés

lundi 5 janvier 2009

Sommet de Lisbonne 2000, axe directeur des politiques éducatives européennes : « L’objectif central de la réforme des systèmes éducatifs est d’aider l’Europe à devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable. »

Il s’agit bien de s’acheminer vers une marchandisation de l’école qui se décline en trois axes :

- Utiliser l’enseignement pour stimuler les marchés. Par exemple l’école entre 1995 et 2003 a été le premier vecteur de la massification de la consommation des techniques de communication (ordinateur…) On pourrait également parler de la publicité qui entre par le biais de matériel pédagogique gratuit offert aux écoles ou établissements.

- Transformer l’enseignement en un nouveau marché. On assiste à une privatisation rampante par le biais de la sous-traitance (restauration, entretien, transport, équipements…), le recours à l’intérim pour le remplacement des profs absents. Cela arrive bientôt pour le primaire avec la mise en place de la RGPP (révision générale des politiques publiques). En Grande-Bretagne, désormais, les inspections des personnels se font par des sociétés privées.

Aux États-Unis, des communes confient la mission de l’école à des entreprises. Il y a par exemple plus de 230 Edison’s Schools et cette entreprise commence à œuvrer en Europe.

Le marché du soutien scolaire explose partout, en Asie notamment, mais on voit fleurir ce type d’entreprise partout en Europe. Il suffit d’ailleurs de se promener dans les rues pour s’en rendre compte. L’école devient un nouveau marché : un placement financier potentiel.

- Adapter l’école aux attentes des marchés Partout en Europe l’état se désengage et met en place des politiques d’austérité (sauf peut-être dans les pays du Nord).

On dérégule et l’on met en concurrence les établissements scolaires et l’on assiste à un glissement des savoirs vers les compétences. Au niveau européen, pour l’université, on met en place le processus de Bologne : LMD (licence, maîtrise, doctorat) en uniformisant les parcours et en mettant an place des systèmes de certifications de compétences. En cela on applique toutes les recommandations de l’Omc. Quand les universités seront rentables, compétitives, on pourra libéraliser vers 2010.

On développe un partenariat école-entreprise, le patronat participe, dans certains pays, aux commissions chargées de l’élaboration des programmes.

On développe la possibilité de faire entrer la publicité à l’école.

On renforce la fracture sociale en instaurant des socles de connaissances de base minimalistes et en mettant en avant la notion d’élite et d’excellence.

On fait des écoles productrices de capital humain et de consommateurs.

Je n’enseigne plus à des élèves... Je manage des clients !

Parallèlement on voit que dans les années à venir, il y aura une polarisation du marché du travail : on aura besoin de personnes à très haut niveau de qualification d’une part, et, d’autre part, de main d’œuvre à très faible niveau de qualification. La notion de la réussite pour tous n’est donc plus adaptée à la « réalité » économique. Trop d’élèves qualifiés exerceraient une pression sur la hausse des salaires.

« Le savoir est devenu dans nos sociétés et nos économies en évolution rapide, un produit périssable. Ce que nous apprenons aujourd’hui sera dépassé voire superflu demain » affirmait déjà Edith Cresson en 1998.

Selon L’OCDE, voici les compétences utiles pour tous les travailleurs :
- compétences relationnelles (commander, travailler en équipe...) ;
- compétences personnelles (flexibilité, motivation, discipline...) ;
- autonomie (résoudre des problèmes, apprendre…) ;
- capacité à communiquer avec des collègues ou des clients ;
- maîtrise des Tice ;
- maîtrise des langues étrangères.

Ce qui est commun à tous dans tout type de travail : la flexibilité et l’adaptabilité grâce à la formation tout au long de la vie, pour rester productif et employable.

Pour réussir à mettre en place partout une école qui s’adapte à ces objectifs, il faut briser les résistances. Selon l’Ocde, « La résistance naturelle de l’enseignement public traditionnel devra être dépassé par l’utilisation de méthodes combinant l’encouragement, l’affirmation d’objectifs et la concurrence avec le privé ».

Quelle école voulons-nous ?

Dans ce contexte, il est important de savoir ce que nous voulons, quelles valeurs nous défendons et donc quelle pédagogie nous devons développer pour essayer de ralentir les effets du rouleau compresseur de l’école libérale. À nous de subvertir les programmes, nous sommes responsables de l’école que nous fabriquons.

Si nous voulons une école qui forme des citoyens libres, une école de la pensée, de la culture et donc une école de l’émancipation de l’être humain, nous devons essayer de rendre nos élèves capables :
- d’agir, de construire une démarche personnelle, et autonome ;
- de penser par eux-mêmes en développant leur curiosité et leur esprit critique ;
- de vivre ensemble et de construire des règles de vie communes ;
- d’accéder à la culture.

Dans notre pédagogie, nous devons donc proposer des situations où l’élève pourra expérimenter, élaborer des projets avec ses pairs, avec l’adulte. Nous devons favoriser les situations de coopération.

Il faut créer des moments de paroles libres où chaque enfant construit sa « parole vraie », par exemple avec les débats philosophiques (voir les travaux des groupes Agsas ou les livres de Jacques Levin).

Il nous faut réfléchir aux moyens d’instaurer des temps de création, de recherche où l’élève expérimente sa capacité à agir seul ou en groupe.

Cela ne veut pas dire qu’on supprime la transmission des savoirs du maître vers l’élève mais cela devient un moment, une stratégie parmi d’autres. Il paraît important de se poser la question du rôle et de la place de l’enseignant, des élèves, de leurs paroles respectives ; de prendre en compte la motivation des uns et des autres. Il nous faut réfléchir à des outils qui développent l’autonomie, à des temps où les élèves sont autonomes et peuvent agir, influer sur leur vie d’écolier, collégien ou lycéen.

On demande souvent aux élèves ce qu’ils viennent faire à l’école et cela en laisse quelques-uns perplexes. Il semble indispensable, surtout actuellement, que chaque enseignant se pose également cette question.

En tant que syndicalistes, nous nous posons également cette question car un syndicat est en charge de ce qu’on appelle une double besogne : l’une la défense des personnels et des conditions de travail et l’autre, qu’on met moins en avant, mais qui paraît pourtant essentielle, la construction d’un projet de société. Or si nous voulons une société démocratique, au service de l’humain et non des profits et des capitaux, cela ne doit-il pas commencer à l’école, dans nos classes, dans nos pratiques ?

Sud éducation Mayenne

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