La charité selon Borloo

Equipes de « réussite éducative »
lundi 17 octobre 2005
mis à jour samedi 21 janvier 2006

Le très médiatique ministre vient de lancer « l’un des dispositifs phares » de son plan de cohésion sociale : dans 185 communes, 200 équipes de « réussite éducative », réunissant les professionnels de l’enfance vont, dès la rentrée, apporter à 60000 enfants « un soutien individualisé et personnalisé » prenant en compte « la globalité de leurs difficultés scolaires sanitaires et sociales. »

Borloo est grand prince : On vous donne l’argent ; utilisez-le au mieux pour les enfants, et l’on contrôlera a posteriori... Quand un enfant a besoin de voir un ophtalmo, s’il faut faire 50km pour avoir un rendez-vous rapide, on lui paiera le déplacement et la visite. Chaque équipe recevra 500000 euros ; il annonce une dotation de 1,47 milliards d’euros d’ici 2009 (si le budget suit, ce qui n’est pas garanti.)

Cette générosité contraste singulièrement avec le régime de pénurie imposé à l’Education nationale. Le ministre s’est inspiré de programmes menés en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, pays où l’Etat s’est massivement désengagé de l’éducation, de la santé et des services sociaux. Se poser la question de l’intérêt de cette dotation semble légitime. James J. Heckman, prix Nobel d’économie, fournit la réponse : il estime que chaque dollar investi pour assurer un minimum de bien être à un enfant défavorisé permettra à la collectivité d’en économiser 17 dans les trente-cinq années suivantes en dépenses d’insertion, de santé, de justice... Hélas, les pauvres quand ils se multiplient coûtent cher si on ne leur apprend pas à êtres dociles au berceau.

Quand ils ressortiront de leurs « internats de réussite éducative », les heureux élus du plan Borloo accepteront-ils, sans rechigner, l’avenir de précarité, de chômage
et de travail forcé que leur concocte le ministre dans ses maisons de l’emploi ? C’est ce qu’il espère...

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Le ministère de l’Education nationale est tenu pour le moment à l’écart de ce dispositif et les enseignants des villes candidates n’ont pratiquement pas été associés à ces initiatives. Deux exemples de projets validés : un programme de lutte contre l’illettrisme à Vaulx- en-Velin, un autre de prévention de la dyslexie-dysphasie à Nancy. Le danger dans ces deux cas : les missions de l’école sont externalisées. On a constaté, ces dernières années, une réduction constante des moyens accordés à l’Ecole publique pour lutter contre l’échec scolaire. Le plan Borloo va plus loin. Il entend agir à l’extérieur de l’école sur une base idéologique douteuse : retour à la notion de « handicap culturel », catégorisation précoce des élèves « fragiles ». On part de l’idée que ce qui fait problème, ce sont les élèves, leurs familles, et non un système scolaire incapable de prendre en compte leurs difficultés.

Une fois de plus, ce gouvernement joue les illusionnistes, en braquant les projecteurs médiatiques sur une action qui ressemble plus à un geste de charité envers quelques élèves à maintenir « dans le droit chemin ». Une façon de masquer l’état actuel de délabrement de l’Ecole publique, des Services de santé et des Services sociaux.

Ce sont tous les élèves de ce pays qui ont droit à un suivi scolaire médical et social de qualité !

Sud éducation Paris

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